5.2. Scénario 1 - Maintien des ouvrages Dans ce scénario le point clé à analyser en termes de risque lié aux sédiments est celui des vidanges à venir des retenues.

Publié le 23 Avril 2015

5.2. Scénario 1 - Maintien des ouvrages Dans ce scénario le point clé à analyser en termes de risque lié aux sédiments est celui des vidanges à venir des retenues. Il est relativement difficile d'évaluer le nombre des vidanges qui seront nécessaires sur la durée de vie de l'ouvrage. Les vidanges, rappelons le, ont pour objet de surveiller l'état de l'ouvrage et de procéder à des réparations. On sait aujourd'hui, lorsque les conditions de turbidité le permettent, inspecter un ouvrage à l'aide de moyens subaquatiques et donc éviter une vidange pour inspection. L'importance du volume de sédiments fins sur la Sélune rend cette condition difficile à remplir. En tout état de cause, certains travaux nécessitent une mise hors d'eau pour être réalisés. La directrice de la demande et des marchés énergétique insistait, dans sa lettre autorisant EDF à déroger à l'obligation de vidange décennale en 2003 (cf. note 8 page 30), sur le fait que dans le passé : « des travaux de réparation du parement sont intervenus relativement fréquemment (une fois tous les 10 ans) » et qu'ils : « attestent d'une mauvaise qualité du béton ». Il n'est donc pas exclu que certaines des revues de sûreté décennales d'ici la fin de vie de l'ouvrage, voire toutes, nécessitent également des vidanges. A minima, ainsi qu'exposé au chapitre 4.1.2 page 48, une vidange semble indispensable à l'occasion de la revue de sûreté à réaliser avant fin 2017. Compte-tenu de ce que nous avons relevé et relaté au paragraphe 5 page 54, il apparaît important que cette vidange, et celles qui suivront éventuellement, soient réalisées avec un soin extrême afin d'éviter les mortalités piscicoles et l'entraînement de sédiments pollués en aval. Le coût d'une vidange « classique » peut être estimé à environ 10 M€, auxquels il conviendrait d'ajouter les coûts de perte de production liés à la durée de la vidange. Des retours d'expérience montrent que des considérations environnementales exigeantes, de nature à préserver la faune aval et les habitats peuvent être satisfaites par la réalisation d'une vidange classique dès lors qu'elle se déroule sur une durée suffisante, non dictée par les seuls critères de rentabilité de l'ouvrage. Bien gérée, l'opération peut en outre bénéficier de la présence de La Roche-qui-Boit, qui pourrait amortir des départs non maîtrisés de sédiments dans Vezins. Il est néanmoins indéniable que ce type d'opération comporte une part de risque. Cette opération ne pourrait être effectuée que sous réserve des autorisations nécessaires et en particulier d'une évaluation des incidences sur le site Natura 200057 de la baie du Mont-Saint-Michel, qui remonte sur l'estuaire de la Sélune jusqu'à environ 18 km en aval de la Roche-qui-boit (cf. chapitre 8.1.4 p. 81) Plusieurs personnes rencontrées ont suggéré des solutions alternatives visant à minimiser ce risque, ce point étant systématiquement relevé avec insistance, quelle que soit la position de notre interlocuteur sur l'avenir des barrages. Il a été préconisé, de 57 Le réseau Natura 2000 est un ensemble de sites naturels européens, terrestres et marins, identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvages, animales ou végétales, et de leurs habitats. Natura 2000 concilie préservation de la nature et préoccupations socio-économiques. En France, le réseau Natura 2000 comprend 1758 sites. Rapport N°008106-02 Expertise du projet d'effacement des ouvrages de Vezins et La Roche-quiBoit sur la Sélune Page 59/197 procéder à un curage complet des retenues avant vidange. Selon les données fournies par EDF, l'hydrocurage des sédiments représente un coût de 15 €/m³, le transport, estimé sur une distance moyenne de 20 km : 10 €/m³. A partir des ces estimations, évidemment très peu précises, la mission estime que le curage complet de la retenue représenterait un montant d'environ 35 000 000 €. En ce qui concerne les sédiments pollués de l'Yvrande le coût du dragage et du transport devra être augmenté du coût de mise en décharge. D'après une présentation d'Idra58 ce coût représente environ 100 € par