Publié le 7 Novembre 2020

Les Amis du barrage de Vezins ont perdu leur combat judiciaire

La cour administrative d'appel de Nantes a rejeté les recours de l'association des Amis du Barrage qui contestait la destruction des ouvrages.

La destruction du barrage de Vezins a commencé le mercredi 12 juin 2019. Une seule pelleteuse a été nécessaire à la création d'un trou de quatre mètres sur cinq à la base du barrage.
La destruction du barrage de Vezins a commencé le mercredi 12 juin 2019. Une seule pelleteuse a été nécessaire à la création d’un trou de quatre mètres sur cinq à la base du barrage. (©La Gazette de la Manche)

L’association des Amis du Barrage contestait, depuis des années, le démantèlement du barrage de la Roche-qui-Boit et la déconstruction du barrage de Vezins, ouvrages situés à cheval sur plusieurs communes voisines, dont Isigny-le-Buat et Saint-Laurent-de-Terregatte. La cour administrative d’appel de Nantes a rejeté ses recours, le 23 octobre.

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Un rappel historique

Pour rappel, la société EDF exploitait depuis 1946 ces barrages de la vallée de la Sélune, situés sur la rivière La Sélune, qui se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel. En juillet 2012, le préfet de la Manche, refusait de renouveler la concession, ouvrant la voie à une cessation d’exploitation. Six ans plus tard, cette même autorité autorisait EDF à démanteler le barrage de la Roche-qui-Boit et délivrait à l’État, en mars 2019, un permis de démolir celui de Vezins.

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Des décisions contestées par l’association, accompagnée dans sa démarche par Bernard Pinel, maire honoraire d’Isigny-le-Buat. Les requérants avaient été déboutés, en août 2019, par le tribunal administratif de Caen. Les juges nantais ont à leur tour rejeté, un à un, les arguments des opposants, parmi lesquels une « erreur manifeste d’appréciation » quant aux risques d’inondation dus à l’arasement des ouvrages.

« La Sélune déborde depuis toujours »

Sur cette question, la cour administrative d’appel de Nantes s’est référée à l’étude d’impact, selon laquelle l’exploitation d’un barrage, dont l’objectif est l’optimisation de la production électrique, est « souvent incompatible » avec les « contraintes d’un écrêtement de crues ». La juridiction a également cité dans son arrêt la commission d’enquête, qui estimait que « depuis toujours la Sélune déborde, avec ou sans la présence de barrages ».

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Aussi, une contre-expertise de 2015, commandée à l’époque par le ministère de l’Écologie, jugeait « probable » le fait qu’il n’y aurait « pas d’aggravation des conséquences d’inondation pour les crues rares ». Ce même rapport faisait par ailleurs valoir que le démantèlement des ouvrages « revêt une importance majeure pour l’atteinte du bon état des eaux ». Les experts recommandaient de poursuivre les efforts réalisés par les collectivités pour « favoriser l’interconnexion des réseaux d’eau potable », notamment pour des enjeux de sécurité sanitaire.

La population consultée

Selon eux, il n’apparaissait pas qu’une réserve en eau, retenue par les deux barrages, aurait été « nécessaire » pour alimenter en eau potable la population. La commission d’enquête avait émis un avis favorable car elle voyait en ces opérations « la seule solution viable » pour atteindre « la restauration de la continuité écologique » et « celle de la qualité de l’eau ». Les requérants n’apportaient, eux, « aucun élément » selon les juges pour démontrer les risques de pollution de la baie du Mont-Saint-Michel. L’association estimaient d’autre part que le public n’avait pas « réellement » été associé à la décision de suppression des barrages. Or, une enquête publique s’est bien tenue à l’automne 2014, et les observations du public « ont été consignées et examinées » par la commission d’enquête.

 

Cette même mission d’inspection avait d’ailleurs décrit une participation « intense et multiple, permettant l’expression des intérêts particuliers comme la prise en compte de l’intérêt général ». L’association requérante avait pourtant organisé, fin 2015, une « consultation populaire » auprès de 20 000 personnes. 98,89% d’entre elles étaient favorables au maintien des deux barrages. Mais cette démarche est « sans incidence sur la régularité » de l’enquête publique de 2014. Leurs recours rejetés, les requérants devront verser, ensemble, la somme globale de 1.500 € à EDF au titre de ses frais d’instance.

