Publié le 22 Décembre 2010

L’Etat lance la concurrence à l’assaut des barrages hydroélectriques
mardi 14 décembre 2010 (11h59)

 

L’Etat lance la concurrence à l’assaut des barrages hydroélectriques

 

Le gouvernement engage aujourd’hui le projet d’ouverture à la concurrence des barrages. Une cinquantaine d’ouvrages sont concernés par la procédure d’appels d’offres d’ici à 2015. Etat des lieux du chambardement hydroélectrique, en 6 questions. POURQUOI EST-CE UN ENJEU IMPORTANT POUR LES INDUSTRIELS ?

Attribuées pour une durée de 75 ans depuis... 1920, les quelque 400 concessions hydroélectriques du pays arrivent à expiration. Une poule aux œufs d’or pour les industriels qui les exploitent : les investissements sont en effet déjà largement amortis. A Génissiat par exemple, le plus gros barrage de l’Hexagone, chacune des six turbines rapporte 4000 euros par heure et produit 60 à 70 MWh d’électricité (le prix de vente moyen de l’électricité se situant autour de 55 euros le MWh). Or le coût de production, lui, se situe 20 euros par MWh, soit 1400 euros maximum par turbine. Le calcul est des plus rapide : chaque heure GDF Suez dispose d’une marge substantielle.

A partir d’aujourd’hui néanmoins, l’eldorado hydroélectrique va progressivement être soumis à la concurrence. De quoi offrir des marges copieuses à de nouveaux concessionnaires, qui remporteront le gros lot pour 30 à 40 ans. Une première grappe d’une cinquantaine de barrages a été rassemblée dans dix concessions, qui seront remises en jeu d’ici à 2015. Il faudra compter cinq ans entre la réalisation d’un dossier de fin de concession par l’exploitant actuel d’un ouvrage et l’arrivée d’un nouveau concessionnaire. L’Etat est propriétaire Les barrages sont une délégation de service public. Le cahier des charges confie de larges prérogatives au concessionnaire, qui procède aux différents aménagements pour le compte de l’État. Responsable de la sécurité et la protection de l’environnement, le concessionnaire a l’obligation d’entretenir les ouvrages afin de les remettre en bon état à la fin de la concession.

QUELLE CAPACITE REPRESENTENT LES BARRAGES BIENTOT REMIS EN JEU ?

Près de 5.3 GW soit environ 20 % de la puissance du parc hydroélectrique français. Le ministère de l’Energie a décidé de regrouper les ouvrages hydrauliquement liés dans chaque vallée. Pour cela, il a fallu anticiper le renouvellement de concession d’une quinzaine d’ouvrages de 2,3 GW au total, et définir une méthode pour dédommager l’ancien concessionnaire en cas de changement. Le dédommagement sera égal à l’actualisation de l’excédent brut d’exploitation moyen sur les cinq meilleures des sept dernières années ou sur la dernière année si celle-ci est plus avantageuse. A cela s’ajoutent 2,8 GW de concessions qui arrivent à échéance naturelle. Enfin, le ministère du Développement Durable demandera également au moins 200 MW de suréquipements.

QUELS SERONT LES PREMIERS BARRAGES OUVERTS A CANDIDATURES ?

Dès 2010 pour les ouvrages de la vallée de l’Ossau (Pyrénées-Atlantique), et du Lac Mort (Alpes). Les gros morceaux tels que la vallée de la Truyère (2.014 MW), de la Dordogne (1.551 MW) et de Bissorte (882 MW), lanceront leurs appels à candidatures entre mi-2011 et mi-2012. Les concessions hydroélectriques dans les Alpes (Vallée du Drac, chaîne du Beaufortain et station de pompage de Bissorte), les Pyrénées (Vallées d’Ossau, du Louron et de la Têt) et le Massif Central (vallée de la Dordogne et de la Truyère) seront attribuées entre 2013 et 2015. (Voir plus bas le calendrier complet) Une source renouvelable, et réactive L’hydroélectricité représente 12 % de la production nationale. Lorsqu’elle est associée à un réservoir (lac, barrage, etc.), elle permet un démarrage rapide et une montée jusqu’à la pleine puissance en quelques minutes. Plutôt précieux, en cas de perturbation voire d’écroulement des réseaux électriques.

