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Publié le 18 Août 2017

Une zone morte géante asphyxie les côtes des USA

Par Estelle Lévêque

 
ACTUALITÉ
Une gigantesque zone marine ne renfermant quasiment plus d’oxygène ne cesse de s’étendre au large des États-Unis, dans le golfe du Mexique. Sans oxygène, pas de vie. Cette « zone morte », fatale à la faune marine, inquiète les scientifiques. En cause : le réchauffement climatique et les polluants issus de l’agriculture.

 

 
 

 

Aux États-Unis, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : une immense « zone morte » grandit dans le golfe du Mexique, le long de la Louisiane et du Texas. Son étendue est aujourd’hui estimée à 22 000 kilomètres carrés (soit un peu moins que la surperficie de la Bretagne). Le secteur est 3 % plus grand qu’en 2002, le record précédent, selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

Le terme « zone morte » désigne un milieu aquatique (mers, océans, estuaires, grands lacs, mares, etc.) où l’oxygène dissous dans l’eau (plus précisément le dioxygène, ou O2) se fait tellement rare que les organismes ne peuvent plus respirer correctement et finissent souvent par mourir asphyxiés. « Cette grande zone morte montre que la pollution agricole et urbaine coule dans le Mississippi et continue de toucher les ressources côtières et les habitats dans le golfe du Mexique », indique la NOAA dans un communiqué. « Nous avions prédit que la zone serait grande et elle est grande », déplore la scientifique Nancy Rabalais, de l’Université de Louisiane, qui mesure la zone depuis 1985.

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La faute aux fertilisants agricoles

« L’origine du problème est aujourd’hui liée au rejet de matières organiques dans l’eau », confirme le bio-géochimiste Paul Tréguer, professeur émérite à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO). Les agriculteurs américains ont en effet épandu en grande quantité des fertilisants dans leurs champs.

Le lessivage des sols par les pluies et des précipitations abondantes ont entraîné en masse ces éléments nutritifs dans le fleuve Mississippi, qui se déverse dans le golfe du Mexique. Une fois dans un milieu aquatique, ces nutriments contribuent à augmenter les demandes chimiques et biologiques en oxygène, bien au-delà de ce que cet environnement peut fournir : l’azote et le phosphore charriés par le fleuve Mississippi entraînent notamment une prolifération d’algues qui se décomposent en captant l’oxygène, asphyxiant peu à peu les espèces marines qui y vivent…

« Les épandages deviennent rapidement des bactéries, qui ont besoin de se nourrir », résume Johannes Karstensen, scientifique du Centre pour les recherches océaniques de Kiel, en Allemagne. En 2015 pourtant, des dispositions avaient été prises aux États-Unis, dans l’État du Mississippi, pour réduire ce phénomène « mais ça n’a pas été très efficace », indique Paul Tréguer.

Des zones mortes de plus en plus nombreuses

« Un premier rapport de l’Organisation des nations unies recensait 150 zones mortes dans le monde en 2004, poursuit Paul Tréguer. Un second rapport publié en 2008 par l’Institut des sciences marines de Virginie, aux États-Unis, en dénombrait 400, étendues sur 245 000 kilomètres carrés… » Le plus souvent, ces zones sont à proximité des zones agricoles denses.

Or, pour avoir une bonne teneur en oxygène, propice à la vie marine, « l’eau de mer doit être brassée ou avoir des fonds très froids et très profonds », explique le bio-géochimiste. Une étude de l’Institut océanographique de Monaco de 2012 le confirme : « Ce sont les eaux intermédiaires (entre 100 et 1 000 mètres de profondeur) qui ont la moins grande concentration en dioxygène. »

 

 
 
(Photo d’illustration : Pixabay)

 

L’étude souligne aussi que cette « désoxygénation de l’eau pourrait aussi être due au réchauffement climatique, la dissolution du dioxygène est moins évidente quand les eaux sont trop chaudes ». Évidemment, les zones peu profondes et où il y a moins de courants, comme dans le golfe du Mexique, sont plus exposées à la raréfaction de l’oxygène, car l’eau n’est pas assez brassée.

Quelles solutions ?

Cette pénurie d’oxygène a un impact direct sur les écosystèmes marins. « Les êtres vivants qui peuvent se déplacer, comme les poissons, s’enfuient avant de mourir asphyxiés, indique Paul Tréguer. Les êtres vivants qui ne peuvent pas se déplacer (coquillages et coraux) meurent. À long terme, on peut imaginer qu’il pourra y avoir une adaptation de certains êtres vivants. Des organismes seront peut-être capables un jour de survivre avec moins d’oxygène »

N’est-il pas déjà trop tard ? « Nous arrivons aujourd’hui à un seuil critique, reconnaît le bio-géochimiste. Il faut trouver des modèles, pour prévoir quels impacts les activités humaines vont avoir sur les cycles de nutriments des océans. » Pour l’instant, les scientifiques prônent donc la régulation des produits chimiques dans l’agriculture.

Rédigé par jojo

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