Comment fabrique-t-on de l'eau potable ?

Publié le 16 Novembre 2015

Comment fabrique-t-on de l'eau potable ?

Si l'eau du robinet est aussi fiable, c'est parce qu'elle est traitée en amont dans des usines de "potabilisation" qui s'assure de la qualité de votre eau.

Chloé Poignant de l'agence Créative CulturElle | 12 Nov. 2015, 07h48 | MAJ : 12 Nov. 2015, 18h28
 
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A l'usine de Méry-sur-Oise (Val-d'Oise) la filière membranaire, dont voici le bâtiment principal, fait office de révolution.
A l'usine de Méry-sur-Oise (Val-d'Oise) la filière membranaire, dont voici le bâtiment principal, fait office de révolution. (Photo Chloé Poignant)

Contrairement aux idées reçues, il vaut mieux ne pas boire telle quelle l’eau des rivières, aussi transparente soit-elle. En effet, l’eau de votre robinet n’est pas simplement pompée par les usines d’eau mais suit un processus pour être rendue potable.

Un système bien rodé

 – Après avoir été puisée, l’eau va commencer un véritable périple (cliquez ici pour agrandir l'image ci-dessus) pour devenir propre à laconsommation.

En premier lieu, les résidus sont agglomérés en « flocons » pour éliminer les plus gros d’entre eux et sont ensuite laissés à décanter. A la suite de ces deux étapes, l’eau est d’ores et déjà limpide. Pourtant, elle n’est toujours pas potable. C’est à ce moment qu’intervient la filtration sur sable, qui reproduit un filtre naturel : le composant utilisé est un sable de rivière, il contient des bactéries nitrifiantes qui vont faire office de nettoyeurs. Arrivée à ce stade, l’eau a été clarifiée au maximum et devient donc difficile à différencier d’une eau potable, mais ne l’est toujours pas !

Puis viennent des étapes aux noms un peu inquiétants : l’ozonation et la filtration sur charbon actif. Pourtant, ces deux procédés sont essentiels car ils permettent d’affiner l’eau en éliminant les virus, les pesticides et les matières organiques les plus petites. L’ozone et est ensuite méthodiquement éliminé une fois sa tâche effectuée. C’est à partir de ce moment que l’eau devient véritablement potable. 

Mais pourquoi dans ce cas, rajouter du chlore en guise de dernière étape ? Il est indispensable de rajouter de très infimes doses de chlore dans l’eau (voir encadré), à cause de son cheminement dans les canalisations. Le chlore va éviter la dégradation de l’eau tout en s’estompant au fur et à mesure de son parcours jusqu’à votre robinet.

Pourquoi l’eau a-t-elle un goût différent ?



L’eau du robinet n’a pas nécessairement le même goût dans toute la France, et pourtant les traitements qu’elle subit sont très similaires. Mais les eaux à potabiliser ne sont tout simplement pas les mêmes. L’eau s’imprègne de son environnement : elle n’aura donc pas le même goût si elle a ruisselé sur des rochers ou si elle est passée au milieu d’une forêt, tout comme elle pourra avoir un goût légèrement différent si vous la stockez dans une bouteille en verre ou dans une bouteille en plastique.

Et elles ne sont pas non plus toutes composées des mêmes minéraux, ou plutôt de minéraux en même quantité. Tout comme certaines marques d’eaux en bouteilles vont avoir un goût salé à cause d’une forte concentration de magnésium, les eaux de surface n’ont pas la même proportion de minéraux. Il existe d’ailleurs une législation en France, limitant la quantité autorisée de minéraux dans l’eau du robinet à environ 100 mS/cm.

La France, à la pointe de la technologie



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Pour coller à ses exigences, la technologie française a répondu présente. Au sein du SEDIF (Syndicat des Eaux d’Ile de France), l’usine de Méry-sur-Oise (nos photos), qui produit chaque jour quelques 157 000 m3 d’eau pour alimenter les 850000 habitants de la banlieue Nord de Paris, présente une innovation unique en France et rarissime dans le reste du monde. Implémentée en 1999, cette innovation permet de contrôler la quantité de minéraux présents dans l’eau grâce à la filière dite « membranaire », qui vient compléter le traitement de l’eau par la filière biologique, autrement dit la filière classique.


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A la différence de la filière biologique, l’eau traitée par la filière membranaire est soumise à une forte pression : 7 bars, ce qui pour les non initiés à la plongée équivaut à une profondeur de 70 m sous la surface de l’eau. En plus de pouvoir contrôler le taux de minéraux dans l’eau, le processus permet également d’éliminer des résidus organiques trop petits pour la filière classique. Pour ce faire, l’eau subit deux filtrations. La première est la microfiltration, pendant laquelle les microparticules sont retenues. En guise de comparaison, un cheveu coupé en 10 dans l’épaisseur serait retenu dans les membranes. Dans un second temps, l’eau va ensuite être nanofiltrée dans des membranes qui cette fois-ci pourraient retenir un cheveu coupé en 10 000. Mis à bout, tous les modules de membranes représentent une surface filtrante équivalente à 70 terrains de football.

Et comme il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin, l’eau est ensuite traitée aux UV pour garantir l’élimination des derniers parasites. Cette eau exceptionnellement pure est ensuite mélangée à l’eau obtenue avec la filière biologique (avec un ratio de 70% d’eau filtrée par la filière membranaire pour 30% d’eau issue de la filière biologique). Moins chlorée, l’eau est également moins dure, ce qui permet de limiter l’entartrage des appareils domestiques. 

Une eau adoucie et pure


Grâce à ce procédé, la concentration en minéraux dans l’eau qui se calcule en degrés français (°f) peut-être confinée à 13°f avec la filière membranaire, contre environ 27°f avec la filière biologique. L’eau redistribuée dans une bonne partie du Val-d‘Oise est donc d’une douceur inégalée puisqu’elle se situe autour de 18°f une fois les eaux amalgamées.

Le traitement de l’eau douce sous ses allures inquiétantes permet donc de répondre à des normes très strictes et d’éviter toute dégradation de la qualité de l’eau potable. Au-delà de la législation, le traitement de l’eau est aussi le garant de la sécurité sanitaire du territoire puisque certaines maladies peuvent être véhiculées par l’eau. Au vu des risques encourus, un petit goût désagréable de chlore n’est pas la mer à boire.
 

Pourquoi ajoute-t-on du chlore dans l'eau du robinet ?



L’eau du robinet contient une très faible dose de chlore pour éviter qu’elle ne perde en qualité lors de son acheminement. Idéalement, le taux de concentration de chlore lorsque l’eau sort de votre robinet, doit être inférieur à 0,2mg par litre d’eau pour que l’on n’en sente pas le goût. Pour ce faire, une première dose de chlore est ajoutée à la fin du traitement de l’eau potable. Mais l’eau doit parfois parcourir plusieurs kilomètres, et c’est très souvent suffisant à détériorer sa qualité. Pour pouvoir bénéficier de l’eau la plus pure possible, de petites gouttes de chlore seront ajoutées le long du trajet, à des endroits stratégiques, un peu comme un rappel de vaccin. En fonction de votre lieu d’habitation, l’eau peut donc avoir un léger goût de chlore. Pour s’en débarrasser, il vous suffit de laisser reposer l’eau dans une carafe couverte, dans le bas du réfrigérateur.

Rédigé par jojo

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