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Publié le 6 Novembre 2020

Qualité de l'eau potable : la confiance des usagers est maintenue
 

La crise sanitaire a-t-elle érodé la confiance des usagers dans la qualité de l'eau du robinet ? La réponse est non selon les derniers résultats du baromètre national que le Centre d'information sur l'eau (Cieau) a dévoilés ce 5 novembre.

Réalisé par Kantar TNS à partir d'un échantillon de 3.495 individus sondés en mai et juin 2020 en suivant une logique de quotas mais aussi de stratification territoriale, le traditionnel baromètre du Centre d'information sur l'eau (Cieau) tombe à pic en pleine crise pour souligner, à juste titre, le rôle essentiel assuré par les services et entreprises qui exploitent les réseaux de collecte et les stations d’assainissement des eaux usées, "et qui ont souvent lutté pour maintenir les performances épuratives indispensables".

Une confiance maintenue

Commentant ces résultats, Marillys Macé, directrice générale du Cieau et par ailleurs adjointe au maire de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), indique que "la crédibilité du service de l’eau n’a pas souffert du contexte général : 80% des Français conservent leur confiance à l’eau du robinet et 79% partagent cet avis s’agissant de l’efficacité du traitement des eaux usées. C’est sensiblement plus qu’avec les produits alimentaires ou la collecte et le traitement des déchets ménagers". Face à la démultiplication des interventions de terrain sur les réseaux dues aux lingettes improprement jetées dans les toilettes, le Cieau lance une piqûre de rappel sur ce "fléau qui perturbe les professionnels dans leur effort de maintien en service".
Mesurée chaque année, la satisfaction des usagers vis-à-vis du service de l'eau aurait pu plonger en eaux troubles. Effet contraire : elle atteint en 2020 son plus haut niveau. Cette confiance profite aux autorités sanitaires qui contrôlent la qualité de l’eau, aux communes mais aussi aux entreprises du secteur (+quatre points de niveau d’adhésion par rapport à 2019). L’eau du robinet est reconnue pour sa disponibilité par la quasi-totalité (92%) des Français. Les motifs d’insatisfaction n’évoluent guère : présence de calcaire, odeur et goût de chlore... Parmi les usagers satisfaits, plus d’un sur deux estime que la qualité est restée stable au cours des dix dernières années.

Consommation variable, perception stable

Lentement mais sûrement, le robinet gagne donc du terrain sur la bouteille. Sur dix verres d’eau consommés, six le sont au robinet, contre quatre en bouteille. L'eau du robinet est moins consommée que la moyenne en Bretagne, dans les Hauts-de-France, en Normandie et plus consommée dans les agglomérations de plus de 100.000 habitants et des régions comme l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. La perception du prix du service de l'eau est, elle aussi, en nette amélioration. Plus de 45% des usagers sondés jugent l'eau plutôt bon marché - c’est neuf points de plus que l’an dernier. Pour autant, inutile de céder à la crédulité, car une très forte majorité des Français (82%) s’attend tout de même à payer à court terme le service de l’eau plus cher.
Depuis vingt ans, le Cieau voit aussi croître la courbe de l’opinion sur la disponibilité de la ressource. Ceci dit, 73% des interviewés continuent de penser que l’eau est une ressource limitée en France. Et huit sur dix estiment que le changement climatique influe sur le manque d’eau, la sécheresse, les inondations, la dégradation de la qualité des ressources en eau, etc. "Les Français sont majoritairement convaincus - 84% - que la pollution des ressources a des répercussions sur une hausse potentielle du prix du service de l’eau", explique le Cieau.
Autre enseignement qui revient inlassablement, l’effort de pédagogie à consentir pour mieux informer sur l’eau. Les mairies, les pouvoirs publics, les organismes professionnels spécialistes de l’eau et les entreprises spécialisées sont les principaux relais d’information. Le baromètre donne aussi un aperçu intéressant sur la synthèse annuelle d'information sur la qualité de l'eau. Réalisée par l’agence régionale de santé (ARS), elle doit être jointe à la facture d’eau.

Une demande de baromètres départementaux

Ce baromètre se révèle être un outil d'évaluation utile aux collectivités grâce aux déclinaisons régionales dévoilées au fil de l'eau. "L’an dernier, toutes les régions ont connu une déclinaison, à la demande ou à l’occasion d’une présentation sur le terrain. Nous voulons pousser jusqu’à la maille départementale, du moins pour ceux qui l’ont demandé. Enfin, nous développons l’ouverture de données (open data), encourageons des acteurs à s'en saisir et venons de mettre en ligne un accès rapide à de l’information à l’échelle communale et riche en indicateurs (consommation, mètre linéaire, chlore)".

