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Algues vertes : la pollution continue, un second plan de lutte s’engage

Publié le 23 Janvier 2017

Algues vertes : la pollution continue, un second plan de lutte s’engage

Stanislas Du Guerny

image:

Huit baies bretonnes sont concernées par la prolifération des algues vertes. Ici, la baie de Saint-Brieuc. Photo RGA/Réa - RGA/REA

Le volume des algues vertes nauséabondes diminue, mais son éradication reste très difficile à mettre en œuvre. Un second plan, accompagné de financements publics, se met en place pour la période 2017-2021.

Des centaines de plages de Bretagne envahies par des monceaux d'algues vertes... Les élus et les professionnels du tourisme ont pourtant croisé les doigts pour qu'elles disparaissent. Mais rien n'y fait. Le littoral continue d'être recouvert, chaque printemps et chaque été, par ces ulves nauséabondes et polluantes. Un joggeur décédé dans une vasière, en octobre, a remis un coup de projecteur sur le sujet. Des médecins ont expliqué qu'il a succombé à un étouffement dû aux émanations toxiques des algues. Les pouvoirs publics restent dubitatifs. Et l'inquiétude demeure. L'Etat et les collectivités emmenées par la région lancent un second plan de lutte pour les années 2017 à 2021 à la suite du premier, lancé en 2010 par François Fillon, à l'époque Premier ministre. Il avait été fixé à 134 millions d'euros, après le décès d'un cheval et le coma du cavalier tombé au milieu d'un champ d'algues. Les sommes ont été utilisées sous la forme d'aides aux agriculteurs, mais aussi pour la restauration des zones humides et des bocages. « Ce nouveau plan d'un montant de l'ordre de 60 millions d'euros, indique Gilles Huet, le directeur de l'association Eau & Rivières de Bretagne, est nécessaire, puisque le milieu naturel des 8 baies bretonnes marquées par cette pollution exige de nouveaux efforts pour arriver à éliminer les algues. »

Si le volume des algues diminue, leur présence reste visible. « Entre 2002 et 2009, on comptait chaque année un peu plus de 3.200 hectares couverts, en 2016 on l'estime à 2.312 hectares. Si rien n'est entrepris, la baisse à venir sera très faible », souligne Sylvain Ballu, chargé depuis plus d'une décennie du suivi de cette pollution au sein du Centre d'étude et de valorisation des algues. (Céva). Les collectivités ramassent chaque année entre 40.000 et 50.000 tonnes. Une politique qui leur coûte de l'ordre de 300.000 à 500.000 euros par an.

L'origine de ces algues est connue. Il s'agit d'un phénomène d'eutrophisation lié à la rencontre de plusieurs facteurs, le premier et le plus important étant lié aux apports excessifs en nutriments agricoles (azote et phosphore). Intervient également les conditions de lumière et la température. La douceur hivernale est aussi propice à la prolifération. Pour éliminer les algues, il est indispensable de faire baisser les apports d'azote dans l'eau. « Les objectifs ambitieux fixés dans le premier plan de réduction de 30 % des flux d'azote ont été quasiment atteints dans les huit baies », indique le Comité de pilotage du plan de lutte. « La plupart des sites ont bénéficié d'une baisse sensible de la présence des nitrates dans l'eau », ajoute ­Sylvain Ballu.

Limites européennes

Dans la baie de la Fresnais (Côtes-d'Armor) initialement très marquée, on est passé de 70 milligrammes de nitrates par litre d'eau en 2001 à 40 milligrammes actuellement. La baie respecterait donc les règles européennes qui fixent la limite haute maximum autorisée à 50 mg par litre ! « Mais, pour que les algues disparaissent totalement, il faut atteindre entre 10 et 15 mg de nitrates par litre », martèlent les experts du Céva. L'Agence de l'eau Loire-Bretagne confirme. « Si la présence moyenne en nitrates dans l'eau est désormais de 30 mg par litre en Bretagne contre 50 mg il y a dix ans, il faut encore faire baisser ce taux dans les bassins versants sensibles », estime Fabrice Craipeau, chargé de mission à l'Agence de l'eau Loire-Bretagne. Ce qui suppose de redoubler d'efforts, alors même que l'agriculture bretonne est en difficulté et qu'il est complexe de changer de mode de production alors que les prix ne cessent de fluctuer.

Ces dernières années, 3.500 agriculteurs - 10 % du nombre des exploitants de la région - ont été concernés par le plan algues vertes. « L'implantation de la luzerne ­constitue un objectif fort de la baie de Saint-Brieuc avec un total prévu de 5.000 hectares d'ici à 2027 », note le comité de suivi. Le principal est d'éviter certains types de cultures comme le blé pour se concentrer sur des pièges à nitrates comme le colza ou la moutarde, tout en sachant que ce sont des plantes aux revenus faibles. « Il faut surtout plus d'espaces en herbe afin de diluer le cheptel dans plus d'hectares », note encore Sylvain Ballu.

Stanislas du Guerny
Correspondant à Rennes

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/0211717835924-algues-vertes-la-pollution-continue-un-second-plan-de-lutte-sengage-2059016.php#WlL1s7OYAjWVhUbX.99

Rédigé par jojo

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