QUI DETIENT LES BARRAGES ACTUELLEMENT ?

Sur une puissance totale concédée de 25,3 GW, EDF exploite environ 80 % des barrages de l’Hexagone avec 20,3 GW, le reste étant essentiellement détenu par deux filiales de GDF Suez, la CNR (Compagnie nationale du Rhône) se voyant déléguer 3,5 GW et la Shem (Société hydroélectrique du Midi) 900 MW. Enfin, 600 MW ont été attribués à d’autres producteurs. Pour EDF, l’ouverture des barrages à la concurrence constitue un enjeu clef. Grâce à ce processus, GDF Suez espère disposer de 4 à 4,5 GW de capacités hydrauliques d’ici à 2013, contre 3,7 aujourd’hui.

QUI SON LES NOUVEAUX ENTRANTS POTENTIELS ?

Le renouvellement des concessions suscite la convoitise de poids-lourds étrangers comme le norvégien Statkraft, qui exploite déjà 225 centrales hydrauliques en Norvège, en Suède, en Allemagne, en Finlande et au Royaume-Uni, l’allemand E.ON, qui a pour objectif de produire 36%d’électricité issue de sources renouvelables en 2030, ou l’italien Enel. Le suisse Alpiq, qui s’est déclaré candidat par voie de communiqué, exploite en Suisse, en France et en Italie une trentaine d’ouvrages, pour la plupart de très grande taille, pour plus de 2.800 MW de puissance installée. En complément des projets de centrales à cycle combiné gaz qu’il développe en France, de sa présence dans l’éolien et la petite hydraulique qui correspondent à des volumes d’investissements très significatifs, le renouvellement des concessions hydroélectriques constitue pour le groupe une belle opportunité.

Egalement intéressé, l’autrichien Verbund, actionnaire à 48% du français Poweo, a récupéré, en 2008, treize barrages allemands d’une puissance de 312MW, propriétés d’E.ON. Le fournisseur d’électricité alternatif Direct Energie lui emboîte le pas. Menant des projets dans la biomasse, le photovoltaïque, l’éolien offshore et on shore pour plusieurs centaines de MW, il possède et gère 5 petites centrales hydroélectriques de moins de 10 MW également, et compte sur deux futures centrales à gaz à cycle combiné de 800 MW chacune. Plus discrets, l’espagnol Iberdrola et l’allemand Vattenfall sont également sur les rangs, tout comme à son échelle le petit Maïa Power.

POURQUOI PLAFONNER LA REDEVANCE ?

Pour des raisons historiques, ni les barrages d’EDF ni ceux de la Shem ne paient de redevance à l’Etat : seuls des ouvrages gérés par la CNR s’en acquittent à hauteur de 24 % de leurs revenus. Le vote de la loi Grenelle 2, début mai, va changer la donne. Le niveau de cette redevance, proportionnelle au chiffre d’affaires de l’ouvrage, sera défini vallée par vallée et réparti à 50/50 entre l’Etat et les collectivités locales.

Afin de sélectionner les nouveaux concessionnaires, l’Etat tiendra compte de leurs propositions en matière d’environnement, d’efficacité énergétique et de redevance. Reste que cette redevance sera plafonnée afin d’éviter de donner trop de poids au critère financier. Une idée défendue par les exploitants historiques EDF et GDF Suez : pour les nouveaux candidats attirés par les concessions arrivant à expiration, il serait trop facile de promettre des niveaux de redevance juteux à même de remplir les caisses vides de l’Etat, afin de gagner les prochains appels d’offre... et de rogner ensuite sur la maintenance et la sécurité. La mesure va probablement se traduire par un alignement de tous les candidats sur le plafond choisi. GdF Suez souhaite que ce plafond ne dépasse pas 30% du chiffre d’affaires. Il se situerait, in fine, autour de 25%.

http://www.usinenouvelle.com/articl...

 

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Publié le 15 Décembre 2010

 

VEZINS ET LA-ROCHE-QUI-BOIT MENACES DE SUPPRESSION

 

 

 

 

Les barrages de la Roche-qui-Boit et de Vezins ont été mis en service en 1920 et 1932 dans le Sud Manche. Ils sont situés sur le cours de la Sélune qui se jette dans la baie du Mont Saint Michel, comme le Couesnon et la Sée.

