Publié le 14 Juin 2012

Améliorer la qualité de l'eau des captages, des pistes et des freins à l'action

Des outils existent pour encourager l'amélioration de la qualité de la ressource en eau d'un captage. Mais les déployer pour améliorer les objectifs de la DCE suppose l'implication de nombreux acteurs.

Même si les pollutions diffuses des captages d'eau potable sont parfois d'origine non agricole - green des golfs, assainissements non efficaces, voiries, chemins de fer, terrains de sports et militaires, cimetières, jardins des particuliers, etc – l'agriculture est reconnue comme cause majeure de la fermeture des captages. L'ensemble des Aires d'alimentation de captages (AAC) représente d'ailleurs 5% de la surface agricole utile (SAU) selon l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA).

Sachant que les objectifs de la Directive cadre sur l'eau et du Grenelle de l'environnement semblent loin d'être atteints, le réseau eau d'IDEAL Connaissances a décidé de consacrer sa dernière rencontre technique aux moyens de protéger les captages d'eau potable, qu'ils soient Grenelle prioritaires ou identifiés comme à protéger dans le cadre des SDAGE.

Mode d'action recommandé

La protection des captages relève d'une problématique transversale, à l'échelle d'un territoire qui varie de quelques dizaines d'hectares à l'échelle d'un bassin versant fluvial. Dans un premier temps, il est nécessaire de définir les opérateurs : le maître d'ouvrage du captage et un comité de pilotage pour valider les orientations. Viennent ensuite des études de délimitation de l'AAC, appelée aussi Bassin d'alimentation des captages (BAC), et de la vulnérabilité intrinsèque du captage combinée à un diagnostic territorial des pressions polluantes sur la ressource. A partir de quoi peut être élaboré un programme d'action d'amélioration de la ressource, sur cinq ans, basé sur le déploiement d'outils de protection : MAE, maîtrise foncière, investissements en matériels, dispositifs ZSCE (Zone Soumise à Contrainte Environnementale), contrats territoriaux, formation du personnel agricole, animation, affichage, etc. Un guide a été élaboré pour ce faire par les ministères en charge de l'agriculture et de l'environnement : le rapport de mai 2011 sur la mise en place des programmes de protection des AAC pour l'eau potable. Un document plus fouillé que le guide de recommandations de bonnes pratiques partenariales pour la protection des captages d'eau potable élaboré dans le cadre de la charte signée en octobre 2009 entre la Fédération Professionnelle des Entreprises de l'Eau (FP2E) et l'APCA.

Cartographier la vulnérabilité intrinsèque des captages

Pour les captages d'eau de surface, un guide est en cours d'élaboration au sein de l'IRSTEA (ex Cemagref), basé sur une méthodologie de cartes de vulnérabilité par types de transferts : eaux de ruissellement sur sols saturés et sur sols battants, transferts de polluants via la dérive des pulvérisateurs et des systèmes de drainage, etc. "Cette méthode a l'avantage d'améliorer la pertinence du choix des actions à mettre en place en fonction de leur qualité à limiter tel ou tel type de transfert", estime Frédéric Barrez, hydrogéologue de l'unité pollutions diffuses de l'IRSTEA.

Pour les captages d'eau souterraine (95% des 30.000 captages français, pour 62% du volume produit) il existe depuis 2007 le guide élaboré par le BRGM "Délimitation des bassins d'alimentation des captages et cartographie de leur vulnérabilité vis à vis des pollutions diffuses". Il repose sur une méthodologie reprise dans le cahier des charges des Agences de l'eau qui financent les MAE, mais pas de manière systématique par les bureaux d'études. Dans ce guide sont distingués les systèmes hydrogéologiques continus et discontinus (karstiques et fissurés). Dans le cas des systèmes continus, par exemple, l'analyse de la vulnérabilité repose sur des critères pondérés : sol (épaisseur, texture...), pluie efficace moyenne (mm/an), topographie et zone non saturée, hauteur piézométrique, perméabilité, etc. Cette pondération "permet de localiser la ou les zones de l'AAC les plus sensibles au transfert de nitrates et de phytosanitaires vers les eaux souterraines, notamment par infiltration, et in fine d'identifier les zones qui seront à prioriser dans le plan d'action", souligne Frédéric Barrez.

Dans le cas des captages mixtes, il importe d'identifier la contribution en eaux souterraines et en eaux de surface, et d'améliorer les indicateurs des programmes d'action et de tendance d'états chroniques. Dans le cas de captages situés à proximité, l'idéal serait de les intégrer dans de mêmes études préalables à l'élaboration du programme d'action.

Freins à la démarche

Bien sûr, il subsiste des besoins en R&D, notamment dans l'élaboration de logiciels de modélisation pour simuler l'évolution de la qualité de l'eau basés sur le coulage de modèles agronomique (de transfert dans le sol, très complexes) et hydrogéologique (de diffusion dans la nappe). Et d'autant plus lorsqu'il s'agit de modéliser le transfert de polluants. Sachant que dans le sol d'une part la dégradation peut conduire à la formation de nouveaux métabolites, également polluants, et d'autre part les coefficients d'absorption différents selon les molécules.