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Publié le 5 Novembre 2020

L'agence de l'eau Seine Normandie lance un appel à projets Innovations pour la gestion de l'eau

Usine d'épuration du futur, réseaux d'eau intelligents, éco-efficience des procédés industriels ou une aide à la décision et au partage de l'information grâce au numérique : l'agence de l'eau Seine Normandie lance un appel à projet « innovations pour la gestion de l'eau ».

Doté de 15 M€ (sur les crédits du 11e programme), il prévoit de cofinancer des projets jusqu'à 80 %. Les candidatures sont ouvertes aux collectivités, entreprises et associations du bassin Seine-Normandie jusqu'au 30 avril 2021.

Concernant l'usine d'épuration du futur, l'appel à projets vise notamment des initiatives d'intégration des technologies « smart » tant sur l'usine (optimisation des procédés) que sur le système d'assainissement par la gestion qualitative et quantitative des flux entrée-sortie (réseau et usine). Parmi les autres enjeux : la valorisation des matières ou substances contenues dans les effluents et rejets, les eaux usées traitées, la réduction des micropolluants, la réduction des nano déchets et microplastiques, la récupération de l'urine à la source en vue de sa valorisation.

Mieux gérer le patrimoine des réseaux

Le volet réseaux d'eau intelligent cible notamment l'interopérabilité des systèmes de mesure et outils de gestion, la connaissance et la gestion patrimoniale des réseaux, le suivi en continu du contrôle et des interventions pour la mise en conformité des branchements, la gestion technique et comptable pour le renouvellement du patrimoine, ou encore la gestion et/ou la prévention des micropolluants.

A travers l'éco-efficience des procédés industriels, l'agence de l'eau s'intéresse notamment au développement d'approches territoriales de type écologie industrielle.

Enfin l'axe sur les outils numériques, s'intéressera par exemple à des solutions de suivi intelligent de la ressource en eau pour améliorer la prise de décision ou d'outils numériques pour le diagnostic de vulnérabilité des systèmes d'eau et d'assainissement.

Cet appel est le premier d'une série de trois en 2021 : les prochains concerneront la transition agricole puis la résilience des milieux.

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Publié le 4 Novembre 2020

 
Qualité de l'eau potable : la France mise en demeure par la Commission européenne
 

La Commission européenne a adressé ce 30 octobre une lettre de mise en demeure à la France pour lui demander de "mettre en oeuvre la législation de l'UE relative à la qualité de l'eau potable". Celle-ci repose sur la directive 98/83/CE sur l'eau potable  qui vise à protéger la santé contre les effets nocifs de la contamination des eaux destinées à la consommation humaine en garantissant leur sécurité et leur propreté. "Depuis longtemps, l'eau potable distribuée à des dizaines de milliers de personnes en France contient des quantités excessives de nitrates, souligne la Commission. La France a donc manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de la directive sur l'eau potable en ce qui concerne les niveaux de nitrates dans l'eau potable." Paris dispose à présent d'un délai de deux mois pour répondre à la mise en demeure de Bruxelles. A défaut, la Commission pourrait décider de lui adresser un avis motivé.
 

 

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Publié le 3 Novembre 2020

Nucléaire : le coût du grand carénage revu à la hausse

Le 29 octobre, EDF a revu à la hausse le coût du « grand carénage ». Ce programme, qui vise à améliorer la sureté du parc nucléaire français afin de maintenir en fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans, devrait coûter 1,2 milliard de plus qu'estimé en 2018. Le coût du programme est désormais évalué à 49,4 milliards d'euros (en euros courants), contre 48,2 milliards d'euros il y a deux ans.

« Cette nouvelle estimation intègre essentiellement les premiers enseignements sur les travaux à mener, induits par le processus d'instruction du quatrième réexamen périodique des réacteurs 900 mégawatts (MW) », explique EDF. L'entreprise a notamment pris en compte des études, des modifications et des équipements supplémentaires non prévus initialement. La nouvelle évaluation intègre également des modifications du calendrier initial. Celles-ci sont la conséquence d'une révision de la durée prévisionnelle de réalisation des arrêts pour maintenance (visites décennales et visites partielles). Le nouveau calendrier, dont le détail n'est pas donné, intègre aussi les conséquences de la crise sanitaire sur la période 2020-2022.

