Publié le 29 Septembre 2017

Pression sur les agences de l'eau : 53% d'agents en grève

"Les six agences de l'eau sont aujourd'hui placées sous une contrainte budgétaire telle que leurs capacités d'interventions humaines et financières auprès des acteurs économiques, des collectivités locales et de la société civile sont sérieusement menacées", déplore le SNE-FSU, Syndicat National de l'Environnement, dans un communiqué, ce jeudi 28 septembre. Ce dernier a appelé les personnels des six agences de l'eau à se mettre en grève le 28 septembre.

En fonction des établissements, il a été suivi par entre 36 et 78% des agents en CDI, selon le syndicat. Au total, en moyenne, le taux de gréviste s'élève à 53%. Le syndicat dénonce la réduction de leur budget et les prélèvements de l'Etat, une réduction des effectifs et la crainte d'une déconstruction du modèle des agences.

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Publié le 28 Septembre 2017

Nouveau feu vert pour le stockage d'eau géant

27/09/2017 05:46
Le projet a été approuvé hier après-midi par dix-sept voix contre cinq. - Le projet a été approuvé hier après-midi par dix-sept voix contre cinq. Le projet a été approuvé hier après-midi par dix-sept voix contre cinq.
 
Le projet a été approuvé hier après-midi par dix-sept voix contre cinq.

Tandis que les opposants manifestaient, le conseil départemental de l’environnement a approuvé hier à une large majorité ce projet d’envergure.

 

C'était le dernier verrou administratif qui aurait pu faire obstacle à la construction de 19 réserves d'eau géantes le long du bassin de la Sèvre niortaise. Mais hier après-midi, le Coderts (Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques) réuni à la préfecture, a finalement voté un avis favorable à ce projet de grande envergure, par 17 voix contre 5. En mai, une enquête publique s'était déjà soldée par un avis favorable.

Lire aussi : Projets de 19 bassines, quatre clés pour comprendre

L'avis du Coderts est consultatif. Mais il est rarissime que le préfet, qui préside cette instance, ne s'y plie pas. Parmi les services de l'État qui siègent au sein du conseil figure l'Agence régionale de santé. Lors de l'enquête publique en février-mars, elle avait émis un avis défavorable : le bassin de la Sèvre niortaise assure les deux tiers de l'alimentation en eau potable dans le département, soulignait-elle. Hier, elle a maintenu sa position sans que cela y change quoi que ce soit.

Les Coderts de la Vienne et de Charente-Maritime avaient eux aussi à se prononcer, quatre des futures réserves d'eau étant implantées sur leur territoire. Ils l'ont fait les 22 et 25 septembre et dans les deux cas ont accordé leur feu vert. Ultime étape administrative attendue désormais : les trois préfets devront prendre un arrêté interdépartemental autorisant les travaux. Onze permis de construire ont par ailleurs été délivrés par les communes.

Que va faire la Région ?

Le revers subi hier n'arrête pas pour autant les opposants. La Région va-t-elle oui ou non accorder une aide financière au projet ? La question reste entière. « Qu'en pensent nos élus régionaux ? Il serait temps que Nathalie Lanzi et Pascal Duforestel s'expriment », déclare Joëlle Lallemand, présidente de l'Association de protection, d'information et d'études de l'eau et de son environnement. Hier, Stéphane Trifiletti, élu régional écologiste en charge de l'éducation à l'environnement (majorité régionale), a tenté d'apporter une réponse aux manifestants : « La Région mène une concertation sur l'eau et les arbitrages ne sont pas faits, les débats ne sont pas terminés. Mais les élus Europe Écologie Les Verts sont là, avec vous ! » Et Alain Rousset ?

nr.niort@nrco.fr

 voir notre vidéo sur lanouvellerepublique.fr

le chiffre

 59

En millions d'euros, c'est ce que coûte le projet de 19 réserves d'eau. En grande partie, il est financé par de l'argent public : à 70 %, les fonds proviennent de l'agence de l'eau Loire-Bretagne et de l'Union européenne. Les agriculteurs qui bénéficieront de l'eau stockée financent les 30 % restant. C'est l'une des critiques émises par les opposants : l'argent de l'agence Loire-Bretagne provenant d'une taxe sur les factures d'eau, on fait payer par le consommateur ordinaire un outil économique à usage privé.

repères

Le Coderst (Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques) donne des avis sur les dossiers liés à l'environnement et aux risques sanitaires. Ses avis sont uniquement consultatifs mais en général sont suivis par le préfet, qui en assure la présidence. Y siègent 25 personnes.
> Des représentants des services de l'État dont l'Agence régionale de santé.
> Deux conseillers départementaux, Thierry Marolleau et Coralie Dénoues.
> Trois maires, Patrice Pineau (Thouars), Philippe Albert (Vausseroux) et René Pacault (Saint-Symphorien).
> Des représentants du milieu associatif (Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique, Deux-Sèvres Nature Environnement, Udaf), des milieux économiques (chambres consulaires) et des experts, notamment le directeur du service départemental d'incendie et de secours ou un médecin hospitalier.

Yves Revert

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Publié le 28 Septembre 2017

 

Glyphosate : « Cacophonie » au sein du gouvernement

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a dû se contredire après avoir annoncé l’interdiction du pesticide controversé d’ici à 2022.

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le

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Après avoir déclaré lundi 25 septembre que le glyphosate serait « interdit en France d’ici à la fin du quinquennat » pour tous les usages, y compris en agriculture, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, est revenu sur ses propos. « Avant la fin du quinquennat, le gouvernement s’engage à obtenir des progrès significatifs pour tous les pesticides », a-t-il précisé quelques heures plus tard.

Ce rétropédalage s’explique par la réaction courroucée de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). « Il est hors de question que si l’Europe dit oui, la France dise non ! Pas de distorsion, a dit M. Macron, nous saurons lui rappeler », a déclaré la dirigeante du syndicat agricole, Mme Lambert, à la sortie d’un entretien avec Nicolas Hulot.

