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En Syrie, la guerre menace un barrage géant

Publié le 27 Mars 2017

En Syrie, la guerre menace un barrage géant

Par Patrick Angevin

 
ACTUALITÉ
L’encerclement en cours de Raqqa, la place forte de Daech en Syrie, passe par la prise aux djihadistes de la ville de Thaoura, à 60 km à l’ouest. Le problème, c’est que s’y trouve le barrage de Tabqa qui retient les eaux de l’Euphrate et forme l’immense lac Assad. Les combattants arabes et kurdes et leur allié américain affichent une prudence extrême. Car, si les combats endommagent l’ouvrage, ce sera la catastrophe.
 
 
 

Le vent tourne. L’État islamique est en train de perdre Mossoul, sa « capitale » en Irak. Et la ville de Raqqa, sa place forte en Syrie, est désormais pratiquement encerclée. À 60 km à l’ouest de Raqqa, les forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de rebelles en majorité kurdes, mais aussi arabes et turkmènes, soutenues par les États-Unis et notamment l’US Air Force, sont en train de s’emparer du verrou d’Al-Thaoura.

Mais là, il y a un gros problème. Al-Thaoura abrite le barrage de Tabqa, l’un des plus importants du Moyen-Orient. Achevé en 1973, l’ouvrage de 4,5 km de long retient 10 milliards de mètres cubes des eaux de l’Euphrate, qui forment le lac Assad. Que se passerait-il si le barrage était détruit ? Une catastrophe. Les experts anticipent une vague de 9 mètres, à une vitesse de 7 m/s, qui submergerait 67 localités jusqu’à la banlieue sud de Raqqa, voire au-delà.

 

 

 
Différentes vues du barrage. De gauche à droite et de haut en bas : image satellitaire, vue sur la retenue, survol par un drone américain. (Photos : Nasa/DR/Reuters)

Jeudi, une audacieuse opération aéroportée a permis de déposer des troupes des FDS, mais aussi des forces spéciales américaines et françaises, sur la rive sud du lac Assad, à l’arrière des lignes des djihadistes qui défendent Al-Thaoura.

Ce week-end, les combattants de Daech ont été obligés de se retirer de l’aéroport d’Al Thaoura. Mais ils tiennent toujours la ville et surtout ils tiennent toujours la partie sud du barrage.

Impossible de bombarder

Impossible pour les Américains de bombarder à tout va, pour permettre à leurs alliés des FDS de progresser sur le barrage. Daech le sait d’ailleurs très bien. Depuis qu’ils s’en sont emparés en 2014, les djihadistes ont parié, à raison, que le barrage ne serait pas bombardé. Ils s’en sont donc servis pour mettre à l’abri des chefs importants, des prisonniers de valeur et des centres de commandement, qui ont aujourd’hui été évacués.

Il n’empêche que les combats font forcément des dégâts. Des vidéos tournées par les FDS montrent des frappes d’artillerie et d’hélicoptères, de nuit, contre des installations du barrage (la vidéo ci-dessous a été diffusée sur Twitter).

Il n’en fallait pas plus pour que l’État islamique annonce que les bombardements avaient endommagé la structure de l’ouvrage.

Les sites de propagande de Daech ont ainsi publié des images de la salle de contrôle totalement ravagée par « des attaques aériennes ».

 
 
Photo de la salle de contrôle détruite, diffusée par Daech sur les réseaux sociaux. (Photo : capture d’écran Twitter)

Filmé par les drones américains

Totalement faux, a répliqué l’état-major de la coalition qui a mis en ligne des images filmées par des drones. On peut y voir le barrage apparemment en bon état, avec seulement des traces d’incendie.

Pour les Américains, et la plupart des experts militaires, la destruction de la station de contrôle est la conséquence d’un incendie que Daech a pu lui-même allumer.

 
 
L’image ci-dessus a été réalisée par un drone américain. Encadrés en rouge, les endroits où se sont déclarés des incendies. (Photo : DR)

Il est vrai que chaque fois qu’ils sont contraints de reculer, les djihadistes détruisent désormais systématiquement les infrastructures. Maintenant qu’il va perdre son refuge, Daech peut-il provoquer un raz-de-marée meurtrier ? Les experts doutent de sa capacité à détruire un ouvrage haut de 60 m, dont la base est large de plus de 500 m.

L’incertitude a cependant provoqué des scènes de panique, dimanche, dans Raqqa (vidéo ci-dessous), rapporte le collectif d’activistes « Raqqa massacré en silence », qui fait sortir clandestinement des images du fief de Daech.

 

Rédigé par jojo

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