Cette révision à la hausse de l'estimation du coût du grand carénage intervient après une première réduction du devis initial. En 2015, EDF estimait que le grand carénage coûterait 55 milliards d'euros (valeur 2013). En 2018, le devis des travaux était réévalué à 45 milliards d'euros (valeur 2013, soit 48,2 milliards d'euros courants).

Les travaux, débutés en 2014, doivent s'étendre jusqu'en 2025. « À ce jour, le programme grand carénage est bien avancé », annonce EDF, précisant que 24 visites décennales ont été réalisées sur les réacteurs de 900 MW, 1 300 MW et 1 450 MW. De plus 52 diesels d'ultime secours ont été mis en exploitation sur les 56 à mettre en service, ajoute l'entreprise.

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Publié le 3 Novembre 2020

Après la trame verte et bleue, la trame turquoise

A travers son appel à projet « eau et biodiversité », l'agence de l'eau RMC entend financer des projets de restauration de la trame turquoise, jonction entre la trame verte et la trame bleue. Exemple avec un projet de renaturation d'une rivière à Lodève.

Depuis le 01 novembre, l'appel à projet « eau et biodiversité » est ouvert pour l'année 2021. L'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse (RMC) attribue cette année une enveloppe de 10 millions d'euros. Un montant en augmentation par rapport aux années 2019 et 2020 qui atteignait respectivement 3,3 et 7,5 millions d'euros. En 2020, 52 projets ont pu bénéficier de ces investissements.

De quoi s'agit-il ? Lutter contre l'appauvrissement de la biodiversité. En effet, en France métropolitaine, 32 % des oiseaux nicheurs et 23 % des amphibiens sont menacés d'extinction. Les financements de l'agence de l'eau visent à participer à des programmes de restauration de la trame turquoise, un nouveau concept car certaines espèces ont un cycle de vie qui dépend à la fois des milieux aquatiques et humides (trame bleue) et des milieux terrestres, plus secs (trame verte), comme les amphibiens, papillons, libellules, oiseaux… Il s'agit par exemple de « la ripisylve ou une zone forestière autour d'un cours d'eau ou des prairies alluviales en fond de vallée, c'est ça, de la trame turquoise », nous explique Laurent Roy, directeur général de l'agence de l'eau RMC.

Un projet de renaturation de la Soulondres à Lodève a pu profiter de ces investissements suite au dernier appel à projet. La rivière qui traverse la ville. Or, en 2015 une crue importante a fortement détérioré les berges et la végétation en bord de rivière. L'objectif des travaux a donc été de renaturer ces berges avec diverses plantations grâce à du génie végétal. Voir le reportage vidéo. Les cheminements ont également été réaménagés pour mieux guider les promeneurs, qu'ils évitent de trop piétiner les zones naturelles sensibles. Pour que les aménagements soient compris et respectés, de nombreuses animations à destination des citoyens sont prévues, écoutez l'interview vidéo d'Arnaud le Beuze, directeur eau, rivières et assainissement de la communauté de communes Lodévois et Larzac.

Amélioration des accès, plantation de ripisylve, renaturation de berge, création de zones refuges, meilleure connaissance des milieux, sensibilisation aux déchets…ce programme sur 2 ans a couté 346 410 euros à la commune, financé à 70 % par l'agence de l'eau.

Le montant dédié à l'appel à projet « eau et biodiversité » est de 55 millions d'euros pour l'agence de l'eau RMC sur la période 2019-2024.

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Rédigé par jojo

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Publié le 2 Novembre 2020

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

02/11/2020

Le ré-ensauvagement doit-il être la nouvelle idéologie publique de gestion de la nature?
 

Gilbert Cochet et Béatrice Kremer-Cochet défendent l'idée d'une politique de ré-ensauvagement de la France et de l'Europe. Nous livrons ici diverses critiques de cette perspective, en rappelant qu'elle est une vision idéologique plus que scientifique de la nature, dont certaines contradictions surgissent vite si l'on passe de quelques réserves de protection naturelle à une expansion plus ambitieuse du retour de cette nature réputée sauvage. Cette vision anime en France sous d'autres noms les tenants de la continuité écologique des rivières, une réforme dont la conflictualité sociale rappelle que l'idéal de "nature sans humain" promu par certains se réalise au détriment des humains premiers concernés.  D'où la nécessité d'un débat démocratique élargi sur ces sujets, actuellement gérés par des spécialistes en lien à des technocraties, mais non réellement appropriés, réfléchis et débattus par les citoyens et leurs représentants élus. 