Mais les principales limites à la mise en œuvre de toute cette démarche reposent sur le manque d'acquisition de données. Les cartes piézométriques régionales pour estimer les lignes d'écoulement des eaux n'ont que peu de points ; en obtenir d'autres suppose d'effectuer de nouveaux forages, ce qui représente un coût. Mais surtout, les acteurs s'accordent sur la difficulté à obtenir des données agronomiques relatives aux pratiques agricoles (nature, quantité et fréquence d'usage de produits phytosanitaires ; mode de culture, etc.) à l'échelle de la parcelle. La culture de pommes de terre, par exemple, créée des petits ruisseaux temporaires. L'exutoire d'un système de drainage dans un champ au niveau du bétoire d'une zone karstique représente un point d'infiltration majeure. "Ce manque est regrettable, souligne Frédéric Barrez, car seules des données fines permettent d'évaluer l'efficacité des mesures prises et d'effectuer des comparaisons".

D'une manière générale, il n'existe pas de donnés bancarisées. Ce qui suppose un fastidieux travail de recueil dans les rapports des hydrogéologues agréés, à la chambre d'agriculture et au niveau des coopératives agricoles, auprès des agences régionales de santé, des syndicats d'eau et des agences de l'eau, de Météo-France et aussi des ex-DRAF.

En outre, les MAE sont peu soutenues financièrement par la PAC et ne sont pas autorisées dans le cadre d'échanges de parcelles, ce qui ne facilite pas l'implication des agriculteurs. Tandis que les résultats du programme d'action peuvent mettre des années avant de montrer leur efficacité."On se trouve en situation de confronter logique du système naturel qui réagit lentement et logique du territoire et de financement, car la mise en œuvre de ce plan d'action a un coût, stipule Jean-François Vernoux, hydrogéologue du BRGM. L'objectif étant d'améliorer la qualité de l'eau, pas seulement au niveau du point de captage".

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Publié le 14 Juin 2012

Regroupement des élevages : le recours d'Eaux et rivières de Bretagne rejeté

Le Gouvernement avait signé en janvier 2011 un décret visant à simplifier le regroupement des élevages. Le Conseil d'Etat vient de rejeter le recours de l'association Eaux et rivières de Bretagne qui le contestait.

Par une décision du 6 juin, le Conseil d'Etat a rejeté le recours de l'association Eaux et rivières de Bretagne contre le décret du 17 janvier 2011 relatif au regroupement et à la modernisation de certaines installations classées d'élevage.

Exonération d'enquête publique et d'étude d'impact

Pris en application de la loi de modernisation de l'agriculture de juillet 2010, ce texte prévoit un dispositif permettant d'exonérer d'enquête publique et d'étude d'impact les regroupements ou modernisations d'élevages dès lors qu'ils ne s'accompagnent pas d'une augmentation sensible de leur capacité ou d'effet notable sur l'environnement.

Dès sa publication, Eaux et rivières de Bretagne avait dénoncé ce texte qui n'écartait pas "la possibilité de procéder à la restructuration ou au regroupement d'élevages dans les zones déjà saturées comme les zones en excédent structurel ou sur les bassins versants situés à l'amont des baies à marées vertes". L'association jugeait que la concentration des élevages facilitée par ce décret allait s'aggraver "et avec elle toutes les pollutions de l'eau, des sols et de l'air".

Constatant que seuls 3% des troupeaux de vaches laitières pouvaient bénéficier de cette simplification, Nicolas Sarkozy avait annoncé au contraire le relèvement du seuil d'autorisation de ces installations lors de ses vœux à la profession agricole le 18 janvier 2011. Cette deuxième simplification avait été actée par un décret paru le 17 juillet dernier.

Pas d'atteinte aux intérêts protégés par la loi

Eaux et rivières de Bretagne soutenait que ces dispositions portaient atteintes aux intérêts protégés par la législation des installations classées (ICPE) et au principe d'une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau.

Le Conseil d'Etat écarte l'argument de l'association. Pour la haute juridiction administrative, ces procédures simplifiées "s'appliquent à des installations déjà autorisées et contrôlées au titre de la législation sur les installations classées". Ces opérations sont encadrées "de telle sorte qu'il n'en résulte aucune modification substantielle du plan d'épandage, et en limitant à des niveaux modestes l'augmentation des effectifs d'animaux". Enfin, l'autorité administrative compétente peut apprécier si les projets de regroupement peuvent effectivement bénéficier de ces nouvelles dispositions, et rendre nécessaire la délivrance d'une nouvelle autorisation "si l'opération est de nature à entraîner une modification substantielle de l'installation ou si les mesures prévues par l'exploitant pour limiter les nuisances pour le voisinage et les pollutions pour l'environnement et les eaux apparaissent insuffisantes".

Pas d'incompatibilité avec la directive cadre sur l'eau

L'association avait également fait valoir que le décret était incompatible avec la directive cadre sur l'eau, en ce qu'il priverait l'Administration de tout moyen de contrôle pour s'opposer à de nouvelles concentrations d'élevages, à l'augmentation des effectifs d'animaux et à l'accroissement d'épandage de lisier.