Pendant la deuxième guerre mondiale, leur production électrique a aussi été utilisée pour approvisionner l’arsenal de Cherbourg et le mur de l’Atlantique.

Aujourd’hui, cinq minutes suffisent pour déclencher une production d’électricité suffisante pour alimenter huit à dix mille personnes, soit l’équivalent d’une ville comme Avranches (50300).

Le lac de retenue de Vezins s’étend sur 19 Km pour environ 72 Ha et un volume de 20 Millions de M3 d’eau. Chaque année, la vallée verdoyante et boisée accueille de très nombreux visiteurs grâce aux différentes structures qu’elle abrite : la base de la Mazure (20.000 nuitées), le parc de l’Ange Michel (90.000 entrées) ou le village de gîtes le Bel-Orient (1.850 journées). On y pratique de nombreuses activités nautiques et de loisirs (canoë-kayak, randonnée, escalade, photographie, peinture, tir à l’arc…). Le plan d’eau est notamment utilisé pour l’entraînement des sapeurs pompiers ou encore des chiens de sauvetage et il constitue une importante réserve destinée à l’alimentation en eau potable.

Mais c’est aussi le paradis des pêcheurs qui viennent taquiner perches, tanches, brochets, silures, carpes, sandres, anguilles et autres poissons blancs.

 

Le 13 Novembre 2009, Madame Jouanno, ex Secrétaire d’Etat à l’écologie en visite à Lisieux (14), annonce que la concession d’EDF ne sera pas renouvelée et que les barrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit seront « effacés ».

Cette décision s’appuie sur l’avis rendu par la CLE (Commission Locale de l’Eau) et correspondrait aux exigences du Grenelle de l’Environnement.

Coût estimé (en 2004) des différentes opérations : 290 Millions d’Euros.

 

Les raisons invoquées sont le rétablissement de la qualité de l’eau (prôné par la CLE) et celui de la circulation des poissons migrateurs (décidé par le Grenelle de l’Environnement).

 

La qualité de l’eau :

Force est de constater que la Sélune et ses lacs de retenue sont touchés par la pollution, tout comme les autres fleuves et rivières de France. Les teneurs en nitrates ne cessent d’augmenter, les phosphates (simplement présents à l'état de traces en 1961) atteignent des concentrations supérieures à 0,3 mg/l (c’est le phosphore qui conduit à l’eutrophisation des lacs en été et au développement des cyanobactéries produisant des cyanotoxines potentiellement dangereuses pour l’homme et la faune sauvage).

Des pesticides sont également présents. La teneur en azote des eaux des retenues a été multipliée par 10 au cours des vingt dernières années. La qualité des eaux du lac de Vezins s'est particulièrement détériorée en ce qui concerne la prolifération des algues, la teneur en oxygène, l’augmentation des sédiments et leur enrichissement en éléments toxiques. Et les matières en suspension contribuent à l’envasement des retenues d’eau…

Un bien triste constat que nous livrent le rapport N°93-137 du CGPC et celui du SAGE Sélune de 2007.

 

Mais d’où vient cette pollution ? Doit-on considérer que les lacs en sont responsables ?

La Sélune reçoit les eaux usées de 37 stations d’épuration domestiques (pas toutes aux normes) censées traiter correctement les matières en suspension et les matières organiques, mais très mal les matières azotées et le phosphore qui provient en majorité des rejets urbains et industriels. L’agriculture et l’élevage constituent les principales sources de pollution en azote. La gestion des effluents d’élevage, des cultures (maïs notamment) sont les points les plus problématiques. De plus, les pesticides utilisés, comme l’atrazine, sont rémanents. Par ailleurs, la descente du bétail au cours d’eau détériore la qualité bactériologique et augmente les quantités de matières en suspension. Les pratiques culturales favorisent le ruissellement au détriment de l’infiltration. L’imperméabilisation générale et l’urbanisation des zones inondables augmentent le risque de dommages, tandis que le manque d’entretien des rivières (initialement à la charge des riverains) et les travaux parfois inadaptés nuisent à l‘écoulement ou au stockage des eaux excédentaires.

 

La pollution provient donc de l’amont et celle qui est constatée dans les lacs de retenue n’en est que la conséquence.