 

L'agence française de développement publie sur son blog un entretien avec Gilbert Cochet et Béatrice Kremer-Cochet. Ces spécialistes du ré-ensauvagement sont naturalistes, experts au Conseil scientifique du patrimoine naturel (et auprès du Conseil de l’Europe pour Gilbert Cochet), attachés au Muséum national d’histoire naturelle. Ils viennent de publier L’Europe réensauvagée, vers un autre monde (Actes Sud)

Cette définition est donnée du ré-ensauvagement (Béatrice Kremer-Cochet) : "Le réensauvagement est la traduction littérale du terme rewilding, un concept développé par les Nord-Américains. Pour nous, il signifie : protéger un endroit pour lui permettre de retrouver son fonctionnement naturel. Cette protection peut inclure des actions pour favoriser le retour spontané d’espèces disparues ou, s’il n’est pas possible, les réintroduire. À terme, le ré-ensauvagement aboutit à la libre évolution : l’homme ne gère plus rien et la nature évolue sans contrainte anthropique. L’être humain s’interdit d’intervenir dans les équilibres naturels… mais pas de les contempler, ni de les observer, pour s’en inspirer."

On observe que cette doctrine est en réalité la même que celle proposée par une fraction de l'administration française sur les rivières. On parlera de "renaturation" ou de "restauration écologique" pour ne pas employer un terme un peu effrayant et faisant référence au "sauvage", mais l'objectif ultime est bien le même : supprimer peu à peu toute contrainte humaine à la nature (par exemple, les obstacles à la continuité), limiter peu à peu tous les usages humains de l'eau (irrigation, énergie, etc.) afin que la nature tende vers une naturalité idéale définie comme absence de toute perturbation venant des humains.

On doit d'abord noter que cette vue relève de l'idéologie (ou si l'on veut de la morale) et non de la science.  

L'approche scientifique n'énonce pas par elle-même s'il existe une "bonne" ou une "mauvaise" nature (voir Lévêque 2013), elle se contente de décrire des faits (dans le cas de l'écologie: comment les milieux et les espèces évoluent), des causes (quels facteurs font évoluer milieux et espèces) et des conséquences (quelles observations peut-on tenter de prédire quand on change des facteurs, à supposer que le système décrit soit prédictible).  Savoir si des faits ou des conséquences sont bons ou mauvais, beaux ou laids, utiles ou nuisibles, désirables ou indésirables, c'est le problème de la société humaine et de ses normes, pas le problème de la science en soi : une "bonne nature" est toujours en dernier ressort celle que des humains choisissent de désigner comme telle, avec une part d'arbitraire tenant à des goûts, des valeurs, des désirs, des pratiques, pas selon des démonstrations de ce qui serait vrai ou faux sans contestation possible. 

Cet objectif de ré-envaugement pose par ailleurs de nombreuses questions sur ce qui semble des contradictions ou des incertitudes:

 

  • pourquoi l'humain n'y est-il pas considéré comme partie intégrante de l'évolution du vivant, alors qu'il modifie cette évolution depuis qu'il est humain (les premières extinctions de méga-faune étant documentées depuis le paléolithique)?
  • somme-nous encore dans le cadre d'une possible naturalité sans humain quand des modifications globales (réchauffement climatique, circulation d'espèces exotiques) concernent désormais tous les milieux, sans perspective de changement rapide de cet état de fait?
  • est-il réellement démontré que des grands espaces contigus ré-ensauvagés ont un effet différent sur la biodiversité que la même quantité d'espace mais répartis en patch discontinus, ce qu'une partie de la recherche ne parvient pas à trouver dans les données (voir Watling et al 2020)?
  • ce ré-ensauvagement ou renaturation est-il le souhait réel des riverains de ces milieux ou le souhait d'experts qui ont l'oreille de pouvoirs technocratiques non élus?
  • comment concilie-t-on le discours de relocalisation de l'économie, du circuit-court et de la transition bas-carbone, impliquant notamment l'exploitation locale des ressources naturelles (organiques, minérales, énergétiques), avec l'idée d'une nature-écrin que les humains se contentent de contempler sans jamais la transformer?