La Haute juridiction écarte également ce moyen. La directive a été transposée par la loi du 21 avril 2004 "dont il n'est pas soutenu qu'elle aurait méconnu les objectifs ou des dispositions précises et inconditionnelles de la directive ou qu'elle l'aurait incomplètement transposée". D'autre part, le décret permet à l'autorité administrative "de faire obstacle à des concentrations d'élevages qui seraient de nature à porter atteinte aux intérêts [protégés par la directive], de prévenir toute dégradation supplémentaire des eaux et de promouvoir la protection à long terme de la ressource en eau".

Une décision en phase avec les propositions du récent rapport du CGEDD et du CGAAER visant à simplifier les contrôles environnementaux des élevages.

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Publié le 14 Juin 2012

Conseil environnement : la mésentente des Etats membres persiste

Les Etats membres de l'UE ont une nouvelle fois démontré leurs divergences sur plusieurs dossiers environnementaux à l'occasion du Conseil. Les OGM et la feuille de route Energie 2050 restent au cœur des mésententes.

Conseil environnement : la mésentente des Etats membres persiste

Les ministres de l'environnement des 27 Etats membres se sont réunis lundi 11 juin à Luxembourg. Ils ont notamment précisé la position qu'ils défendront à la 11e Conférence de la Convention des Nations unies sur la biodiversité (CBD) qui se tiendra à Hyderabad en Inde du 8 au 19 octobre 2012. Ils confirment leur volonté d'adopter des mesures "concrètes, réalistes et efficaces" pour concrétiser les accords conclus à Nagoya en 2010. L'UE s'est d'ailleurs s'engagée à ratifier le plus rapidement possible (avant la 12e Conférence de la CDB en 2014) le protocole APA. Le Conseil a également rappelé aux Etats membres qu'ils doivent adopter ou réviser leurs stratégies nationales pour la biodiversité avant la réunion d'Hyderabad.

Les états membres ont également reconnus la nécessité d'harmoniser les règles de comptabilité carbone des forêts (LULUCF) en vue de l'inclusion de ces puits de carbone dans le protocole de Kyoto. Mais ils ont précisé à la Commission européenne qu'ils trouvent son texte préparatoire "excessif" arguant qu'il va au-delà des décisions prises dans le cadre de Convention des Nations unies sur le Changement climatique (UNFCCC).

La Commission propose d'adopter des plans d'action incluant des mesures pour augmenter le stockage du carbone et réduire les émissions de gaz à effet de serre de la sylviculture et de l'agriculture. La Commission n'a pas encore proposé d'objectifs de réduction qui pourraient être décidés une fois que les règles de calcul auront été validées. Quelques délégations ont demandé à la Commission de clarifier ses propositions notamment la France.

Encore des blocages sur les points clefs

Les négociations sur l'autorisation de mise en culture des OGM en Europe ont encore une fois divisé les Etats membres. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique ont rejeté le projet de compromis proposé par la présidence danoise.

Les négociations sur la feuille de route 2050 vers une économie bas carbone ont de nouveau reçu une fin de non-recevoir de la part de la Pologne. Ce document détaille comment l'Europe peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80% d'ici à 2050 par rapport au niveau de 1990 et fixe des étapes de réduction de -40% d'émissions en 2030 et -60% en 2040. La Pologne a opposé son veto à cette proposition et refuse depuis, toute référence à cette feuille de route.

L'Etat membre a d'ailleurs demandé que les conclusions du Conseil sur le 7e Programme d'Action pour l'Environnement (PAE) ne la mentionne pas. Le commissaire Janez Potocnik s'est voulu rassurant : "que cette référence soit écrite ou non, la Commission tiendra compte de la feuille de route dans sa proposition de 7e PAE". Lors de la réunion, les ministres ont indiqué qu'ils souhaitaient un PAE plus ciblé et plus ambitieux que le précédent et ont listé leurs priorités : biodiversité, climat, eau, gestion des ressources et des déchets, santé... Ils plaident en particulier pour l'élaboration de nouvelles législations sur les nanotechnologies, les perturbateurs endocriniens, l'effet "cocktail" des produits chimiques, ou encore l'amélioration de la qualité de l'air intérieur des bâtiments.

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Rédigé par jojo

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Publié le 14 Juin 2012

01-Mediapart

 

 

Un rapport commandé par le gouvernement précédent, qui vient d’être divulgué sans grande publicité, prône rien de moins qu’une révolution agricole – et culturelle ! – en Bretagne.

Selon ce rapport (on peut le consulter sur le site du ministère de l’écologie et du développement durable), le seul remède aux marées vertes est la construction d’un « nouveau modèle économique breton intégrant les activités de production agricole », et« répondant aux critères de durabilité ». Un nouveau modèle qui romprait avec celui de l’agriculture intensive et de l’élevage hors-sol pour « produire autrement ». Et qui retrouverait « une image positive car connectée au milieu naturel ».

Algues vertes Ulva armoricana dans le FinistèreAlgues vertes Ulva armoricana dans le Finistère© Thesupermat

Soulignons que ce rapport, plutôt austère, n’a rien d’un brûlot écologiste. Son premier auteur, Bernard Chevassus-au-Louis, agrégé de sciences naturelles, est inspecteur général de l’agriculture et membre du CGAAER (Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et de l’espace rural). Il a été pendant plus de trente ans chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), organisme dont la mission initiale, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, était de mobiliser la science et la technologie au service du modèle productiviste.

