Changement climatique. L'urgence évoquée dès 1971

Publié le 24 Novembre 2015

Changement climatique. L'urgence évoquée dès 1971

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Aux Nations Unies, le terme « effet de serre » est lâché dès 1978... un an...
Aux Nations Unies, le terme « effet de serre » est lâché dès 1978... un an avant la première conférence mondiale sur le climat !

Depuis quand les gouvernements sont-ils avertis d'un très probable dérèglement climatique ? En interrogeant les câbles diplomatiques américains (1966-2010) rendus publics par WikiLeaks ces dernières années, Le Télégramme a retrouvé les premiers messages d'alerte : ils datent du début des années 70.

« Les dirigeants du monde entier ont exprimé leurs préoccupations face aux indications d'un possible changement climatique à long terme. (...) Le secrétaire d'État Kissinger propose que ce problème fasse immédiatement l'objet d'investigations. » Telle est la première trace de la problématique liée au réchauffement climatique que l'on peut observer parmi les centaines de milliers de courriers diplomatiques confidentiels rendus publics, ces dernières années, par WikiLeaks.

Satellites et ordinateurs à la rescousse

 

Ce télégramme adressé à l'Organisation météorologique mondiale (OMM) est daté du 8 mai 1974. Il fait référence à la 6e session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies qui s'est déroulée trois semaines plus tôt et au cours de laquelle Henry Kissinger s'est officiellement emparé du problème. Lui-même fait écho à une première alerte lancée trois ans plus tôt. En 1971, à Stockholm, 30 scientifiques de haut niveau provenant de 14 pays ont exprimé un risque de « changement global climatique rapide et grave causé par les humains ».

L'appel à la mobilisation scientifique internationale du chef de la diplomatie américaine semble avoir été entendu. Dans un télégramme du 15 octobre 1974, le représentant américain à Genève fait part de l'avancée d'un programme de recherche atmosphérique globale (GARP) mettant en oeuvre un système d'observation (navires, bouées, sondes, ballons et satellites), de télécommunications et de traitement des données (premiers ordinateurs).

Initialement lancé en 1967 pour améliorer les prévisions météorologiques, ce programme est désormais également utilisé pour modéliser les changements climatiques. Le nombre de capteurs mis en place (le premier satellite météo européen sera lancé en novembre 1977) est cependant « incomplet pour assurer une couverture globale », déplore le diplomate.

 

Les recherches avancent pourtant. Le 1e r septembre 1976, dans un message presque anodin relatant l'invitation lancée par des météorologues américains à des homologues russes pour participer à des réunions de travail sur le changement climatique, il est fait état d'une « preuve récemment documentée sur le réchauffement climatique ». Les scientifiques américains semblent se réjouir que leur groupe de travail conjoint (groupe VIII) « progresse beaucoup ». « La préoccupation croissante sur le changement climatique indique que notre travail ne fait que commencer », notent-ils.

Tout est dit... en 1978

 

Quatre ans plus tard, les signaux d'alerte sont plus probants. En témoigne un très long télégramme diplomatique expédié à Washington par le représentant américain aux Nations Unies à Genève, le 11 mai 1978, probablement en vue de la première conférence mondiale sur le climat qui doit se tenir à Genève l'année suivante. Le télégramme tire la sonnette d'alarme sur les menaces qui présenteront « à nos enfants un monde beaucoup plus dangereux et risqué ». Parmi celles évoquées (surpopulation, raréfaction des ressources naturelles, nucléaire, fossé riches/pauvres...), l'une pointe le changement climatique. Les effets et les causes sont clairement désignés : « Une tendance au réchauffement » - dont les conséquences pourraient être « un désastre pour la production alimentaire », et un risque accru d'« événements météorologiques extrêmes » - qui pourrait être due à une augmentation du dioxyde de carbone (CO2) provoquée par la combustion des carburants » (production d'énergie, transports, industries). Le terme « effet de serre » est lâché.

Pétrole et charbon : conseils du diplomate américain

 

Dans le même télégramme, le représentant américain préconise « un programme urgent international pour évaluer les dernières connaissances sur le changement climatique », l'identification des substances toxiques polluant l'environnement et leur interdiction « si nécessaire ». Il pointe aussi les combustibles fossiles, pétrole et charbon, mais estime que les États-Unis peuvent encore « dépendre d'eux à court terme, peut-être une décennie ou deux ». « Nous avons vu qu'ils peuvent gravement nuire à notre environnement et éventuellement causer, à long terme, des changements climatiques plus graves affectant la santé. » Et le représentant de recommander, pour le long terme, « les alternatives sûres que sont les énergies solaires et renouvelables ».

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Rédigé par jojo

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