Vendredi, la conseillère agricole auprès de l’Elysée, Audrey Bourolleau, avait affirmé aux agriculteurs venus manifester contre l’interdiction en France de l’herbicide controversé que la sortie « progressive » se ferait « avec méthode et dialogue », dans le cadre notamment des Etats généraux de l’alimentation.

Matignon demande « un plan de sortie »

S’alignant sur un communiqué de Matignon publié lundi matin, M. Castaner a précisé que « l’objectif est qu’on puisse trouver des produits de substitution d’ici à la fin du quinquennat ». Mais la France peine à énoncer clairement une stratégie de remplacement et une date butoir. Le premier ministre, Edouard Philippe, a simplement demandé lundi aux deux ministères concernés, ceux de la transition écologique et de l’agriculture, antagonistes, de lui présenter « d’ici la fin de l’année » un rapport sur « les conditions d’un plan de sortie » de ce produit.

Dénonçant la « cacophonie dans le gouvernement », François Veillerette, le directeur de l’ONG Générations futures, a réclamé « un éclaircissement rapide ». « Quelle est la position du gouvernement sur un renouvellement du glyphosate pour dix ans ? On ne sait plus », s’est aussi interrogée la députée européenne écologiste Michèle Rivasi, favorable à une interdiction « partout en Europe ».

Lire aussi :   Glyphosate : Nicolas Hulot a rencontré des agriculteurs en colère

En matière d’usages non agricoles, l’utilisation du glyphosate par les collectivités dans les espaces ouverts au public « est déjà interdite en France depuis le 1er janvier 2017 », a rappelé Matignon, tandis que l’utilisation par les particuliers « sera interdite à partir du 1er janvier 2019 ».

Les services du premier ministre ont également réaffirmé leur opposition à la proposition de la Commission de réautoriser le glyphosate dans l’Union européenne pour dix ans. « C’est une durée trop longue compte tenu des incertitudes qui subsistent sur ce produit, et la France votera contre cette proposition, comme elle l’a clairement indiqué dès le mois de juillet », selon le communiqué.

Lire aussi :   La France s’opposera au renouvellement d’autorisation du glyphosate

Paris a une position-clé, car une majorité qualifiée est requise pour le renouvellement de la licence.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/25/le-glyphosate-sera-interdit-en-france-d-ici-a-la-fin-du-quinquennat_5190820_3244.html#g1ZqSDOzVE3tlAcW.99

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Publié le 26 Septembre 2017

Rapport sur l’eau et pôle de l’eau : que d’eau à Granville !

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photo la future usine d'eau potable, installée à saint-pair-sur-mer, entrera en service au printemps 2018. © fabien jouatel.

La future usine d'eau potable, installée à Saint-Pair-sur-Mer, entrera en service au printemps 2018.© Fabien Jouatel.

 

Le rapport sur l’eau 2016 a été évoqué lors du dernier conseil municipal de Granville (Manche), mardi 19 septembre 2017. Ce lundi 25 septembre 2017, le pôle de l’eau, qui réunit trois syndicats (Syndicat mixte d’assainissement de l’agglomération granvillaise, Syndicat mixte des bassins-versants des côtiers granvillais et Syndicat mixte de production d’eau potable du Granvillais et de l’Avranchin), a été inauguré… en grande pompe.

 

Michel Picot a détaillé le rapport sur l’eau 2016 au conseil municipal, mardi 19 septembre 2017. Le rendement affiché du réseau est de 85,7 %. « Un rendement à 100 %, ça n’existe pas », précise l’adjoint en charge de l’eau. Celui de Granville « reste tout à fait honorable ».

Consommation stable

La consommation moyenne 2016 est identique à celle de l’an passé (voir infographie). Toutefois, « le chiffre inclut les industriels », précise Jean-Paul Bahu, directeur des services techniques. Par abonnement individuel, elle revient à 65 m3 par an.

Sur la facture

Si « les taux communaux ne bougent pas », l’augmentation de 0,46 % est liée à la part du délégataire et aux taxes de l’État. La facture inclut la production et la distribution de l’eau, ainsi que l’assainissement. « On envisage de passer à deux factures séparées, pour que l’abonné voie la différence. »

Plus d’infos dans Ouest-France du mardi 26 septembre 2017 et à lire également en édition numérique.

À lire également, l’inauguration du pôle de l’eau, à Saint-Pair-sur-Mer.

 

Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Visite des locaux.
Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Visite des locaux. | Fabien Jouatel.

 

 

Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Visite des locaux.
Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Visite des locaux. | Fabien Jouatel.

 

 

Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. La traditionnelle coupure de ruban.
Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. La traditionnelle coupure de ruban. | Fabien Jouatel.

 

 

Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Les élus dans l'auditorium.
Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Les élus dans l'auditorium. | Fabien Jouatel.

 

 

Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Les élus dans l'auditorium.
Lundi, le pôle de l'eau, installé à Saint-Pair-sur-Mer, a été inauguré. Les élus dans l'auditorium. | Fabien Jouatel

 

 

Fabien JOUATEL.   Ouest-France  

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Publié le 26 Septembre 2017

Saint-Etienne-du-Rouvray interdit le déploiement des compteurs Linky

 

 

 

Joachim Moyse, maire (PCF) de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), a pris un arrêté municipal visant à interdire le déploiement sur le territoire communal de compteurs électriques communicants Linky, a-t-il annoncé lundi 25 septembre dans un communiqué. L’élu critique un dispositif "beaucoup trop intrusif", et dit craindre que "les données recueillies permettent de prendre des décisions néfastes pour les usagers, comme les coupures à distance." La commune de Saint-Etienne-du-Rouvray avait déjà pris un premier arrêté, le 23 juin 2017, afin de suspendre le déploiement de ces nouveaux compteurs dit "intelligents".
Sollicité par l’AFP, le gestionnaire du réseau de distribution d'électricité Enedis a dit "prendre acte" de cette décision tout en soulignant que le compteur Linky ne présentait "aucun risque en matière de protection de la vie privée". "Nous allons travailler avec la ville pour répondre à leurs interrogations. En dernier recours, nous aurons peut-être à saisir un tribunal. Cela nous est déjà arrivé et nous avons toujours gagné", a ajouté l'entreprise. En juillet, le tribunal administratif de Pau avait ainsi donné raison à Enedis contre la commune de Tarnos (Landes) qui refusait de procéder à l'installation de compteurs Linky sur son territoire.