 

Les auteurs répondent à certaines objections (économiques et sociales) en citant le tourisme comme nouvelle source de valorisation du sauvage respecté dans son état sauvage: "le retour d’une faune exceptionnelle possède un fort potentiel pour l’écotourisme. Nous savons aujourd’hui très bien gérer l’afflux de visiteurs afin que les retombées de l’écotourisme soient durables."

Mais cette option ne paraît pas généralisable, notamment dans la cas des rivières et milieux aquatiques continentaux qui nous intéresse. 

D'abord, comme indiqué, ce sont les faunes exceptionnelles et les sites remarquables (la nature scénique) qui attirent du monde, en raison de leur rareté. Or ce discours ne dit rien de la biodiversité ordinaire en nature ordinaire, formant l'essentiel des milieux. Quand on a renaturé ou ré-ensaauvagé une rivière dans une campagne peu sujette à l'afflux touristique, avec à l'arrivée quelques variations locales de poissons ou d'insectes pas spécialement "populaires", va-t-on attirer des flux de ressources par des masses de touristes? C'est fort peu probable.

Ensuite, les afflux touristiques ne sont pas toujours si bien gérés. Si l'on pratique une restauration de rivière ou de plan d'eau en vue d'y favoriser la venue du public, cela pose souvent problème du point de vue de l'idéal de naturalité. Par exemple, les fortes densités de baigneurs en été créent diverses perturbations, l'aménagement des berges pour des pêcheurs et promeneurs implique de ne pas laisser réellement faire leur renaturation (proliférations de végétations, d'embâcles, etc.).

Enfin, le principe du "laisser-faire" de la nature n'aboutit pas toujours à des choses réellement appréciées par les humains. Il suppose par exemple que les populations riveraines doivent accepter en divers endroits des lits quasiment sans eau ou à sec en été, des expansions de crues et reformation de marécages en hiver, toutes choses qui ne sont pas assimilables à de belles promenades dans un parc naturel vaste et balisé. 

Que certaines zones témoins (pour la science) et refuges (pour le vivant) fassent l'objet de préservation dans un état assez sauvage, pourquoi pas. Dans le cas des rivières françaises, une étude a estimé à 8% le linéaire des cours d'eau en situation de naturalité forte. Mais sur les zones qui sont anthropisées de très longue date, la réflexion ne peut pas être de simplement se référer à une nature sauvage passée ou idéalisée comme objectif de l'action publique. Il faut plutôt y accepter la cohabitation de plusieurs natures, parfois celle modifiée par un usage auquel les humains expriment de l'attachement ou du besoin, parfois celle plus spontanée des forces biophysiques laissées à elles-mêmes là où il y a peu d'usages et peu d'humains. Les critères de décision n'y sont pas un seul état de naturalité  posé comme la seule norme possible, mais plutôt l'équilibre (changeant) entre attentes sociales et réalités naturelles, avec nécessairement des priorités à définir du coté de l'écologie — par exemple, préserver assez d'eau pour le vivant aquatique, viser la protection d'espèces rares et endémiques si elles sont encore présentes. 

Poser que la nature sauvage sans humain est le seul idéal de nature et que l'écart à cette situation est forcément à lire comme un échec a peu de chance de réunir un consensus très large chez des citoyens correctement informés et de mener à des réactions pacifiques chez les humains appelés à être exclus de la belle vitrine sauvage voulue par ses concepteurs. L'histoire de la conservation de biodiversté par création de zones d'exclusion sauvages a d'ailleurs été parsemée de conflits et de négation des droits humains (voir Blanc 2020). Nous devrions discuter démocratiquement de ces sujets, au lieu de juxtaposer des vues contradictoires et des arguments d'autorité, sans aller au fond des réflexions, des désaccords et des contradictions. L'écologie étant désormais une politique publique, elle doit nourrir des débats publics sur les différentes manières de l'envisager.

A lire en complément

Le mouvement de la nouvelle conservation veut changer les politiques de biodiversité

Observations sur un nouvel indicateur de naturalité des cours d'eau 

L'opposition nature-société comme erreur fondatrice de la directive européenne sur l'eau et de la continuité écologique (Linton et Krueger 2020)

 

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Publié le 1 Novembre 2020

Les maires demandent un moratoire pour le barrage de La Roche qui boit

Des maires ont demandé à la préfecture un moratoire au sujet de la suppresion du barrage de La Roche qui boit dans le Sud-Manche.