Bernard Chevassus et ses co-rapporteurs (Bruno Andral, Michel Bouvier et Alain Femenias) ont passé méthodiquement en revue la bibliographie scientifique publiée depuis plusieurs décennies. Ils dressent un « Bilan des connaissances scientifiques sur les causes de prolifération des macroalgues vertes », que l’on peut résumer ainsi : les rejets azotés, qui proviennent à 90 % de l’agriculture, constituent le principal facteur qui stimule la croissance des algues vertes le long des côtes bretonnes ; même si le phosphore joue un certain rôle, « c’est l’action sur les apports d’azote qui est la plus efficace et la plus efficiente pour éradiquer le phénomène du “bloom” algal en zone côtière ».

Par conséquent, poursuivent les rapporteurs, « la réduction des apports azotés liés aux activités agricoles et d’élevage reste l’objectif le plus pertinent pour limiter la prolifération des algues vertes ».

En soi, cette conclusion n’est pas nouvelle : elle a été formulée notamment par Alain Menesguen, chercheur à l’Ifremer (Institut français pour l’exploitation de la mer), dès 2003. Menesguen a suivi la progression des marées vertes, qui ont pris de l’ampleur en Bretagne à partir des années 1960, et ont augmenté spectaculairement dans les années 1980. Dans un document publié par l’Ifremer en 2003, Menesguen met déjà en cause la responsabilité de l’azote présent dans les sols sous forme de nitrates.

Selon le rapport Chevassus, le rôle de l’azote a été reconnu bien avant : le premier signalement documenté de marée verte remonte à la fin du XIXe siècle, dans l’anse de Belfast, en Irlande du nord. Le médecin Thomas Carnwath étudie le problème et le relie à l’industrialisation : la croissance des algues vertes est favorisée par la présence d’azote sous formes de nitrates dans les eaux polluées de l’anse de Belfast. Le phénomène est décrit en détail par le botaniste français Camille Sauvageau dans son traité Utilisation des algues marines (1920).

À la même époque, les premières marées vertes sont observées, de manière sporadique, en Bretagne. Elles sont photographiées par l’IGN (Institut géographique national) dans les trois secteurs les plus touchés à partir des années 1950-60, les baies de Lannion, Douarnenez et Saint-Brieuc. Le seuil critique de la gêne pour les riverains est franchi en 1968 à Lannion et en 1972 à Saint-Brieuc. Les opérations de ramassage débutent en 1973.

 

Les marées vertes sont fortement corrélées aux apports d'azote

Depuis trois décennies, le volume d’algues vertes ramassées chaque année en Bretagne varie entre 40 000 et 90 000 m3. Ces algues du genre Ulva, appelées communément « laitue de mer », se mettent à proliférer entre le printemps et le début de l'été (il s’agit essentiellement des espèces Ulva armoricana et Ulva rotundata, cette dernière exclusivement en Bretagne-sud).

Sanglier mort à MorieuxSanglier mort à Morieux© Jean-Paul Guyomarc'h

Les ulves s’accumulent sur les plages, formant des tas qui sèchent au soleil et se couvrent d'une croûte blanche qui devient étanche à l'air. Sous la croûte, les algues se décomposent et dégagent de l'hydrogène sulfuré, lequel reste enfermé dans le tas. Lorsque la croûte est percée accidentellement, si par exemple un animal marche dessus, le gaz s'échappe et peut provoquer une intoxication mortelle. C’est ce qui a causé, en juillet 2011, la mort de trente-six sangliers près de Morieux, dans la baie de Saint-Brieuc (voir notre article ici).

Le mécanisme de prolifération des algues a été étudié dans toute une série de publications dues à des chercheurs du CNRS, de l’Ifremer, de l’Inra ou encore du Ceva (Centre d’étude et de valorisation des algues). C’est un mécanisme complexe qui dépend de nombreux facteurs, notamment la présence d’éléments nutritifs dans le milieu marin, mais aussi un ensemble de conditions physiques : il faut que l’eau soit assez chaude (l’optimum est de l’ordre de 15 à 20°) et bien éclairée, donc pas trop profonde ; il faut aussi que cette eau ne soit pas trop turbide, autrement dit pas trop troublée par la présence de particules en suspension, qui limitent la pénétration des rayons lumineux nécessaires à la photosynthèse.

Toutes ces conditions peuvent se réaliser dans des baies protégées, avec une eau calme et peu profonde, et à la belle saison. En Bretagne, les trois lieux géographiques qui remplissent le plus régulièrement ces conditions sont les baies de Lannion, de Douarnenez et de Saint-Brieuc, principales cibles des marées vertes. 

Mais il ne suffit pas que l’environnement physique soit favorable pour que les algues prolifèrent. Encore faut-il que le milieu marin ait été enrichi en éléments nutritifs par les eaux de rivière. Les principaux éléments nutritifs qui peuvent jouer un rôle dans cette « eutrophisation » de l’océan, sont l’azote, le phosphore et le silicium.

Lorsque le silicium domine, il alimente surtout la croissance de diatomées, algues unicellulaires siliceuses, qui ne constituent pas un problème pour l’environnement. En Bretagne, les flux de silicium observés dans les rivières sont stables sur de longues périodes, et ne sont pas influencés par l’activité humaine.