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Publié le 26 Septembre 2017

Eau et assainissement : une nouvelle circulaire accompagne le transfert programmé par la loi Notr

 

 

station d'épuration (illustration)
 

Acté par la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (Notr) du 7 août 2015, le transfert obligatoire des compétences "eau" et "assainissement" aux communautés de communes et communautés d’agglomération est prévu selon un calendrier progressif d’ici le 1er janvier 2020. Alors que la réforme portée par la loi Notr ne devrait prendre effet que dans trois ans, plusieurs notes du ministère de l’Intérieur sont d’ores et déjà venues en préciser les contours afin "d’accompagner et de faciliter la préparation du transfert". La dernière en date a été rendue publique ce 22 septembre. L'objectif est de répondre aux questions les plus fréquemment posées par les collectivités territoriales suite à la publication de la précédente note d’information datant du 13 juillet 2016, "notamment en ce qui concerne les modalités d'exercice et de gestion des services publics de l'eau potable et de l'assainissement au niveau intercommunal".
Faisant écho à la proposition de loi adoptée au Sénat en février dernier pour le maintien des compétences eau et assainissement dans les compétences optionnelles des communautés de communes (lire notre article ci-dessous), le ministère joue la carte du pragmatisme, se défendant d’un transfert à marche forcée. Le transfert des compétences "eau" et "assainissement" aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre comporte "une certaine souplesse dans ses modalités d’exercice", insiste la note.
Jusqu’au 1er janvier 2018, la compétence "assainissement", "même partiellement exercée", pourra continuer à être comptabilisée comme l'une des trois compétences optionnelles devant être exercées par les communautés de communes. Quant aux communautés de communes issues d'une fusion entre plusieurs EPCI, intervenue après l'entrée en vigueur de la loi Notr, et dont certains d'entre eux exerçaient la compétence "assainissement", elles bénéficient également d'un "régime transitoire". 

Pas d’harmonisation immédiate de la tarification

La note rappelle par ailleurs que la compétence "assainissement" pourra continuer à être "partiellement exercée, en tant que compétence facultative", par les communautés de communes et les communautés d'agglomération jusqu’au 1er janvier 2020, "autorisant ainsi sa sécabilité". Autre point abordé : le transfert opéré par la loi Notr "n'a pas vocation à remettre en cause la possibilité d'un transfert partiel à un syndicat mixte", et ce "sur tout ou partie" du territoire de l’EPCI, souligne la note.
Des différences de tarifs et de modes de gestion au sein d'un même EPCI demeurent en outre permises à certaines conditions. La note détaille les voies ouvertes à cet effet en fonction des situations : en cas de gestion déléguée, à l’échéance des contrats ou en cas de gestion directe. Sachant toutefois que l'existence de deux modes de gestion distincts pour un même service public ne peut constituer à elle seule la justification d'une différenciation dans le traitement des usagers ou la tarification du service.
Des clarifications sont également apportées quant aux modalités de financement du service public administratif de gestion des eaux pluviales. Le rattachement de la gestion des eaux pluviales à la compétence "assainissement" ne remet pas en cause ses modalités de financement actuelles, assure le ministère. Le service public de gestion des eaux pluviales, en tant que service public administratif (SPA), reste à la charge du budget général de la collectivité ou du groupement qui en assure l’exercice. Le service public d'assainissement - considéré pour sa part comme un service public industriel et commercial (SPIC) - reste quant à lui financé par les redevances perçues auprès des usagers pour le service rendu. 

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Publié le 25 Septembre 2017

Héritage sédimentaire: analyser les sédiments des retenues de moulin avant intervention (Howard et al 2017)

 Des chercheurs anglais travaillant sur la vallée des moulins du Derwent, un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco, soulignent dans un article récent que les moulins ayant accompagné l'histoire proto-industrielle et industrielle, il est fréquent que les sédiments de leurs retenues conservent encore la trace de pollutions anciennes. Leur modèle montre que ces pollutions peuvent être remobilisées après un effacement et contaminer tout l'aval du bassin versant, même à longue distance. Ils appellent donc le gestionnaire à la plus grande rigueur dans la préparation des chantiers et dans l'estimation de leurs enjeux écologiques. Un point que notre association soulève régulièrement, mais en vain le plus souvent car l'administration et le gestionnaire ne s'intéressent guère à ces questions susceptibles de remettre en cause la pertinence des destructions à la chaîne d'ouvrages en rivière.

La rivière Derwent a un bassin versant d'environ 1200 km² pour une longueur de 80 km jusqu'à sa confluence avec le Trent. Entre Cromford et Derby, la vallée des moulins du Derwent fait l'objet d'un classement au titre du patrimoine mondial de l'Unesco. Une série de moulins à coton des XVIIIe et XIXe siècles y préfigure la révolution industrielle et la naissance de l'usine. Outre les ouvrages hydrauliques dédiés au travail du textile, d'autres servaient à moudre la farine pour nourrir les ouvriers ou fabriquer du papier. Les ouvrages mesurent de 1,2 à 3 m et sont assez caractéristiques des différentes formes de seuils anciens, à pente aval plus ou moins douces (cf image ci-dessous).

Les moulins du Derwent étudié par Howard AJ et al 2017, art cit, droit de courte citation.
 

