Charente-Maritime : ce manque d’eau qui les bassine

Publié le 20 Août 2016

Charente-Maritime : ce manque d’eau qui les bassine

Yves Brouzeau (à droite), dans son champ de maïs (pop-corn), et Henri Bonnet, irrigants
Yves Brouzeau (à droite), dans son champ de maïs (pop-corn), et Henri Bonnet, irrigants ©
Romuald Augé

Article abonnés Le département est exposé à un manque d’eau cinq mois dans l’année. Des solutions sont à l’étude, comme les « bassines » (retenues de substitution)

Le mois de juillet 2016 est le plus sec depuis 1959. Et les prévisions à long terme ne sont pas bonnes. On ne doit à un printemps pluvieux que des arrêtés préfectoraux de restrictions - le dernier étant tombé le 16 août (concernant les bassins de la Boutonne, Charente aval, marais sud de Rochefort, Bruant, Seudre) - et non des interdictions de prélèvement. L'absence, dans la région, de nappes phréatiques importantes et de bassins versants étendus pose de manière récurrente la question liée à l'irrigation agricole.

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Dans les bassins en déficit, l'État a engagé en 2011 des études afin de déterminer le volume d'eau réellement disponible. Objectif : plafonner la consommation et mieux la répartir. Pour l'irrigation agricole, la mise en place de cultures moins consommatrices sur de plus petites surfaces semble frappée du bon sens. « Mais on ne va pas changer des pratiques culturales vieilles de 40 ans du jour au lendemain », estime Françoise de Roffignac, vice-présidente du Conseil départemental 17 en charge de l'agriculture et présidente du Syres (lire ci-contre).

Culture intensive et irriguée

« Nous sommes conscients de pomper dans le milieu », reconnaît Yves Brouzeau, qui cultive 115 hectares de maïs à Thairé-d'Aunis. Ancien éleveur, il dit ne pas regretter son changement de production. « Dans les années 80, le Conseil général encourageait le drainage. Les céréales me permettent aujourd'hui de vivre. Si je comprends les défenseurs de l'environnement, je leur dis qu'on ne peut pas dissocier l'économie de l'écologie. »

Une querelle de clocher, avec d'un côté les agriculteurs voleurs d'eau et les défenseurs de la nature de l'autre ? Le domaine est trop complexe pour le caricaturer. « On a demandé aux paysans de produire, dans les années 60, et ils l'ont fait. Culture intensive, mécanisée, irriguée. Sauf qu'aujourd'hui, ce modèle lié à la Politique agricole commune (PAC) est caduc », estime François-Marie Pellerin, vice-président de la Coordination pour la défense du Marais poitevin.

La création de bassines revient à stocker l'hiver l'eau des nappes et des cours d'eau. Henri Bonnet, 84 ans, infatigable défenseur des irrigants, pense porter un projet viable allant dans ce sens. « Voilà douze ans qu'on s'y est mis. On espère déposer le projet lié au bassin du Curé, au nord de l'Aunis, à la préfecture en septembre. Les bassines prévues sont à Saint-Xandre, Saint-Médard, Saint-Sauveur, Benon, Anais, Gué-d'Alleré. Mais que de freins, de recours, de textes qui évoluent ! »

Pas de chèque en blanc

« Et pourtant une étude de 2010 du Bureau de recherches géologiques et minières précise que les retenues de substitution améliorent sensiblement la situation en été », assurent en chœur Yves Brouzeau et Henri Bonnet, tous deux irrigants.

Patrick Picaud, de Nature environnement 17, est plus dubitatif. « Ces bassines sont financées à 70 % par de l'argent public, argent qui profite à une seule catégorie socioprofessionnelle. Comme elles coûtent cher, il faut les rentabiliser. Autrement dit, alimenter un système qu'il faut revoir, et non encourager. » De fait, l'association a attaqué les projets de retenues de Benon et des Roches ; les procédures sont en cours.

La Fédération de pêche 17 est parfois aussi allée contre. Mais précise « être pour les réserves de substitution, sur le principe. Pas de chèque en blanc cependant. Dans le code de l'environnement, le milieu aquatique passe avant les usages. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Le problème, ce ne sont pas les agriculteurs, mais la politique agricole », estime son président, Gilles Brichet. Qui rappelle que quand la quantité d'eau diminue, c'est à coup sûr aussi la qualité qui trinque.

"Pour moi, c'était une question de survie"

 

A Nieul-lès-Saintes, Fabien Chaboisseau s'est lancé dans un projet privé pour contourner les obstacles

« Mais attention, prévient l’agriculteur qui irrigue maïs et pommes de terre près de la Seudre, ne me faites pas dire que les fonds privés sont la solution ». Après cinq ans d’études et d’enquêtes publique ou archéologique, Fabien Chaboisseau est en passe de recevoir son autorisation. « Je croyais que les associations de défense de l’environnement attaquaient ces projets de réserve uniquement pour les aides publiques. Et puis je me suis rendu compte qu’ils faisaient aussi des remarques par rapport au remplissage… »

Il reconnaît que dans le cas du projet d’Henri Bonnet (lire ci-dessus), il aurait abandonné. « Il faut suivre au niveau administratif. Ce n’est pas comme pour un tracteur. On l’achète et puis deux mois après, on l’a… » À ce propos, pourquoi ne pas s’associer, comme pour les achats de matériel coûteux ? « Au-dessous de 100 000 mètres cubes, ce n’est pas intéressant. Et quand ça le devient, on arrive à des structures qui posent d’autres problèmes. »

La pomme de terre en plus

L’investissement est lourd et devrait être amorti sur 15 ans. « C’est 70 000 € d’étude environnementale, et 600 000 € d’emprunt pour une retenue de 120 000 mètres cubes et 60 hectares cultivés. Du maïs et de la pomme de terre. C’est elle, vendue en primeur qui me permet de me lancer. Si je n’avais fait que du maïs, ça n’aurait pas été viable. »

Pour que le projet le soit, Fabien Chaboisseau a dû augmenter de dix hectares la culture du tubercule qui pousse si bien dans la terre sableuse des bords de Seudre. « Je vais passer de 15 à 25 hectares de primeur sur Saint-André-de-Lidon », ajoute l’agriculteur qui irrigue 170 hectares, mais pas seulement sur la Seudre. « Pour moi, c’était une question de survie. Je suis sur un bassin où le volume prélevable, à l’avenir, va fortement diminuer. Pour vous donner une idée, on nous annonce une baisse de 92 % par rapport à notre référence, qui date de 2006. Si l’on prend une base 100, soit ce que je pouvais prélever dans le milieu il y a dix ans, je suis aujourd’hui à 73. En 2021, je serai à 7. »

Si « recevoir le papier officiel d’ici à quinze jours » pour lancer la construction de sa retenue de substitution réjouit l’irrigant, le fait que l’autorisation reste attaquable durant un an par une association écologiste ne le rassure pas.

Rédigé par jojo

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