Lorsque phosphore et azote dominent, ces deux éléments agissent sur la prolifération des algues vertes. Mais, alors que le phosphore joue un rôle prépondérant dans les lacs, la situation est très différente dans les milieux côtiers. Pour résumer, il existe une réserve importante de phosphore dans les sédiments, de sorte que les variations des apports de phosphore d’origine humaine n’ont pas d’impact sur les algues vertes. En Bretagne, les apports de phosphore ont connu un pic dans les années 1990 et ont diminué depuis, sans que cela ait eu un effet sur les marées vertes.

En revanche, de nombreuses observations ont confirmé que la survenue des marées vertes était très fortement corrélée aux apports d’azote, autrement dit de nitrates amenés dans l’océan par les rivières.

La teneur en nitrate des rivières bretonnes est plus de dix fois la valeur naturelle

La teneur naturelle en nitrate des rivières bretonnes, avant d’être modifiée par les activités humaines, se situait entre 2 et 3 mg/l. Elle a augmenté à partir des années 1950 mais, pour la Bretagne, on ne dispose de mesures que depuis les années 1970 :

• en 1971, les concentrations en nitrate mesurées dans les rivières varient entre 0,5 et 11 mg/l, avec une moyenne de l’ordre de 5,5 mg/l, donc déjà bien au-dessus de la teneur naturelle ;

• en 1976, on constate une augmentation de 36 %, la teneur moyenne atteignant 7,5 mg/l et la valeur maximale étant de 18 mg/l ;

• entre 1976 et 1981, la valeur moyenne est presque triplée, bondissant à 21,5 mg/l, le maximum atteignant 38 mg/l ;

• en 2007 la moyenne atteint 30,6 mg/l, soit plus de dix fois la valeur naturelle.

Réserve naturelle de la baie de Saint-BrieucRéserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc© Ponsero

L’augmentation de la teneur en nitrate des rivières s’est traduite par des apports d’azote qui ont culminé à la fin des années 1980 et restent élevés aujourd’hui. Cette évolution est parallèle à la croissance de la production bretonne de viande. Entre 1950 et 1970, celle-ci a été multipliée par 4 pour les volailles, par 3 à 4 pour les cochons et par 2 à 3 pour les bovins. La quantité totale de viande provenant des élevages de volailles, porcs et bovins était de 519 000 tonnes en 1966 ; elle est 4 fois plus importante actuellement.

Les nitrates proviennent à 90 % de l’activité agricole et se répartissent grosso modo à parts égales entre les lisiers produits par les élevages et les engrais utilisés dans l’agriculture intensive. La conclusion logique du rapport Chevassus est que la seule mesure efficace pour réduire la pollution par les algues vertes est de diminuer les rejets azotés de l’agriculture.

C’est pour cet ensemble de raisons que le plan gouvernemental de lutte contre la prolifération algale en Bretagne, adopté et mis en œuvre à partir de février 2011, a pour principal objectif « la réduction des rejets azotés dans les cours d'eau se déversant dans les baies affectées par ces phénomènes ». 

On peut évidemment s’étonner qu’un tel plan n’ait pas été lancé plus tôt, dans la mesure où le rôle-clé de l’azote est connu depuis longtemps. Et que la responsabilité de l’agriculture intensive a été depuis de longues années mise en cause par les associations de défense de l’environnement, comme le racontent Yves-Marie Le Lay et André Ollivro dans un livre intitulé Les marées vertes tuent aussi (Le Temps, 2011).

Pour Le Lay et Ollivro, le lien entre les lisiers et les engrais d’une part, la survenue des marées vertes d’autre part, bien que démontré, fait l’objet d’un déni constant de la part du lobby agro-industriel, appuyé par la FNSEA, traditionnellement alliée politiquement à la droite. Le 7 juillet 2011, le jour même où ont été retrouvés les deux premiers sangliers morts à Morieux, Nicolas Sarkozy était en visite à Crozon, dans le Finistère ; prenant la défense des agriculteurs contre les « intégristes » de la défense de l'environnement, il n’avait pas eu un mot sur la situation pour le moins exceptionnelle qui fait qu'en Bretagne, 9 % du territoire français produisent 50 % du cheptel porcin et volailler.

Mais le président socialiste de la région, Jean-Yves Le Drian, aujourd’hui ministre de la défense, n’a pas non plus mené une action cohérente pour tenter de réformer l’agriculture bretonne. Le plan gouvernemental a été contesté par le lobby agricole, qui a fait de la résistance et tenté de discréditer la démonstration scientifique du lien entre rejets azotés et marées vertes.

 

Une révolution agricole et culturelle est nécessaire

C’est dans ce contexte que les ministres de l’agriculture et de l’écologie du précédent gouvernement ont demandé une nouvelle expertise en septembre 2011, comme l’expliquent Bernard Chevassus-au-Louis et ses co-rapporteurs :

« Le contexte socio-économique a évolué récemment et il rend actuellement difficile la mise en œuvre du plan gouvernemental : en effet le monde agricole, directement concerné par l’emploi des engrais et l’épandage des effluents d’élevage qui contribuent à ces apports azotés, formule des interrogations sur le bien-fondé des objectifs de réduction de ces apports. Ces interpellations sont construites sur une remise en cause des expertises portant sur le “paramètre critique” retenu pour fonder l’action publique, qui est de réduire de façon progressive mais drastique les émissions d’azote dans les fleuves côtiers de Bretagne. Ces remises en cause interpellent donc les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de leur plan d’action. Outre le discrédit porté sur les politiques publiques de lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricole, ces propos entravent la mise en œuvre du plan gouvernemental et freinent la mobilisation des différentes parties prenantes ».