En plus de son rôle dans l'histoire de la révolution industrielle du textile, la vallée du Derwent est un bassin carbonifère qui a donné lieu à des activités métallurgiques (zinc, plomb) et sidérurgiques. Des sédiments contaminés aux métaux ont été piégés dans les alluvions à des niveaux qui excèdent les critères de sûreté environnementale. Comme l'observent les auteurs, "les ouvrages peuvent donc agir comme des pièges locaux à sédiments sur le socle de la vallée et, étant donné que les seuils sont insérés dans la plaine d'inondation, toute perturbation de leurs structures a le potentiel de relâcher des sédiments contaminés aux métaux dans l'ensemble du système riverain".

Les chercheurs ont utilisé un modèle hydromorphologique (CAESAR-Lisflood) pour simuler ce qui se passerait en cas de destruction des ouvrages sur un linéaire de 24 km. Leur résultat montre que si la reprise de l'érosion et du transport reste faible, elle suffit à remobiliser et diffuser des sédiments pollués, donc à poser des risques environnementaux voire sanitaires à l'aval. Le modèle montre en particulier que lors de crues morphogènes, les sédiments peuvent être transportés à longue distance: l'ensemble de l'hydrosystème est concerné, et non la seule station d'intervention.

Les chercheurs concluent que cette question de l'héritage sédimentaire va au-delà du site étudié à l'heure où l'on modifie les ouvrages anciens pour les détruire, les rendre franchissables aux poissons ou encore les équiper de dispositifs énergétiques : "toute modification des seuils ou autres structures dans le chenal peut potentiellement soulever des enjeux et des problèmes similaires. Dans les zones où les dispositifs de protection patrimoniale ne sont pas bien développés, les conséquences peuvent être particulièrement dommageables, en particulier s'il y a un héritage de pollution. Les problèmes soulevés dans cette recherche démontre le besoin pour les ingénieurs, les hydrologues et les professionnels du patrimoine de travailler ensemble pour considérer les ouvrages comme un ensemble au sein du cadre plus large du bassin versant, plutôt que de considérer leur modification ou effacement sur une base de cas par cas".

Discussion
Le concept de la continuité écologique est aujourd'hui le principal alibi d'effacement des ouvrages hydrauliques en France, à raison de plus de 20.000 sites concernés. Il conviendrait d'avoir une approche intégrée et dynamique par bassin versant, qu'il s'agisse des évolutions de crues et étiages, des espèces invasives, de l'épuration des nutriments et polluants dans les retenues.                             Le travail d'A.J. Howard et de ses collègues rappelle que cette approche intégrée est encore plus nécessaire pour l'héritage sédimentaire dans les régions anciennement industrialisées aux alluvions potentiellement pollués. Effacer un ouvrage est toujours présenté comme un chantier modeste et sans impacts, mais quand 20, 30 ou 40 de ces ouvrages sont classés sur une rivière, la situation est différente. On risque, par effet cumulatif, en réalité une modification complète, substantielle, des écoulements et des sédiments.

Des cas d'héritages sédimentaires problématiques se présentent partout en France, quand on prend la peine d'analyser les sédiments avant d'agir. Par exemple cet été, au moulin de Sailleville à Laigneville, sur la rivière Brêche, où des activités anciennes ont pollué le lit. Mais dans la plupart des cas, le sujet n'est pas du tout étudié: il faut  "faire simple" pour prétendre que l'effacement est forcément la solution la moins coûteuse et de "ne pas faire de vague" pour préserver une réforme très contestée. Les maîtres d'ouvrages publics préfèrent  travailler par cas isolés, sans vue d'ensemble de l'action, sans préparation scientifique et technique sérieuse. Concernant les sédiments des sites d'anciennes activités sidérurgiques du Chatillonnais sur l'Ource, le syndicat estime qu'une analyse des sédiments serait inutile car ...la Dreal et l'AFB n'ont fait aucune remarque particulière à ce sujet. La meilleure façon de ne rien trouver est bien de ne rien chercher!  L'exploitation des mines d'uranium par la COGEMA dans le Limousin aurait-elle pu contaminer les sédiments des cours cours d'eau? Chaque destruction de barrage en Limousin fait fi de la radioactivité des sédiments, puisque les mines sont fermées ! C'est une lecture très peu crédible de l'écologie de la restauration qui insiste sur moult détails en ignorant les facteurs essentiels, des services instructeurs qui sont d'une extrême exigence pour des dossiers  de porteurs de projets privés et d'une grande indulgence pour autoriser un projet de destruction qui leur plait, qui est déjà autorisé bien avant que l'idée du projet ne soit émise. Quelques articles de presse crédibiliseront la démarche.

Un nombre croissant de travaux scientifiques tirent la sonnette d'alarme sur la nécessité de la rigueur et de la prudence dans la planification de ce genre de travaux. Nous sommes très loin du compte.

Référence : Howard AJ et al (2017), The potential impact of green agendas on historic river landscapes: Numerical modelling of multiple weir removal in the Derwent Valley Mills world heritage site, UK, Geomorphology, 293, A, 15, 37-52

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Publié le 19 Septembre 2017

La restauration écologique de rivière sacrifie-t-elle le facteur humain en zone rurale? (Zingraff-Hamed et al 2017)

 Une équipe de chercheurs a étudié 110 projets de restauration de rivière menés entre 1980 et 2015 en France, dont le coût médian approche les 200.000 euros. Leur but était d'en faire une typologie selon les motivations, mais aussi de mener une comparaison des actions menées en zone urbaine et en zone rurale. On peut observer dans leurs résultats que le facteur humain dans la motivation (améliorer la qualité de vie des habitants) est totalement absent des projets ruraux, alors qu'il est présent dans le tiers des  projets urbains. Tout pour les poissons et les sédiments, rien pour les riverains? C'est l'impression qu'ont beaucoup d'habitants des zones rurales pour la question de la réhabilitation physique des cours d'eau, notamment dans le cadre de la continuité écologique qui accapare une bonne part des fonds publics en hydromorphologie depuis 5 ans. Autres observations notables : les projets français sont centrés sur l'habitat aquatique par rapport à la zone riveraine qui intéresse davantage les gestionnaires en Europe ou dans le monde ; la restauration des peuplements de poissons domine les autres motivations, même ceux de la directive cadre européenne sur l'eau.

