Plancton. Les pesticides pointés du doigt

Publié le 24 Septembre 2016

image: http://www.letelegramme.fr/images/2016/09/24/jean-hascoet-de-l-association-baie-de-douarnenez_3100560_437x330p.jpg?v=1

Jean Hascoët, de l'association Baie de Douarnenez Environnement, a invité Geneviève Arzul et François Quiniou à évoquer ce sujet complexe.
Jean Hascoët, de l'association Baie de Douarnenez Environnement, a invité Geneviève Arzul et François Quiniou à évoquer ce sujet complexe.

Les écotoxicologues finistériennes Geneviève Arzul et Françoise Quiniou mettent en avant les effets néfastes des pesticides sur le plancton marin, base de la chaîne alimentaire en mer. Elles interviennent mardi, à Douarnenez (29).



Qu'est-ce qui vous a poussées à travailler sur les liens entre plancton marin et pesticides ?
Anciennes d'Ifremer, nous sommes écotoxicologues, étudiant l'influence des produits toxiques sur l'environnement. Nous avons travaillé sur les peintures antisalissure, les boues de dragage et, depuis les années 90, sur les pesticides, en coordonnant notamment l'ouvrage « Plancton marin et pesticides : quels liens ? », paru en 2014. L'idée est que tout ce que nous mettons dans le sol a un impact sur le plancton marin : ces produits se retrouvent en quelques heures, jours ou semaines dans les eaux littorales. Et nos recherches en laboratoire comme sur la zone côtière nous démontrent que les pesticides modifient ensuite la qualité du milieu marin et ont une influence sur sa biodiversité.

Dans le détail, quelles sont ces conséquences ?
Pour résumer, les fongicides, herbicides et insecticides ont tendance à taper fort sur le zooplancton et ses oeufs, larves et petits animaux, et sur le phytoplancton et ses algues unicellulaires. Même de toutes petites doses peuvent avoir des effets. Des espèces moins tolérantes disparaissent, des écosystèmes sont déstabilisés et des animaux ne peuvent plus se nourrir, se reproduire... Or, le plancton est à la base de la chaîne alimentaire marine ! Il n'est pas la cible de ces produits mais en souffre.

Lancez-vous un cri d'alarme ?
Nous sommes des chercheuses, pas des militantes associatives qui verraient tout en blanc et noir. Nous pointons des risques potentiels d'un usage non contrôlé de pesticides, en apportant des faits qui, espérons-le, améliorent les connaissances du grand public. Il faut savoir, par exemple, que des molécules interdites depuis de nombreuses années se retrouvent encore dans le milieu. Que des substances actives différentes peuvent se mélanger et voir leurs effets toxiques s'annihiler comme s'additionner : personne ne peut encore le prédire. La France est le premier consommateur européen de pesticides, dont 95 % des usages par les agriculteurs. La prise de conscience est incontournable.

Des réglementations sur les pesticides sont mises en place...
Oui, depuis les années 80, les plans se succèdent et connaissent l'échec. Prenez le plan Ecophyto 2018, qui vise à réduire de moitié l'usage des pesticides. Mais la moitié du tonnage ? Du nombre de molécules ? De leur toxicité ? On peut réduire de moitié la quantité mais si le produit est deux fois plus puissant... C'est flou.

Pratique
Conférence sur les « Effets des pesticides sur le plancton marin », mardi, à 20 h 30, à l'auditorium du Port-Musée de Douarnenez.

© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/morbihan/plancton-les-pesticides-pointes-du-doigt-24-09-2016-11229112.php#CbcWp8MUR4Oe7LP0.99

Rédigé par jojo

Repost 0
Commenter cet article