Les ouvrages remplissent le rôle de filtres et de bassins de décantation permettant de retenir une grande partie, sinon la majorité des sédiments pollués. L’arasement des barrages n’aurait donc aucun effet bénéfique sur l’amélioration de la qualité des eaux. Bien au contraire, car leur suppression permettrait le libre écoulement des sédiments vers l’aval et jusque dans la baie du Mont Saint Michel, alors que des centaines de millions d’euros ont déjà été dépensés pour tenter de rétablir le caractère maritime du Mont et stopper l’envasement de sa baie.

Quel serait alors le devenir du projet Natura 2000 et du « parc marin » actuellement en création ?

Comment réguler le débit de la Sélune en période de crue pour éviter les dégâts liés aux inondations saisonnières ?

Et, sachant que la plupart des captages de surface révèlent des teneurs en nitrates supérieures à 70 mg/l, Où trouver une réserve capable d’alimenter la population en eau potable ? A quel prix ? Aux frais de qui ?

 

La circulation des poissons migrateurs :

« La suppression des barrages et la restauration de l’axe migrateur majeur qu’est la Sélune permettront au saumon et à l’anguille de multiplier par 4 leur aire de colonisation sur le bassin de la Sélune. » (Rapport du SAGE Sélune 2007)

On peut raisonnablement concevoir la possible existence de frayères en amont de la Roche-qui-boit, ce qui pourrait expliquer qu’une échelle à poissons fût mise en place dès la construction de l’ouvrage en 1919.  Mais rien n’atteste la présence du saumon à cette époque et en amont de l’actuel barrage de Vezins. Et il est à craindre que le peu de candidats potentiels à la remontée ne soit découragé par la médiocre qualité des eaux…

Aux dires des pêcheurs eux-mêmes, la diminution du nombre de captures s’accélère d’année en année, et plus particulièrement sur la Sée qui ne comporte pourtant aucun barrage. La Sée serait-elle donc plus polluée que la Sélune ?

La raréfaction des saumons n’est ni une spécificité locale ni une particularité régionale. C’est malheureusement un phénomène qui dépasse nos frontières.

Les anguilles étaient jugées indésirables dans nos cours d’eau jusque dans les années 70 où l’on organisait des pêches électriques pour les en extraire. Il y a fort à penser pour que la sécheresse de 1976  soit pour beaucoup dans leur quasi disparition, car c’est depuis cette époque qu’on a constaté une diminution très sensible de leur nombre. On doit néanmoins constater que, contrairement aux saumons, elles n’ont pas été gênées par  les barrages pour remonter le cours de la Sélune entre 1919 et 1976…

Pourquoi considérer les barrages comme un obstacle à l’anguille en 2010 ?

 

Mais, en dehors de toutes ces considérations, la « libre » circulation des poissons migrateurs fait l’unanimité, tout comme le rétablissement de la qualité de l’eau.

 

Pourquoi ne pas envisager la mise en place de passes à poissons efficaces ?

 (Le Conseil Général de la Manche avait même proposé de financer l’étude d’un projet de création d’une rivière artificielle)

Pourquoi ne pas commencer à rétablir la qualité de l’eau en faisant un effort substantiel pour améliorer la situation actuelle en amont?

Cela nécessiterait une diminution sensible de l’emploi des polluants que sont les pesticides, les phosphates, les nitrates et autres produits nocifs. Et sans craindre d’avoir à s’opposer au lobbying de puissants industriels.

 

Mais quel que soit le coût de ces mesures, il serait bien loin d’atteindre les montants très  approximatifs annoncés pour financer la suppression, l’arasement ou la destruction des barrages et une hypothétique  « renaturation » du site.

 

En tout état de cause et en supposant la suppression des barrages, le retour de la vallée à son état « originel » serait parfaitement illusoire si l’on considère les millions de tonnes de sédiments et de vase pollués qui s’y sont accumulés. Leur extraction et (ou) leur retraitement étant notoirement et scientifiquement impossible.

 

En presque un siècle, la nature s’est organisée autour et dans les lacs en adaptant l’écosystème. La vallée renferme une faune sauvage très riche et diversifiée (canards, hérons, cormorans, balbuzards, écureuils, martins-pêcheurs, biches, chevreuils…) et les eaux sont très poissonneuses.