Ce grand moulin n'avait-il aucune fonctionnalité en termes d'aménagement du territoire?

La "restauration de rivière", parfois appelée réhabilitation ou renaturation, recouvre des chantiers qui visent à améliorer la qualité de l'eau et des milieux, souvent par l'intervention sur les propriétés physiques de l'écoulement, de l'érosion ou de la sédimentation (hydromorphologie). Des actions nombreuses sont concernées. Comme le remarque Aude Zingraff-Hamed et ses trois collègues (UMR CNRS 7324 CITERES, Université François Rabelais, Université de Munich), "l'utilisation d'un seul terme pour une telle variété d'activités de restauration peut amener des incompréhensions, des biais de comparaison entre projets, et elle peut compromettre la fécondation réciproque des projets".

Les chercheurs ont donc essayé de clarifier les typologies de ces chantiers, à la fois selon leurs motivations et selon les zones concernées. Ils ont analysé 110 projets de restauration de rivières réalisés entre 1980 et 2015, dont 78 provenant de la base de l'Onema et les autres de leurs propres travaux de recherche. Chaque projet a été classé comme urbain ou rural (URR, RRR) selon la densité de population, la zone urbaine étant définie à partir de 300 habitants/km2 ou une population de plus de 5000 habitants sur la commune concernée.

Ces 110 projets de restauration concernent 465 kilomètres linéaires de rivières. Le coût médian est de 198.700 € par projet.

La plupart des projets de restauration ont plusieurs objectifs. Une analyse factorielle multiple hiérarchique a permis de dégager cinq types de chantier : Fish (migration de poissons), Blue (restauration d'habitats), WFD (mise en oeuvre de la directive cadre européenne sur l'eau), Flood protection (gestion des crues et inondations), Human (qualité de vie des citoyens).

 
Répartition des motivations principales des 110 projets analysés. Art. cit., droit de courte citation.
 

Parmi leurs résultats sur la comparaison des projets urbains et ruraux :

  • les projets urbains combinent plus souvent des buts à la fois écologiques et sociaux que les ruraux (60,5% versus 24,6%),
  • les projets ruraux dominent dans la motivation poisson (53% versus 14%),
  • le facteur humain comme motivation principale est absent des projets ruraux (0% versus 32% pour les villes),
  • le facteur protection des crues et inondations suit la même répartition (0% versus 14%).

Par ailleurs, dans la comparaison des projets français avec les projets internationaux (base National River Restoration Science Synthesis aux Etats-Unis, EU REFORM et RiverWiki en Europe), les chercheurs observent que:

  • la France se distingue par l'insistance sur les habitats aquatiques par rapport à la qualité de l'eau ou la zone riveraine (berge, ripisylve, lit majeur),
  • la bonne qualité des eaux au sens de la DCE est parmi les motifs les moins fréquemment invoqués.

Discussion
"Les résultats montre que la restauration de rivières urbaines représente une tendance vers la restauration socio-écologique. Elle donne donc un exemple de la "culture rivière" (Wantzen et al. 2016), c'est-à-dire harmoniser le besoin de rétablir la biodiversité et les services écosystémiques avec les intérêts des populations humaines locales, et créer des sites pour vivre dans et apprendre avec la nature", commentent les scientifiques. On ne peut en dire autant des projets ruraux.

Les services instructeurs de l'Etat (Agences de l'eau, DDT-M, Agence française pour la biodiversité ex-Onema, Dreal de bassin) tiennent des discours presqu'entièrement centrés sur les questions écologiques, considérant comme négligeables d'autres aspects de la gestion de l'eau, en particulier les attentes des riverains relatives au patrimoine, au paysage, au loisir, à la permanence de plans d'eau en été, au maintien des berges. Dans les zones rurales, les syndicats ou parcs assurant la gestion (EPTB, Epage), qui devraient être au plus proche des populations, sont prisonniers d'une absence de fonds propres conséquents (faible population, faibles moyens) et donc d'une forte dépendance aux agences de l'eau, qui tiennent un discours vertical, relativement uniforme et déconnecté des enjeux locaux.

Référence : Zingraff-Hamed A et al (2017), Urban and rural river restoration in France: a typology, Restoration Ecology, epub, DOI: 10.1111/rec.12526

A lire également
Les analyses coût-bénéfice sont défavorables à la directive-cadre européenne sur l'eau (Feuillette et al 2016)
Ce travail, mené par des économiste des agences de l'eau et publié l'an dernier, montrait déjà que les analyses coûts-bénéfices des mesures demandées par la directive cadre européenne sur l'eau sont systématiquement défavorables en zone rurale, alors que le rapport s'inverse en zone urbaine.

50 ans de restauration de rivières par les Agences de l'eau (Morandi et al 2016)
Ce travail montre le passage chez les agences de l'eau du paradigme de la restauration hydraulique et paysagère, anthropocentrée et partant des besoins humains, à celui de la restauration écologique, biocentrée et visant un certain état des milieux aquatiques. Un excès est-il en train d'en chasser un autre? On peut douter de l'avenir de politiques publiques incapables de concilier des améliorations écologiques et des attentes sociologiques ou économiques.

http://continuite-ecologique.fr/desamenagement-du-territoire-rural/

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Publié le 18 Septembre 2017

SOS
Sauvons les Barrages de la Sélune et de la Roche Qui Boit
Vidéo exceptionnelle des ADB et de la collaboration de FR 3 Normandie.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Publié le 18 Septembre 2017

Un trophée de l'eau pour le Vicoin: analyse critique d'un bilan médiocre

 Le syndicat du bassin du Vicoin vient de recevoir le Trophée de l'eau 2017 pour ses travaux de restauration de la continuité écologique. Ce n'est pas une première puisqu'un même trophée avait déjà récompensé en 2009 le premier effacement pilote du plan d'eau du Coupeau. Les bureaucraties de l’eau s'auto-congratulent en huis clos, mais quel est le bilan réel de cette politique? Des riverains et usagers qui s'estiment écartés des procédures de concertation, la destruction de 90% du patrimoine hydraulique, un filet d'eau chaude et polluée à l'étiage, des résultats piscicoles qui ne sont pas à hauteur des investissements, un mauvais état écologique et chimique persistant de la masse d'eau, une dépense d'argent public considérable à l'aune des enjeux sociaux locaux. Le Vicoin mérite un trophée : celui du dogme et de la gabegie.