tonne de matériau sec, soit environ 75 € par m³ de sédiment initial (les sédiments de l'Yvrande contiennent environ 50 % de matière sèche de 1,5 t/m³). Si on ajoute les 25 € représentés par le curage et le transport et qu'on néglige la phase de séchage on peut estimer ce coût à 100 €/m³ de sédiment extrait. Le coût du curage et du stockage des 5 000 m³ de sédiments contaminés du secteur de l'Yvrande59 représenterait 500 000 € ce qui est négligeable devant le coût de la gestion des sédiments peu pollués. La mission ne peut préjuger du nombre de vidanges qui devront être réalisées par la suite, nombre qui dépend des besoins d'entretien du barrage pour des raisons de sé- curité (cf. chapitre 4 page 48). On peut cependant estimer que le volume de sédimentation étant de 10 000 à 50 000 m³ par an, selon les estimations, une gestion durable de la retenue qui éliminerait les sédiments accumulés au fur et à mesure représenterait un coût de 250 000 à 1 250 000 € par an, hors perte de production. Des opérations de curage régulier de la queue de retenue aux fins d'épandage sur des terres agricoles seraient également envisageables. Toutefois leur reprise ne serait susceptible de concerner qu'une faible proportion de sédiments les plus grossiers. En effet, les fines qui arrivent lors des crues sont pour l'essentiel entraînées vers des zones inaccessibles à des engins terrestres, et leur enlèvement renvoie alors aux techniques d'hydrocurage évoquées ci-dessus. En conclusion une gestion à moindre risque de la vidange des retenues représenterait un coût pouvant s'élever à 35 M € auquel il conviendrait d'ajouter un coût annuel de 250 k € à 1,25 M € pour une gestion durable des sédiments de la Sélune. La mission considère que de tels coûts ne sont pas économiquement acceptables au regard de la rentabilité de l'aménagement. Il est indéniable que la catastrophe de 1993, qui a constitué une situation traumatisante pour la rivière, ne l'a pas moins été pour les populations locales. Le refus total du risque induit par la présence des barrages et par les nécessités de leur gestion apparaît néanmoins incompatible avec la réalité technique et économique liée à leur maintien. Dans ce scenario, il convient de souligner que l'inacceptabilité du risque de vidange est totale de la part des associations de protection de la nature qui s'opposent au maintien des ouvrages. La mission rappelle que du fait de la fin de concession prononcée en 2012, ces coûts seront à la charge de l’État propriétaire. Elle n'est par ailleurs pas compétente pour préciser quels fonds pourraient être mobilisés pour couvrir ces coûts, les financements de l'agence de l'eau dédiés à la restauration de la continuité écologique n’ayant a priori pas vocation à couvrir le coût d'une vidange liée à l'exploitation des ouvrages. 58 http://www.sedilab.com/documentation/1%20PRESENTATION%20IDRA%20DRAGAGE%20LILLE %2008062011.pdf 59 Voir page 122 de l'étude Idra citée en note 54 page 57 Rapport N°008106-02 Expertise du projet d'effacement des ouvrages de Vezins et La Roche-quiBoit sur la Sélune Page 60/197 Au vu des considérations techniques et économiques, le choix du maintien des barrages devra assumer une certaine prise de risque lors des opérations de vidange, que la mission estime cependant acceptable sur le plan biologique, sous réserve d'un haut niveau d'exigence pour la maîtrise des départs de sédiments qui tienne compte en particulier de la présence du site Natura 2000 de la baie du Mont-Saint-Michel à l'aval des barrages. La mission attire cependant l'attention sur les coûts qui devraient être à la charge de l’État, et sur la sensibilité politique d’une opération de vidange qui reste techniquement délicate dans un contexte de forte aversion au risque écologique. 8. La mission recommande de présenter les différentes options de vidange de la retenue avec leur coût en mettant en évidence autant les éléments de maîtrise que les aléas et les risques. Elle recommande également pour la première vidange de construire une solution de financement qui tienne compte du fait qu'elle se déroulera en phase transitoire avant renouvellement effectif de la concession et donc à la charge de l’État.

Rédigé par jojo

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