L’homme s’est lui-aussi adapté à un environnement qui fait vivre  les propriétaires de gîtes, de chambres d’hôtes, les petits commerces ruraux et les boutiques concernées par la pêche.

Ces rivages enchanteurs ont vu fleurir leurs berges en amont comme en aval de maisons et de cabanons en tout genre, menacés d’aucune sorte par un quelconque risque de rupture des barrages régulièrement contrôlés par la DRIRE et qui sont entretenus et  maintenus dans un état irréprochable.

Le barrage de Vezins a été construit par l’ingénieur Albert Caquot. C’est un ouvrage à contreforts et à voûtes multiples qui mériterait d’être classé au titre du patrimoine. Un dossier a été déposé à cet effet à la DRAC de Basse-Normandie.

 

De parole d’élu, la décision d’araser les barrages de Vezins et de la Roche-qui-boit serait le résultat d’un marché passé entre le gouvernement et les partis écologistes. L’arasement des barrages constituant à la fois un exemple et le prix à payer par l’Etat en échange de la présence des écologistes au Grenelle de l’Environnement.

 

La suppression, l’arasement ou la destruction des barrages de Vezins et la Roche-qui-Boit serait sans aucun doute un acte lourd de conséquences, tant sur le plan écologique qu’économique, en allant à contresens des objectifs recherchés et qui font pourtant l’objet d’un très large consensus.

 

 

 

La libre circulation des poissons migrateurs, le maintien d’une réserve d’eau suffisante, l’amélioration de la qualité de l’eau, la régulation du débit de la Sélune et la production sécurisante d’une électricité « propre » constituent des éléments essentiels qui sont de nature à favoriser la préservation de notre vallée et celle de la baie du Mont St Michel, tout en allant dans le sens du maintien (même provisoire…) de nos barrages et de nos lacs.

Les incertitudes qui pèsent sur les conditions et les conséquences de l’arasement programmé des barrages sont nombreuses, alors que la décision des pouvoirs publics semble avoir été prise dans la hâte, sans que « l’après barrages » ne soit écrit.

 

En conséquence, et tout comme le président de la région Basse-Normandie l’a écrit à Madame Jouanno le 24 Juin dernier, nous demandons que l’effacement des barrages constitue l’aboutissement et non le début de la démarche que les instances gouvernementales ont choisi d’entreprendre.

Il serait déraisonnable d’engager des travaux irréversibles avant de s’assurer du bien-fondé et de la faisabilité d’une entreprise de cette ampleur, sans en avoir étudié les conséquences réelles en concertation avec l’ensemble de la population concernée et de leurs élus.

 

Nous vous serions donc reconnaissants de bien vouloir surseoir à cette décision et permettre la mise en œuvre d’un plan d’action et de financement visant à :

 

-         Réaliser des études d’impact objectives;

-         Accompagner les modifications des pratiques culturales ;

-         Replanter des haies antiérosives sur l’ensemble du bassin versant de la Sélune ;

-         Réorienter l’activité économique et touristique ;

-         Produire une énergie renouvelable capable de se substituer à la production actuelle des barrages ;

-         Constituer une réserve équivalente et capable d’alimenter la population en eau potable ;

-         Sécuriser, restaurer et « renaturer » 80 Ha de vallée ;

-         Gérer les sédiments pollués ;

-         Exclure tout impact de pollution vers la baie du Mont Saint Michel et le futur parc marin.

 

John KANIOWSKY

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Rédigé par jojo

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Publié le 1 Décembre 2010

 

Merci d’alimenter le modeste blog des rigolos que nous sommes par vos réflexions dont certaines sont pertinentes mais parfois empreintes d’un irréalisme flagrant.