Affluent de la Mayenne dans le bassin hydrographique Loire-Bretagne, le Vicoin est un cours d’eau de 47 km de long. Malgré le faible enjeu piscicole (deuxième catégorie piscicole), la rivière est depuis près de 10 ans un laboratoire à dimension réelle des apprentis sorciers de la continuité écologique.

Moins d'eau, moins de poissons? Ce théorème serait-il avéré? En clair, la hauteur d'eau n'est-elle pas, entre autres facteurs, un élément discriminant?

Suppression du plan d’eau du Coupeau (2008) : un chantier pilote à un demi-million d’euros
Dès 2008, alors que le classement des rivières n’est pas publié, la commune de Saint-Berthevin se laisse convaincre de détruire un plan d’eau créé en 1969. Motif : les curages coûtent trop cher. En fait, les agences de l’eau et syndicat de rivière refusent désormais de financer les curages et l’entretien d’ouvrages hydrauliques, elles estiment que la restauration de la continuité écologique est prioritaire. L’intérêt général n’est plus défini en fonction des attentes des riverains, de la biodiversité des écosystèmes en place, mais en fonction du prétendu besoin des espèces piscicoles, du moins de certaines espèces précises que la politique publique veut favoriser selon l’Onema (devenu Agence française pour la biodiversité) et les fédérations de pêcheurs.

Entre 2008 et 2010, le barrage du Coupeau est détruit. Après plusieurs années à clapet ouvert, le site est ré-aménagé. C’est le lancement d’un programme qui va aboutir à la destruction de quasiment tous les ouvrages du Vicoin.

Les effacements sont mis en avant dans les prospectus doctrinaux de  l'Onema (retours d'expérience en hydromorphologie). Aucune étude préalable sérieuse des écosystèmes n'a été initiée: le seul prisme est la continuité écologique. L'ONEMA fait fi du "milieu concerné" et de la biodiversité: le sujet, sans aucun intérêt est "non renseigné"... un vrai doute sur les intentions et les capacités de l'ex-ONEMA de traiter la biodiversité à l'AFB.  La suppression du plan d'eau de Coupeau a coûté la bagatelle de  521.065 euros.

La Préfecture autorise l’effacement de 90% des ouvrages malgré les protestations des riverains, usagers et protecteurs du patrimoine
En 2009, l'arrêté n°2009-A-410 de la préfecture autorise 24 arasements ou démantèlements de seuils et clapets sur le Vicoin. L'administration et le syndicat du Vicoin  prétendent que toutes les solutions sont possibles, mais c'est systématiquement le choix de la destruction qui est mis en avant. Le mécanisme en est connu : l'Agence de l'eau Loire-Bretagne accorde des financements selon le "niveau d'ambition" du projet, et comme elle ignore les dimensions paysagère, énergétique, patrimoniale, hydraulique, la seule "ambition" réellement financée est la suppression des ouvrages.

L'Association des riverains des cours d’eau du bassin de la Jouanne et du Vicoin, l’Association  pour la protection des vallées de l'Erve, du Treulon et de la Vaige, l'association Chailland-sur-Ernée et l'Association des amis et de sauvegarde des moulins de la Mayenne ont protesté contre les méthodes du Syndicat du Vicoin et de la préfecture. "Aucune réponse n'a été apportée aux questions qui ont été posées ou aux remarques faites", observent les associations. La Préfecture a prévenu "qu'aucune suite favorable ne peut y être donnée".  Schéma habituel de la concertation dans le domaine de la continuité écologique : on écoute les riverains, on ne tient aucun compte de leur avis. Un déni démocratique qui se généralisera à toute la France après le classement des rivières de 2012-2013.

En 2011, Mayenne Nature Environnement (déclinaison locale de France Nature Environnement) accorde son prix Orchidée au bassin du Vicoin pour son action en pointe dans le démantèlement des seuils. Paul-Henry de Vitton Président de l'Association des Moulins de la Mayenne dénonce cette hypocrisie : "J’aimerais que les hommes politiques chaussent leurs bottes et remontent à pied les rivières, en interrogeant les riverains pour se rendre compte de la réalité des faits…La sécheresse a deux mois d’ avance ; or la dernière possibilité de retenir l’ eau, ce sont les seuils. Pourquoi les supprimer ? On aurait aimé s’être trompé depuis que l’on dénonce cette aberration mais actuellement le bassin du Vicoin demande aux propriétaires d’étangs(*) d’ouvrir leurs vannes pour alimenter la rivière. Parler de continuité piscicole quand il n’y a plus qu’un filet d’eau dans la rivière, même un enfant comprend que c’est impossible. On marche sur la tête !... Ce qui nous choque c’est que des clapets existent mais qu’on ne les remonte plus. Sur le Vicoin on laisse à plat des vannages. En les supprimant on accélère l’assèchement actuel et cela ne permet pas de recharger les nappes phréatiques alluviales et les zones humides ! Ils ont lancé un véritable phénomène d’auto-assèchement. C’est incohérent alors que l’on a un problème de sécheresse qui s’accentue d’année en année... Je ne comprends pas cet acharnement à maintenir des projets qui en plus de provoquer des désastres écologiques sont des gouffres financiers. J’espère que les élus vont comprendre que l’on est en train d’hypothéquer gravement le développement touristique de notre département et de détruire la beauté de nos vallées ; elles subiront un régime semi-torrentiel l’hiver et seront asséchées l’été. Il faut une continuité hydraulique à une rivière sinon elle n’est plus fonctionnelle. Ce qui nous manque aujourd’hui ce sont des ingénieurs hydrauliciens capables de comprendre le profil en long des rivières. " ( cité in Courrier de la Mayenne, 16 juin 2011 )

Le syndicat n’hésite pas à détruire ce qui fut récemment reconstruit. Un élu du Genest s'est ainsi étonné : "Au Bas­ Coudray l'aménagement du barrage qui alimente la roue du moulin a été financé par des fonds publics et la démolition le sera encore, c'est assez aberrant. " (cité in Ouest-France, 10 février 2015).