Le rapport Chevassus répond aux objections du lobby agro-industriel, et confirme le bien-fondé de la lutte contre les rejets azotés. Il va même plus loin, en prenant acte du fait que cette lutte n’a de chance d’aboutir que si les mentalités évoluent suffisamment pour conduire à une véritable transformation du « modèle breton » : celle-ci ne consisterait pas seulement à faire coexister une agriculture « de niche », respectueuse de l’environnement, avec un productivisme polluant, mais devrait modifier l’ensemble du paysage agricole.

Cette double révolution, agricole et culturelle, est-elle possible ? Elle suppose, en tout cas, une transformation sociale de grande ampleur, comme le notent les rapporteurs, qui écrivent : « “Changer de modèle”, “produire autrement” sont aussi des choix de société, donc des choix politiques par rapport aux usages des sols, des espaces et des ressources. Les agriculteurs ne peuvent pas changer seuls, ni rapidement, cela prendra du temps et demandera d’exprimer une solidarité et de redonner du sens à leur métier. » Un beau défi pour la prochaine législature.

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Publié le 13 Juin 2012

Conférence environnementale : 5 ONG créent le "Rassemblement pour la planète"

Alors que la ministre de l'Ecologie Nicole Bricq a confirmé la tenue en juillet d'une conférence environnementale, qui se tiendra sur le modèle du Grenelle où prendront part la fédération d'associations FNE, la LPO, Humanité et Biodiversité ou encore les ONG Greenpeace, le WWF, la FNH et les Amis de la Terre. Des organisations ayant vocation à siéger au sein de cette instance environnementale, conformément à une circulaire parue début juin.

En marge de cette conférence, cinq autres associations spécialisées en environnement et sécurité sanitaire - Écologie Sans Frontières, Générations Futures, Réseau Environnement Santé (RES), Respire et Robin des Toits créent "Le Rassemblement pour la planète" et veulent aussi faire entendre leur voix. Ce "pool d'ONG, un peu à la façon d'un syndicat" comprend trois pôles : biodiversité, énergies, santé-environnement. Ce nouveau "Rassemblement reprendra la place d'Écologie sans Frontières - initiateur de cette coalition - au nouveau Grenelle de l'environnement'', a expliqué l'association Robin des Toits dans un communiqué. La priorité de ce syndicat est de mettre la santé environnementale à l'ordre du jour de la conférence.

"La santé environnementale doit être mise au cœur des politiques publiques. Une réforme de fond du système de santé est nécessaire", a déclaré à AEF Développement durable André Cicolella, président du RES. "L'enjeu est de faire comprendre que la crise du système de santé est une crise sanitaire, liée à l'épidémie des maladies chroniques, et qui est elle-même la conséquence du mode de vie à l'occidental". Selon l'agence AEF, le Rassemblement pourrait également se pencher sur des sujets de l'énergie en lien avec l'ONG Green Cross et Touche pas à mon panneau photovoltaïque mais aussi de la biodiversité marine, et des questions juridiques et institutionnelles.

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Publié le 13 Juin 2012

Conférence environnementale : 5 ONG créent le "Rassemblement pour la planète"

Alors que la ministre de l'Ecologie Nicole Bricq a confirmé la tenue en juillet d'une conférence environnementale, qui se tiendra sur le modèle du Grenelle où prendront part la fédération d'associations FNE, la LPO, Humanité et Biodiversité ou encore les ONG Greenpeace, le WWF, la FNH et les Amis de la Terre. Des organisations ayant vocation à siéger au sein de cette instance environnementale, conformément à une circulaire parue début juin.

En marge de cette conférence, cinq autres associations spécialisées en environnement et sécurité sanitaire - Écologie Sans Frontières, Générations Futures, Réseau Environnement Santé (RES), Respire et Robin des Toits créent "Le Rassemblement pour la planète" et veulent aussi faire entendre leur voix. Ce "pool d'ONG, un peu à la façon d'un syndicat" comprend trois pôles : biodiversité, énergies, santé-environnement. Ce nouveau "Rassemblement reprendra la place d'Écologie sans Frontières - initiateur de cette coalition - au nouveau Grenelle de l'environnement'', a expliqué l'association Robin des Toits dans un communiqué. La priorité de ce syndicat est de mettre la santé environnementale à l'ordre du jour de la conférence.

"La santé environnementale doit être mise au cœur des politiques publiques. Une réforme de fond du système de santé est nécessaire", a déclaré à AEF Développement durable André Cicolella, président du RES. "L'enjeu est de faire comprendre que la crise du système de santé est une crise sanitaire, liée à l'épidémie des maladies chroniques, et qui est elle-même la conséquence du mode de vie à l'occidental". Selon l'agence AEF, le Rassemblement pourrait également se pencher sur des sujets de l'énergie en lien avec l'ONG Green Cross et Touche pas à mon panneau photovoltaïque mais aussi de la biodiversité marine, et des questions juridiques et institutionnelles.

