Moratoire sur la continuité écologique, amendement abusif

Publié le 13 Mars 2017


  Monsieur Gérard Larcher  Président  Sénat Palais du Luxembourg  15 rue de Vaugirard  75 006 Paris    Mercredi 15 février 2017
  Objet : Moratoire sur la continuité écologique, amendement abusif      Monsieur le Président,     Votre  assemblée  va  voter  ce  15  février  un  projet  de  loi  permettant  de  ratifier  deux  ordonnances sur l’électricité, le gaz et les énergies renouvelables. Profitant, et abusant, du passage  de ce texte devant le Parlement de la République, (passage en commission paritaire le 1 février  dernier, vote à l’Assemblée Nationale le 9 février), un groupe de pression y a inséré un cavalier  dangereux  et  abusif.  Cet  amendement,  ouvert  à  toutes  les  interprétations,  va  exonérer  une  catégorie d’usagers des obligations attachées à un bien et usage privé de l’eau, patrimoine commun  de la nation, tout en créant un droit exorbitant, alors que les autres usagers devront les assumer. Ce  texte va en effet compliquer, retarder, voire bloquer les opérations de restauration de la continuité  écologique que notre pays a engagées, sur tout son territoire, à l’issue de l’adoption de la loi sur  l’eau et les milieux aquatiques de 2006 et d’autres textes législatifs consacrant la nécessité de  restaurer les continuité écologiques pour la biodiversité et assurer le bon état écologique des eaux. Il  viserait à faciliter l’équipement d’un nombre important d’ouvrages en microcentrales de petite taille,  pour un intérêt énergétique sur lequel il est indispensable de s’interroger.     Nous  voulons  donc  pour  commencer  vous  faire  part  de  notre  étonnement  devant  ce  procédé, peu transparent,  qui consiste à insérer un amendement dans un projet de loi sur les  conditions de production de l’énergie, qui n’a qu’un rapport de second rang avec nos obligations  nationales et européennes en matière de restauration de nos cours d’eau et de leur biodiversité,  restauration au service de la Nation et non d’intérêts particuliers. Les obligations de notre pays visà‐vis d’un certain nombre de textes de l’Union Européenne, Directive Cadre sur l’Eau et Règlement  Anguille qui obligent à assurer le bon état des masses d’eau, ne sont pas des options. Le plan de  gestion de l’anguille impose, et c’est une obligation de résultat, de restaurer la continuité écologique  sur plusieurs milliers d’ouvrages sur les cours d’eau empruntés ou devant être reconquis par cette  espèce, notamment par le biais des classements de ces cours d’eau en liste 2 prévue au L.214‐17. En  référence au volet national de ce plan, plus de 230 ouvrages hydroélectriques existant sont visés par  cette obligation de résultat. Qu’en sera‐t‐il, une fois l’amendement adopté ?    Nous voulons ensuite vous signaler que, depuis une dizaine d’années, des acteurs très divers,  élus, syndicats de rivières, services de l’Etat, Agences de l’eau, propriétaires d’ouvrages, Agence  Française de la Biodiversité, entreprises, pêcheurs, ONG mettent en œuvre, la plupart des cas dans  un climat de concertation réussi, des opérations de restauration de la continuité écologique afin de  retrouver des rivières de qualité. Ces opérations permettent de créer de la valeur, de l’attractivité,  du lien, de l’activité économique sur les territoires. Elles ne visent en aucun cas à enlever, de
manière  arbitraire,  régalienne,  tous  les  moulins  de  notre  pays,  dont  certains  constituent  un  patrimoine remarquable. Lorsque des travaux sont engagés, travaux qui ne passent pas forcément  par  l’arasement  des  ouvrages,  ils  procèdent  donc  d’une  analyse  juridique,  écologique,  sociale,  économique approfondie des enjeux sur les territoires, avec tous les acteurs concernés. Ils relèvent  bien d’un intérêt général, à l’échelle d’un bassin versant, croisant enjeux de restauration de la  biodiversité,  en  particulier  des  poissons  migrateurs  et  enjeux  d’augmentation  de  la  production  d’électricité renouvelable, dont l’hydroélectricité. Le cadre de ces réflexions montre souvent que le  maintien ou la création de petites unités de production électrique permettant de justifier le maintien  de certains seuils, ne présente pas beaucoup d’intérêts au regard de la mise en place de la Loi de  Transition Energétique votée par le Parlement le 15 août 2015. Enfin, cet article créé une rupture  d’égalité des citoyens devant la loi, en exonérant sans aucune justification technique ou écologique  des propriétaires de moulins d’obligations de réduction d’impact sur l’environnement auxquelles  demeurent soumis les autres propriétaires de seuils en rivière de même type et ayant le même type  d’impact, mais liés à un usage d’irrigation, de pisciculture ou d’activités touristique par exemple    Au moment où EDF, les élus du territoire du Haut Allier, dont le parlementaire M. Jean Pierre  Vigier (auteur en 2015 du rapport sur les continuités écologiques aquatiques), le Conservatoire  National du Haut Allier, des pêcheurs, des ONG annoncent le lancement du chantier du Nouveau  Poutès, qui va totalement reconfigurer un grand barrage pour assurer une continuité écologique  exemplaire,  il  est  paradoxal  que  votre  assemblée  soutienne  un  amendement  qui  relève  d’une  incapacité, d’un refus de certains intérêts particuliers à s’adapter au monde qui vient et dont la  compatibilité avec la Constitution est loin d’être avérée.    Eu égard aux conséquences que ce texte emporte, nous vous demandons, Monsieur Le  Président, de faire en sorte que cet amendement abusif ne soit pas voté et que la question de la  restauration, nécessaire, de la continuité écologique puisse se poursuivre, comme elle le fait depuis  quelques  années,  dans  un  climat  apaisé  permettant  à  notre  pays  de  répondre  aux  enjeux,  écologiques, culturels et économiques de la Loi Biodiversité que vous avez voté le 08 août dernier.      Nous restons à votre disposition pour un échange plus approfondi et nous vous prions  d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.    Pour  Claude Roustan    Jean‐Paul Doron  Président de la Fédération       Président de l’Union de Bassin  Nationale de la Pêche en France     Loire‐Bretagne des Fédérations de Pêche  Président de la Fédération de Pêche de l’Orne    Jean Yves Moëlo        Maurice Lebranchu  Président de la Fédération de Pêche    Président de la Fédération de Pêche des   du Morbihan    Côtes d’Armor    Roberto Epple  Président ERN France  SOS Loire Vivante
 
  Copies : Mme Royal, Ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer ; M. Claude Bartolone, Président de  l’Assemblée Nationale ; M. Jean Launay, Président du Comité National de l’Eau ; M. André Flajolet, ancien  rapporteur de la LEMA ; M. Jean Pierre Vigier, Député de Haute Loire

Rédigé par jojo

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