Patrick Cacheux , président de l'Association des riverains de la Jouanne et du Vicoin, constate avec colère : "Ces ouvrages, datant au minimum du XVe siècle, et justifiant toutes les activités économiques de l'époque, à savoir moulins ou tanneries, permettaient également un équilibre des eaux, désormais rompu !" (cité in Ouest-France, 20 septembre 2013)

Les pêcheurs ne s’y retrouvent pas, mais ils sont lâchés par leur fédération
Si les riverains et les propriétaires de moulins protestent, les pêcheurs ne sont pas en reste. Ceux du terrain, pas ceux des bureaux. Jean-Pierre Loiseau, président de l'AAPPMA de Saint-Berthevin, a critiqué dès le départ cette politique, se faisant le porte-parole des "pêcheurs très inquiets pour le devenir de leur passion". Il observe : "On nous dit que l’on retrouvera des rivières plus vivantes, moins larges ou la végétation  reprendra ses droits, que l’on   reverra du saumon, soit disant présent il y a quelques décennies. Même si  cette espèce est un gage de bonne qualité de l’eau, bon nombre de pécheurs ont trouvé l’argument un peu fantaisiste. (…) L’effacement  des barrages aura pour conséquence d’abaisser considérablement le niveau des rivières et risque donc de faire disparaître de celles-ci les poissons d’eau profonde comme : la carpe, la tanche, l’anguille. Pourquoi  vouloir les remplacer  par des truites ou autres saumons ? Ces espèces  on pouvait les trouver dans des rivières mieux  appropriées par leurs morphologies d’antan et qui se trouvent classées en  première catégorie. Les pêcheurs avaient le choix, selon leur plaisir,  d’aller taquiner la truite ou de pratiquer toutes pêches dans des rivières classées en seconde catégorie ; là on avait de nombreux choix de poissons. Pour quelle raison  veut-on les transformer en rivières  à truite ? Le niveau de celles-ci est si bas une partie de l’année qu’elles ne seront plus que des ruisseaux."

Mais la fédération départementale de pêche n'écoute pas sa base et ses dirigeants abondent dans le sens de l'administration. Ils considèrent que l'ancienne pêche au coup est dépassée et que les pratiquants de la pêche doivent changer leurs habitudes. Ils mettent en avant la création de frayères mais, comme l'observe Jean-Pierre Loiseau, celles-ci sont souvent colmatées par les excès de limons que la reprise de l'érosion ne diminue pas, tout au contraire.

Après la casse, les étiages laissent des filets d’eau réchauffée et polluée: de futurs oueds, uniquement alimentés par l'eau... des stations d'épuration
La crainte de la sécheresse et de la perte des lames d'eau profondes des ouvrages, équivalentes aux "caves", mouilles ou fosses de milieux naturels, est avancée par les riverains autant que par les pêcheurs. Et elle est confirmée sur le terrain : l'été, le Vicoin n'est souvent qu'un filet d'eau chaude et polluée, couvert d'algues.

Le Vicoin au Coupeau, étiage 2017. Eté après été, le même constat : une très faible lame d’eau,  pas de courant, fonds colmatés, algues ; autant de conditions qui ne sont pas favorables aux espèces cibles de la restauration. Photos André Mareau.
 

Cette hydrologie est-elle favorable aux espèces que l'on prétend favoriser? On peut évidemment en douter. Est-elle agréable aux riverains? Certainement pas. D'ailleurs, des aménagements d'accès prévus pour les pêcheurs se sont révélés non fonctionnels en raison de l'abaissement des lignes d'eau. Sans compter la reprise de la végétation, qui oblige à davantage de travaux d'entretien si l'on veut toujours les rendre accessibles.

Un suivi écologique dont l'état initial est défaillant et ne permet pas d’objectiver réellement les gains
Un site du Vicoin fait l'objet d'un suivi par un bureau d'études. En soi, c'est déjà un progrès par rapport aux nombreux syndicats ayant fait des travaux depuis 2006 sans effort sérieux d'analyse des résultats.

Hélas, ce suivi est défaillant pour plusieurs raisons:

  • l'état initial avant travaux a été réalisé sur une seule année. Or, toute la littérature en hydrobiologie montre que les peuplements aquatiques possèdent une forte variabilité interannuelle en raison de leur sensibilité aux événements hydroclimatiques  récents (crue, sécheresse) ou à des événements humains ponctuels;
  • l'état initial ne comporte pas de sites témoins à l'amont et à l'aval de la zone impactée, or on sait qu'un chantier modifie les conditions locales mais peut traduire de simples variations par transferts de populations issues des zones adjacentes (si l'amont et l'aval de la retenue perdent de la richesse spécifique ou de la biomasse, le bilan n'est pas forcément bon);
  • aucune indication n'est donnée sur les marges d'erreur et incertitudes des résultats (liées aux échantillonnages sur site puis identification en laboratoire, notamment pour les invertébrés), ce qui n'informe pas sur la significativité du bilan;
  • la société de pêche continue d'empoissonner depuis 5 ans (cf Courrier de la Mayenne, février 2017, "ces résultats sont plutôt déprimants vu l'empoissonnement que nous réalisons"), donc de toute façon les évolutions de peuplement du Vicoin ne reflètent pas une variation spontanée.

Au final, ce genre de suivi n'est pas réellement utile pour le bilan écologique de la continuité : il analyse uniquement la variation biologique et morphologique sur la zone de retenue, alors que l'enjeu est de savoir si la biodiversité et la biomasse globales des tronçons sont changées. Passer localement d'un plan d'eau à une eau courante provoque toujours des changements d'habitats donc de peuplements, mais on trompe le public en présentant ces changements comme l'enjeu majeur de la continuité écologique (de la restauration de rivières en général).