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Publié le 13 Juin 2012

Un quart des crustacés d'eau douce sont menacés en métropole, signe de la mauvaise qualité des eaux

Vingt huit pour cent des crustacés d'eau douce seraient menacés en France métropolitaine, indiquent le comité français de l'UICN et le muséum national d'histoire naturelle (MNHN), après trois ans d'inventaire. Sur les 576 espèces recensées, un quart de ces espèces sont endémiques, c'est-à-dire qu'on ne les trouve nulle part ailleurs dans le monde. Très sensibles aux pollutions et aux dégradations des écosystèmes, les crustacés constituent de véritables indicateurs de la qualité des eaux et des milieux.

Trois espèces d'écrevisses sont particulièrement menacées. Ces populations ont "vu leurs effectifs s'effondrer suite à la dégradation des rivières par les aménagements et la propagation d'une maladie mortelle, la peste des écrevisses. Elles doivent également faire face à la progression rapide d'écrevisses américaines introduites, qui répandent cette maladie et entrent en compétition avec elles". Ainsi, dans la liste rouge métropolitaine de l'UICN, l'écrevisse à pattes blanches est classée "vulnérable", l'écrevisse à pattes rouges "en danger" et l'écrevisse des torrents "en danger critique". "Pour sauvegarder les trois écrevisses de métropole, des mesures ont été prises pour protéger leurs milieux de vie et réglementer leur pêche. Des actions sont également menées pour sensibiliser le public au danger que représentent l'élevage, le transport et l'introduction d'écrevisses américaines".

Un maillon essentiel des écosystèmes

Les crustacés constituent un maillon important dans la chaîne alimentaire et des écosystèmes d'eau douce. "Les crustacés regroupent également des centaines d'espèces méconnues, souvent microscopiques, présentes dans tous les milieux d'eau douce (mares, lacs, rivières, eaux souterraines…). Copépodes, ostracodes, amphipodes, branchiopodes… ces animaux jouent un rôle fondamental, car ils constituent une source d'alimentation importante pour les poissons et beaucoup d'entre eux contribuent à filtrer l'eau et à contrôler la prolifération des algues".

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Rédigé par jojo

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Publié le 12 Juin 2012

Les énergies renouvelables deviennent compétitives

La baisse des coûts des énergies renouvelables leur permet de devenir compétitives sur le marché de l'électricité, indique l'Agence internationale des énergies renouvelables. Cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir.

Les technologies de production d'électricité renouvelable sont de plus en plus compétitives, indique l'agence internationale des énergies renouvelables (Irena), qui a publié un rapport sur le sujet, le 6 juin à l'issue d'une réunion à laquelle participaient 96 pays. L'agence a réalisé une analyse des coûts et des performances des principales technologies existantes aujourd'hui dans le photovoltaïque, le solaire à concentration, l'éolien, l'hydroélectricité et la biomasse. Cette étude sera régulièrement actualisée, indique l'Irena.

"Une révolution renouvelable est en cours. Cette analyse montre que le déploiement rapide de technologies renouvelables pour la production d'électricité et la baisse rapide des coûts qui en découle créent un cercle vertueux", observe le directeur général de l'Irena, Adnan Z. Amin. Les installations de production d'électricité d'origine renouvelable "représentent la moitié des nouvelles centrales de capacité de production installées à travers le monde. Elles constituent désormais la solution la plus économique pour l'électrification hors réseau et l'extension du réseau dans la plupart des régions, et pour l'approvisionnement du réseau centralisé dans des sites affichant un bon potentiel".

Des coûts à la baisse dans toutes les EnR

Les coûts relatifs à la production d'énergie photovoltaïque ont considérablement baissé au cours des deux dernières années, avec une chute de 60 % des prix des modules en silicium cristallin. Le solaire photovoltaïque est désormais compétitif avec les tarifs d'électricité pour les particuliers dans de nombreux pays ayant un bon gisement solaire, note l'Irena. Ainsi, la capacité installée en photovoltaïque a augmenté de plus de 70 % en 2011.
Si les technologies solaire à concentration et photovoltaïque sont en concurrence, elles sont aussi complémentaires, note l'Irena. En Espagne et aux Etats-Unis, le solaire à concentration (CSP) à grande échelle sans stockage d'énergie affiche ainsi des coûts inférieurs au photovoltaïque en 2010. Et si l'ajout d'un stockage d'énergie thermique augmente les coûts d'installation, elle permet d'optimiser la production. "La possibilité de planifier la production des centrales CSP avec stockage d'énergie thermique ouvre des possibilités pour couvrir la demande de pointe dans la soirée, et rendre cette technologie encore plus compétitive", analyse l'Irena.
Quant à la biomasse, les grands volumes de déchets agricoles et forestiers sont souvent sous-exploités alors qu' "en les utilisant comme matière première pour fournir de l'énergie et de la chaleur, ils peuvent fournir une électricité moins chère que celle du réseau". Les projets les plus compétitifs permettraient de produire de l'électricité pour un coût de 0.06 $ USD /kWh.
L'éolien terrestre voit lui aussi baisser ses coûts, avec l'apparition de fabricants dans les pays émergents. Ainsi, le coût de l'électricité provenant des meilleurs sites d'Amérique du Nord est estimé entre 0,04 $ et 0,05 $/kWh en 2010, concurrençant directement les centrales à gaz. L'hydroélectricité, beaucoup plus mature, reste celle qui affiche les coûts les plus faibles avec une fourchette situées entre 0,02 $ et 0,19 $/kWh pour les grands projets hydroélectriques.