Car nous sommes dans la « vraie vie » et, par définition, c’est la présence même de l’homme sur la planète qui génère inévitablement un processus d’anthropisation. Les populations humaines modifient et transforment l’environnement naturel par leurs pratiques culturales, l’élevage, l’urbanisation, la déforestation et l’activité industrielle. C’est un état de fait. C’est ainsi que nos aïeux ont construit les barrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit pour répondre à leurs besoins croissants en énergie et pour tenter de limiter les effets dévastateurs des crues répétées de la Sélune (notamment à la hauteur de Ducey). L’augmentation exponentielle des rejets polluants, qu’ils soient industriels, agricoles ou domestiques, nous a conduit à la situation préoccupante que nous connaissons aujourd’hui. L’heure n’est pas à la vaine désignation de coupables éventuels, mais à une réaction commune visant à prendre les mesures nécessaires pour inverser le phénomène. Même si les décisions qui ont été prises à différents niveaux montrent une réelle volonté d’aboutir, elles sont trop souvent hâtives, incohérentes voire dangereuses quand elles ne sont que le piètre résultat de marchés politiques.

Personnellement, et au risque de vous surprendre, je ne serais pas opposé à ce que l’on envisage à plus ou moins long terme de supprimer, d’araser ou d’effacer nos barrages.

Je ne suis pas pour autant persuadé qu’il faille mettre la charrue avant les bœufs, pas plus qu’il soit nécessaire de commencer par la fin. Vous avez raison d’écrire que le fait de conserver les barrages n’empêcherait pas l’arrivée de sédiments pollués car ils viennent de l’amont. Les ADB n’ont jamais prétendu le contraire, pas plus qu’ils ne « pointent du doigt » une activité particulière quelle qu’elle soit. Nous ne défendons pas « nos intérêts », mais ce que l’on considère comme étant l’intérêt public.

Ce n’est donc pas en nous faisant un mauvais procès d’intention que vous ferez avancer le débat.

Les barrages ont pour effet, entre autres, de retenir une grande partie des éléments polluants. Ils servent de bassins de décantation et ils agissent comme des filtres en limitant la pollution de l’aval. La qualité de l’eau est d’ailleurs indéniablement meilleure en aval qu’en amont. La suppression des lacs aurait pour conséquence une pollution immédiate de l’aval, jusqu’à la baie du Mont Saint Michel. Cette pollution serait rendue durable par l’érosion des « nouvelles »  rives formées par la vase souillée, et reproduite à chaque crue en entraînant irrémédiablement les sédiments contaminés vers la baie. L’arasement prématuré des barrages n’apporterait aucune solution à la problématique liée à l’amélioration nécessaire de la qualité de l’eau, bien au contraire.

Je suggère donc pour ma part de commencer par le commencement en faisant d’abord un effort soutenu pour limiter les rejets polluants sur l’ensemble du cours de la Sélune et de ses affluents. Action beaucoup moins spectaculaire que la destruction des barrages, je vous le concède, mais sans aucun doute plus efficace aussi bien pour l’amont que pour l’aval. Dans le même temps, il serait plus que souhaitable de procéder à de réelles études d’impact menées autrement que dans la précipitation pour estimer les conséquences qu’une éventuelle suppression pourrait induire sur l’énergie (le Grenelle de l’Environnement prévoit l’augmentation de la production d’hydroélectricité), l’écosystème, la réserve d’eau (80% de l’eau consommée dans le Sud Manche – qui ne dispose pas de nappes phréatiques-), l’économie (800 emplois), l’agriculture (comment produire du maïs sans pompage et sans priver les habitants?)… Les interrogations et les craintes sont aussi nombreuses que justifiées.

Mais je ne doute pas qu’un jour, peut-être dans 20 ou 30 ans, les conditions seront réunies pour rendre à la Sélune sa liberté. Paradoxalement, nous sommes tous d’accord sur les buts que nous devons atteindre. Nos divergences résident uniquement sur les moyens à mettre en œuvre.

L’optimisme est donc de rigueur. Mais pas l’utopie. Chacun sait que la « libre circulation des poissons migrateurs » est un faux prétexte, et même beaucoup d’adeptes de cette pêche élitiste l’admettent volontiers. Si l’on s’en réfère à la mémoire collective et à certains écrits, les saumons pourtant très nombreux au XIXème jusqu’au milieu du XXème ne remontaient guère au dessus de l’actuel barrage de Vezins. Même en écartant cet argument, leur mémoire génétique étant scientifiquement estimée à cinq ans, il leur serait bien difficile de retrouver la route des frayères dont vous rêvez.

Mais peut-être que quand les carpes auront des dents…

 

John

 

 

 

 

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Rédigé par jojo

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