Le Vicoin toujours en état biologique déclassé, avec un retour d'espèces non désirées par les aménageurs
Le site le plus anciennement suivi est le Vicoin au Painchaud, premier effacement pilote au Genest-Saint-Isle. Le cas des poissons est intéressant puisqu'ils sont la première cible des réformes de continuité écologique.

Ce tableau (cliquer pour agrandir) montre que l'indice de qualité IPR passe de médiocre à moyen, et reste moyen depuis 2011. La mesure de continuité échoue donc à reconquérir le bon état écologique au sens que les DCE 2000 et les outils de bio-indication donnent à ce terme.

Ce tableau (cliquer pour agrandir) donne une analyse plus précise des peuplements observés sur le site "renaturé" du Painchaud. On observe que :

  • la biodiversité globale augmente (en soi un point positif, mais localisé sur le site d'étude, sans savoir si cette diversité existait déjà à l'amont et à l'aval du plan d'eau et de la chute),
  • les effectifs des espèces d'eau vive baissent en dehors du vairon,
  • les effectifs des espèces d'eaux calmes et limoneuses augmentent (brèmes, carpes),
  • des espèces dites indésirables apparaissent (écrevisse signal, perche soleil).

Ces résultats contredisent donc la théorie mise en avant lors de la planification des travaux, puisque la restauration morphologique est censée renforcer les espèces rhéophiles (eaux vives) et patrimoniales.

A cela s'ajoutent les observations des pêcheurs qui pointent la taille modeste des poissons de la rivière, liées selon eux au manque d'eau récurrent sur le bassin et au grossissement problématique des individus au printemps et en été.

Le cas des diatomées montre des variations peu significatives, avec des scores de qualité parfois équivalent avant et après les travaux, une baisse de diversité certaines années.

Les invertébrés benthiques (tableau ci-dessus, indice IBG) montrent l'évolution la plus favorable sur le site, ce qui est logique puisque le faciès plan d'eau est remplacé par un faciès courant avec des substrats plus variés (gains pour certains ordres d’insectes, éphémères, plécoptères, trichoptères). La richesse totale n’est cependant pas disponible pour l’année de référence avant travaux.

Au final, les bio-indicateurs ne permettent pas de revendiquer le bon état écologique de la station au sens de la DCE. Une fois de plus, l'idée que la continuité serait le premier facteur de dégradation des masses d'eau n'est pas vérifiée. Mais ce n'est pas demain que l'on reconstruira les ouvrages détruits.

Le Vicoin est également en mauvais état physico-chimique
Concernant la qualité physico-chimie du Vicoin, nous n'avons retrouvé que la campagne de mesure de 2014 sur deux sites (Genest-Saint-Isle et Nuillé-sur-Vicoin), tableau ci-dessous ((cliquer pour agrandir).

Les nitrates (PC_NITR) sont déclassants dans 7 mesures sur 26. Il en va de même pour les matières organiques et oxydables (oxygène dissous, taux de saturation en oxygène, DBO5, COD, azote ammoniacal, azote kjeldahl in PC_MOOX) sur 7 prélèvements, pour les particules en suspension (PC_PAES) sur 7 prélèvements et pour le phosphore (PC_PHOS) sur un prélèvement.

Le Vicoin reste donc déclassé également pour la mauvaise qualité physico-chimique de l'eau à diverses périodes de l'année. Ces points corroborent le suivi biologique faisant état d'un excès de limons.

Nous n'avons trouvé aucune publication en ligne sur les pollutions chimiques (pesticides, médicaments, divers micro-polluants) dont la surveillance et le traitement sont pourtant obligatoires et prioritaires dans le cadre de la DCE 2000.

Conclusion
La restauration de continuité écologique du Vicoin présente la plupart des défauts que l'on observe dans la mise en oeuvre de cette réforme :

  • choix opérés en milieux bureaucratiques fermés (DDT, AFB, Agences de l'eau, Syndicats de rivières et fédérations de pêcheurs),
  • aucune étude multicritères préalable ni d' ACA (Analyse-coûts-avantages) pour une prise de décision... prédéfinie,
  • prisme dogmatique à l'effacement (plus de 90% des ouvrages de la rivière disparaissent), alors que cette solution est sans retour et ne permet plus une gestion quantitative de l'eau,
  • concertation médiocre et indifférence aux objections des riverains ou usagers (volet social),
  • résultats décevants, perte de valeurs paysagères et patrimoniales, absence de traitement des impacts de premier ordre (manque d'eau, pollution, matières fines),
  • échec de l'atteinte du bon état écologique et chimique DCE, argent public diverti sur des éléments non prioritaires pour les obligations européennes de la France.

Exhiber un si médiocre bilan par des "Trophées de l'eau", manifestations onéreuses des Agences de l'eau, indique combien le petit cercle des administratifs et des syndicats de rivières est coupé des réalités et des attentes démocratiques. Hormis ces financeurs bombant le torse, ces satisfecits, destinés à alimenter la presse, tentent d'apporter du crédit à leurs actions. Personne n'est dupe: ils sont notoirement superficiels et ne peuvent pas légitimer une réforme de continuité écologique dont la révision complète est une absolue et urgente nécessité.

Chacun devrait se sentir concerné, car il y a un Vicoin pas loin de chez vous.

nb: (*) modèle de gestion quantitative de l'eau:  les étangs sont eux aussi stigmatisés, réputés depuis 10 ans "nuisibles à l'environnement". Le dogme français prétend les détruire (avec une subvention de 100% des Agences de l'eau). Imaginons que ce funeste objectif puisse être atteint, à qui M. le Préfet fera-t-il appel pour soutenir l'étiage du Vicoin?

lire: http://continuite-ecologique.fr/afb-et-la-biodiversite/

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Rédigé par jojo

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