Des millions d'emplois à la clé

Dans un autre rapport publié le 6 juin, l'Irena estime que l'atteinte des objectifs de l'Onu qui visent à fournir de l'énergie durable à tous d'ici 2030 (1,3 Mds de personnes n'ont pas accès à l'électricité), pourrait créer 4 millions d'emplois directs dans le seul secteur hors réseau.

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Rédigé par jojo

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Publié le 9 Juin 2012

Optimiser la valorisation du phosphore : des bactéries comme alliées

Le laboratoire d'Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés de Toulouse travaille sur une solution d'élimination du phosphore des eaux usées. Cette dernière permettrait d'éviter la surproduction des boues liée aux traitements classiques

Optimiser la valorisation du phosphore : des bactéries comme alliées

Développer un procédé de traitement biologique du phosphore des eaux usées tout en facilitant la valorisation de ce dernier : c'est le défi que s'est lancée une équipe du Laboratoire d'Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés (LISBP) de Toulouse. "Nous avions observé que le phosphore contenu dans les effluents, après leur passage dans des méthaniseurs , donne des précipités de phosphates dans les agrégats microbiens : nous avons décidé d'exploiter cette idée et déposer un brevet en 2011", situe Mathieu Spérandio, responsable du projet au sein de l'équipe Ecosystèmes microbiens et bioprocédés d'épuration et de valorisation au LISBP.

En collaboration avec une entreprise Valbio, spécialisée dans l'épuration d'effluents industriels, les chercheurs testent ainsi sur les effluents d'une fromagerie deux procédés de précipitation du phosphate. L'un "plus conventionnel" consiste à cristalliser les phosphates en augmentant le pH du milieu dans des réacteurs placés à la suite de méthaniseur et l'autre utilise des bactéries pour induire la précipitation. Dans ce cas, le principe est simple : l'effluent est mis au contact de la biomasse dans un réacteur. L'eau est alors épurée. Après plusieurs cycles, des agrégats microbiens se forment dans lesquels des cristaux de phosphate minéral sont immobilisés. Ces derniers pourront ensuite être déshydratés. Pour les deux voies, l'un des objectifs s'avère en effet de récupérer des granulés de particules qui pourront être valorisés ensuite comme engrais agricole. "Aujourd'hui 40 % des amendements proviennent de phosphates chimiques or les réserves minières devraient être épuisées en 2030 ou 2040", note le scientifique.

Dans le premier procédé, de la struvite est fabriquée : un composé formé de phosphate, de magnésium et d'ammonium. Les micro-organismes quant à eux catalysent la formation de phosphate de calcium. L'intérêt d'utiliser la voie des bactéries ? Ces dernières engendrent des variations de pH et réduisent ainsi la consommation de réactif.

 

   
La struvite (image du haut) se compose de phosphate, magnésium et d'ammonium. Les bactéries permettent la formation granules (image du bas) en provoquant la précipitation du phosphate de calcium.
   

 

Chacune de ces deux voies correspond à une application : ainsi la fabrication de struvite serait plus adaptée à des effluents concentrés comme ceux qui sont issus de la digestion des boues de stations d'épuration des effluents urbains tandis que les micro-organismes correspondraient à des eaux usées moins concentrées en phosphates.

Réduire de 5 à 30 % les boues

Aujourd'hui, les stations situées dans des zones sensibles à l'eutrophisation traitent les phosphates en ajoutant du fer ou de l'aluminium. Ils obtiennent alors des phosphates de fer ou d'aluminium qui s'accumulent ensuite dans les boues. "L'inconvénient de ce type de traitement est qu'ils induisent une surproduction de boues : de 5 à 30 % par rapport à une station qui n'a pas besoin de traiter le phosphore, précise Mathieu Spérandio, le procédé qui utilise les micro-organismes sous forme granulaire pourrait éviter ce surplus et permettre de valoriser facilement le phosphore à un coût moins important". La gestion et le transport des granulés seraient en effet plus aisés que pour des boues.

Les scientifiques s'intéressent désormais à la caractérisation des consortiums de bactéries qui réalisent l'opération et tentent de déterminer dans quelles conditions ils sont favorisés. Ils cherchent également à standardiser les conditions opératoires et identifier les gammes de micro-organismes qui permettront de s'adapter à différents types d'effluents pour avoir des applications plus larges.

Autre point important qu'il reste à améliorer : l'optimisation de la performance du traitement. "Sur nos premiers essais, notre procédé permet d'éliminer 50 à 70% du phosphore de l'eau mais pour les zones sensibles à l'eutrophisation, il faudra peut-être atteindre 99 % ce qui sera plus difficile avec un procédé comme le nôtre, reconnaît Mathieu Spérandio, l'avenir sera probablement de combiner différents types de procédés pour atteindre des seuils bas".

Après cette première étude pilote, les scientifiques projettent d'expérimenter leur solution à plus grande échelle, sur l'installation industrielle d'une coopérative fromagère.

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Rédigé par jojo

Publié dans #arasement pollution

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Publié le 8 Juin 2012

Rédigé par jojo

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