Photo d'archive : la Sélune en crue en janvier 2018.
Photo d’archive : la Sélune en crue en janvier 2018. (©La Gazette de la Manche)

Mercredi 21 octobre, les maires de Ducey-les-Chéris et de Poilley ont conjointement envoyé à la Préfecture de la Manche une demande de moratoire.

Des grandes fructuations

Le but de cette demande est l’étude approfondie des conséquences de l’arasement du barrage de la Roche qui boit. En effet, l’ensemble des acteurs locaux, élus municipaux, entreprises, habitants, s’inquiètent des grandes fluctuations du niveau de la Sélune observées ces dernières années.

À lire aussi

Deux à cinq ans

Entre crues biennales au printemps et à l’automne et sécheresses marquées en été, la gestion du cours d’eau se voit complexifiée par l’absence des barrages de Vezins et de la Roche qui boit.

Par ce moratoire, Isabelle Labiche, maire de Ducey-Les Chéris et Pierre Michel Viel, maire de Poilley, expriment la volonté des deux équipes municipales « de rendre le barrage de la Roche qui boit transparent, en laissant volontairement ouvertes les vannes de crues, sur une période de deux à cinq ans. Cette expérience prouvera l’intérêt du maintien du barrage. Pour rappel, cet ouvrage technique a été construit en 1914 et a permis de limiter les crues à de nombreuses reprises. »

Préserver la sécurité

Soucieuses « de préserver la sécurité des habitants des communes » à l’aval de la vallée de la Sélune, les deux municipalités espèrent obtenir une réponse favorable de la part de Gérard Gavory, Préfet de la Manche.

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Publié le 27 Octobre 2020

1920 Mise en service de l’usine hydroélectrique de La Roche qui Boit

 

 Mise en service en 1920 l’usine hydroélectrique de la Roche qui BOIT a été exploitée par la Société des Forces Motrices de la Sélune  jusqu’ en 1946.Transférée à EDF à la nationalisation elle a été exploitée par cette dernière jusqu’en 2012.

 Durant toute cette longue période les consignes d’exploitation de l’usine de la Roche qui Boit concernant les débits d’eau restitués en aval du barrage sont restées inchangées, à savoir :               

 

« Si le débit naturel de la Sélune est inferieur à 30m3/s le débit lâché par l’usine de la Roche qui Boit ne doit pas dépasser30m3/s.

 

  Si le débit naturel de la Sélune est supérieur à 30m3/s le débit lâché par l’usine de la Roche qui Boit ne doit pas dépasser le débit naturel de la Sélune. »

  

Un débit de 30 m3/s lâché en aval de la Roche qui Boit est autorisé en toutes saisons et sans paliers, peut passer instantanément de 2m3/s à 30 m3/s. Il s’agit là, d’une possibilité très intéressante dans le cas d’anticipation d’une crue. 

 

Les lignes ci-dessus, nous confirment que le débit  autorisé est conditionné par le débit naturel de la rivière d’une part et celui des premiers débordements.

 

Avec un débit supérieur à 30m3/s l’écoulement de la Sélune se fait suivant des débordements sur le lit majeur. Dans cette condition la Sélune passe de l’état hors crue à l’état de crue.

 

«  Le lit majeur ou lit d’inondation ou champ d’inondation du lit d’un cours d’eau désigne la partie qui n’est inondée qu’ en cas de crue il est situé  immédiatement de part et d’autre du lit mineur en jouxtant ce dernier. »N’est inondé que quelques jours par an.

 

Les débits de la Sélune supérieurs à 30m3/s engendrent, tout d’abord, des débordements au Bois d’Ardennes, tandis qu’un débit de 54m3/s, proche d’une crue biennale, risque d’inonder toutes les prairies en aval de la N176.

  

 

1996 ARRETE  

 

 

 Arrêté Préfectoral du 15 février 1996, portant règlement d’eau de l’usine hydroélectrique de la Roche qui Boit et Saint Laurent de Terregatte. 

 

Ce document de 12 pages apporte des changements radicaux et profonds dans les consignes d’exploitation ainsi que sur des nouveaux débits décrétés hors crue.              

 .

 Apres un nombre important d’interdictions, nous découvrons avec stupéfaction, un nouveau cahier des charges hors crue concernant le réglage des débits jusqu’a 50m3/s c'est-à-dire entre 30 et 50m3/s la rivière n’est pas considérée comme débordante puisque déclarée hors crue.

