les ADB dépoulliés de nos élus

Publié le 9 Juin 2015

Le lac de Guerlédan dépouillé de ses souvenirs

PAR MÉLANIE BÉCOGNÉE

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ACTUALITÉ

Dans les Côtes-d’Armor, les visiteurs venus voir le lac de Guerlédan vidangé ne se gênent pas pour en ramener un petit bout avec eux. Ardoises, pierres, bois… Il ne reste plus grand-chose de certains vestiges, longtemps restés engloutis au fond de la vallée.

Un petit souvenir pour la route ! Presque rien. Un caillou, un morceau d’ardoise, une pierre… Certains visiteurs n’hésitent pas à emmener un petit bout de Guerlédan chez eux. Les amoureux du lieu, situé à la frontière du Morbihan et des Côtes-d’Armor, n’en reviennent toujours pas. « Des gens taguent les murs des écluses, ils cassent les branches des arbres fossilisés et embarquent des pierres », raconte Patrice Jegat, Morbihannais en balade chaque semaine aux abords du lac.

Même les pierres des maisons d’éclusiers font l’objet de toutes les convoitises. « On voit bien où les pierres sont enlevées car les bouts de murs sont plus clairs. C’est moins sombre dessous. »

Le langoustier dépouillé

Le langoustier « Gwenn Ha Du », échoué dans l’anse du rond-point de Mûr-de-Bretagne, n’a pas échappé au pillage. « Il est pratiquement dépouillé, confie la Mûroise Rolande Guilloux.Certains se sont même servi de ses planches pour traverser la vase. »

Le site le plus malmené est sans aucun doute Trégnanton, à Saint-Gelven. La plupart des vestiges s’y concentrent. Un coup dur pour l’anse surnommée « la petite Scandinavie ». « C’est l’épicentre de l’exploitation des ardoisiers. Les petits ateliers en pierre disparaissent, se désole Patrice Jegat. Ce qu’il reste ? Des pierres balancées à droite, à gauche. C’est une destruction importante. La vallée est un site ethnologique et raconte une histoire. »

« Pillage de mémoire »

Même constat à l’office de tourisme du Centre Bretagne. Et ce n’est pas tant l’aspect visuel qui inquiète. Le directeur Alexis Le Priellec ne mâche pas ses mots. « C’est un pillage de la mémoire des gens qui ont vécu là, surtout à Trégnanton. Cela revient à un saccage de tombes. »

Sermonner ne semble rien y changer. « Quand on interpelle les gens, ils nous disent que c’est public et que cela appartient à tout le monde. » Pour trouver une belle ardoise, la terre est remuée, fouillée. « Et les vestiges disparaissent à vue d’œil », se désole Alexis Le Priellec.

Le maire de Saint-Gelven Michel André est également sur le coup. Pas question de baisser les bras. Il est presque tous les jours sur le site. Et à chaque fois, il fait la police. « Nous avons également installé des affiches pour informer les promeneurs. »

Pédagogie ou répression ?

Des mesures sans grand succès pour le moment. L’élu a donc décidé de passer à la vitesse supérieure. Son conseil municipal a voté, jeudi dernier, le recrutement d’un jeune en service civique. « Il fera de la pédagogie sur le site pour responsabiliser les gens. C’est un site archéologique de demain que nous devons préserver même s’il doit être remis en eau. »

La situation pourrait se terminer par une intervention des forces de l’ordre. « La gendarmerie n’a reçu aucun dépôt de plainte pour le moment concernant des prélèvements de pierres sur les ruines enfouies au fond du lac », note le colonel Philippe Leclercq du groupement de compagnie de Saint-Brieuc. Le maire de Saint-Gelven, lui, n’exclut pas cette possibilité. « Si les explications ne sont pas suffisantes, il faudra passer par la répression. C’est triste, mais c’est comme ça. » C’est à se demander si la vallée engloutie de Guerlédan survivra à son ultime vidange.

Rédigé par jojo

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