Merci de ne pas avoir cassé trop de porcelaine jusqu’à ce que je puisse vous répondre !

Publié le 26 Avril 2015

Cher Monsieur !

Merci de ne pas avoir cassé trop de porcelaine jusqu’à ce que je puisse vous répondre !

  1. D’abord, pour bien clarifier, il n’est pas question de vous « empêcher de parler » : je n’ai pour cela aucune autorité ni aucune envie de m’y risquer... Chacun s’exprime en fonction de ce qu’il sait et non de ce qu’il a ou a pu avoir comme activités par ailleurs : je me garderais bien de m’afficher ici comme BRGM, IPSN ou autre chose…
  2. Je mentionnais l’Arménie parce que le centenaire est très accessoirement une contrainte de mon emploi du temps de ce week end.

Pour vous faire sourire, je prendrai cependant le détour par l’Arménie et les épisodes de la fin des années 80 : la centrale nucléaire arménienne (2x400MW) est dénoncée par les forces politiques qui se battent pour l’indépendance comme un des symboles du centralisme de Moscou. A fortiori après Tchernobyl en 1986. Au moment du tremblement de terre de Spitak en 1988, les réacteurs ne sont pas affectés mais l’impact humain et économique du séisme dans toute une partie du pays est terrible. Moscou lance un « plan de reconstruction » avec un volet politique qui comprend la fermeture de la centrale. Très vite après l’URSS éclate , l’Arménie devient indépendante, a des tensions avec les pays voisins. D’où rupture de l’approvisionnement en électricité et en pétrole. Pendant une période la ressource est tirée de la surexploitation de l’hydroélectricité du lac Sevan et de la combustion de tout bois brûlable. Donc les Arméniens cannibalisent un des réacteurs pour redémarrer l’autre en 1995. Je ne regrette pas de leur avoir servi de caution. On pourrait tirer de cette petite parabole plusieurs leçons…

  1. Mais revenons à notre sujet !

Dans le drame potentiel des barrages de la Sélune, plusieurs types d’arguments sont en présence. La circulation des poissons est un sujet depuis les années 20, avec des réponses qui sont pour une bonne part de faire des textes qui ne s’appliqueraient qu’aux nouvelles concessions d’hydroélectricité. Mais 75 ans passent vite…

Quand on arrive à l’époque contemporaine, le constat que l’électricité en France n’est pas chère conduit souvent à considérer qu’on peut mettre comme on veut des contraintes sur la petite hydroélectricité quitte à supprimer pas mal d’ouvrages, les revendications de concurrence entre EDF , la CNR et les candidats finlandais, suédois, italiens, … ne s’appliquant en fait que sur des ensembles de plus grande puissance. Comme cette acceptation d’une évolution inéluctable était portée par pas mal des administrations et établissements publics qui ont donné avec d’autres noms les acteurs actuels , les couches successives des textes français et européens ont été sédimentées avec une forte cohérence !

Mais personne n’assume vraiment : regardez l’enquête publique du dernier automne où l’on affirme comme hypothèse de départ la décision de ne pas renouveler la concession à EDF dont on déduit que l’Etat peut faire ce qu’il veut de ce qui redevient sa propriété pure et simple. Tout en faisant une enquête publique dont le statut devient ambigu… Comme dans la même période de nouvelles contraintes « gratuites » ont pu être introduites sur dévalaison, débit réservé,… , il n’y aura effectivement pas de candidats à la reprise d’une exploitation « plombée », avec une épée de Damoclès sur un démantèlement ultérieur sans le financement agence de l’eau, etc… En plus, ici, il aurait été suggéré à EDF de ne pas compliquer ses affaires dans le département où il y d’autres sujets …

Pour remettre les choses à plat comme l’a demandé S. Royal en décembre, on n’avancera pas si l’on se borne à redonner la parole aux mêmes organismes , administrations , établissements publics , experts, bureaux d’étude,… Regarder comment on a provoqué l’arrêt de la Cour administrative d’appel de Nantes du 26 novembre 2010 !

Il serait amusant de faire travailler microsoft pour montrer que tous ces textes partent en fait un nombre limité de contributeurs….

Parmi les arguments les plus escamotés, il me semble que la valeur de l’énergie mobilisable « en pointe » est un des problèmes majeurs…Mais il y en a d’autres, comme les centres d’intérêt des communes riveraines, du tourisme, des agriculteurs et des pêcheurs (actuels).

  1. Vous n’avez pas aimé que je vous recommande de vous méfier de l’argument « réserve d’eau douce en cas d’accident à EDF Flamanville ». Parlons-en donc. Vu la distance, j’imagine mal EDF soutenir cet argument et ne pas répondre « je compte respecter les exigences post Fukushima par les dispositions que l’ASN vient de bénir ». En plus, cet argument cliverait ceux qui soutiennent les barrages : il me semble que ceux qui refusent le gâchis et la destruction d’infrastructures patrimoniales ne seront pas tous heureux de défendre la motivation « secours en eau pour Flamanville ». Le soutien de Didier Anger a une certaine importance dans la situation actuelle…

En plus votre argument post accidentel peut vampiriser toute réunion alors qu’il ne sera pas traité par la Préfète mais par EDF et les administrations parisiennes…

Bref ma suggestion que vous vous méfiiez de ne pas vous laisser embarquer à trop développer à l’oral ce que vous avez écrit sur accident nucléaire… Je trouve vraiment que l’argument le plus fort est le défaut de mode commun : tout ce qui est écrit vient d’un nombre caricaturalement modeste de sources et d’auteurs. Comment dans un autre pays traiterait-on cette question ? Il n’y a aucune urgence et regarder ailleurs serait indispensable.

  1. Sur ce registre et pour terminer (provisoirement parce que je suis sûr que vous ne serez pas d’accord avec tout cela), je rappellerai que pour essayer de se dépiéger des pressions de leurs voisins les Arméniens de Cilicie sont allés conclure une alliance de revers à Karakorum en 1254… Au cinéma, c’est moins chic que la référence que vous me donnez….

Je vous livre tout cela en confiance et ne m’exprimerais pas partout de la même façon. Ci-joint le texte « public » que j’assume : vous verrez qu’il n’est pas orthogonal à ce qui précède.

Mais arrêtez de dire que je cherche à vous réduire au silence !

Bien cordialement

Philippe VESSERON

Rédigé par jojo

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