 

 Le bureau d’études SEPIA CONSEILS, dans son rapport mis à jour en juin 2009,Etudes du devenir des barrages de la Sélune  ne parle pas de cet arrêté mais nous rappelle, entre autres, que les consignes relatives à l’exploitation de l’usine de la Roche qui Boit sont inchangées depuis 1920 (page 9), cela signifie aussi que pour une raison inexpliquée, pendant plusieurs années, les consignes dont il est question n’ont pas été suivies d’effet.

 

SEPIA CONSEILS nous rappelle aussi que les débits de la Sélune supérieurs à 30m3/s engendrent, tout d’abord, des débordements au Bois d’Ardennes, tandis qu’un débit de 54m3/s risque d’inonder toutes les prairies en aval de la N176.

 

2012 EGIS EAU

 

Expertise sur le rôle des barrages de la Sélune lors des crues  (novembre2012)

 

Barrage de Vezins et inondation du12/11/2000- Rapport d’expertise  (EGIS EAU pour DDTM page11)

 

« Ce rapport d'expertise sur le rôle des deux barrages EDF lors de la crue du 12 novembre 2000, fait suite à une expertise ordonnée suite aux inondations engendrées dans les communes voisines (St-Hilaire-du-Harcouët, Poilley sur le Homme et Ducey). Ce rapport expose le principe de gestion en période de crue des barrages de Vezins et de La Roche-qui-Boit. Il précise notamment le mode général de calcul des débits entrants dans le barrage de Vezins. »

«  On note que la pluviométrie au niveau de l'usine de Vezins est relevé  à une fréquence journalière. Concernant la gestion des deux barrages, l'état de veille est déclaré à partir d'un flux entrant de 54 m3 /s à Vezins  . Les données hydrologiques et d'exploitation à Vezins et La Roche-qui-Boit sont alors relevées toutes les heures. L'état de crue n'est quant à lui décrété qu'à partir d'un débit entrant de 100 m3 /s. Dans ce cas, ces mêmes données doivent être relevées toutes les demi-heures. Le débit entrant au barrage de Vezins est calculé à partir des fluctuations de hauteur d'eau dans la retenue entre deux pas de temps, et de la connaissance des débits sortants (débits turbiné et déversé) :

Débit entrant = Débit lié à la variation de réserve + Débit turbiné + Débit déversé »

 

Il est fort probable, que suite à l’AP du 03/07/2012 relatif à la gestion de l’usine de Vezins  pour le compte de l’état, qu’un  nouveau cahier des charges concernant les débits pour l’usine de la Roche qui  Boit, ait été élaboré en s’inspirant de l’AP de 1996 et du rapport EGIS EAU ce qui donne pour aujourd’hui les consignes suivantes :

 

Dès que le débit entrant dans la Sélune atteint 54m3/s l’état de vieille est signalé aux autorités.

L’état de crue n’est quant à lui décrété et signalé aux autorités qu’à partir d’un débit de 100m3/s.

   

Cela signifie que les petites crues sont escamotées  en n’étant plus considérées comme telles, que tous les débits de 30 à 99m3/s sont considérés hors crue et que toute la surface inondée du lit majeur de la Sélune à Ducey est devenue le lit mineur de cette dernière, d’où la disparition de dégâts causés par des débordements.

 

A noter que l’installation de la Roche qui boit est toujours exploitée par EDF depuis le barrage de la Rance

 

. Cette initiative, illogique, sans se référer aux règles, grève sérieusement les propriétaires  et exploitants des terrains situés dans le périmètre du lit majeur de la rivière. La quasi totalité de leur propriété située en zone inondable a été pratiquement subtilisée en devenant une extension du lit mineur ou lit naturel de la Sélune.

 

 

 

 

 

D’après les données de la DIREN Basse Normandie, les débits journaliers des crues la

Sélune à Ducey (BV=720 km²) sont les suivants :

􀁸 Crue biennale : 53 m3/s (intervalle de confiance à 95%, [49 ; 58 m3/s]),

􀁸 Crue quinquennale : 74 m3/s (intervalle de confiance à 95%, [68 ; 83 m3/s]),

􀁸 Crue décennale : 88 m3/s (intervalle de confiance à 95%, [80 ; 100 m3/s]),

􀁸 Crue vicennale : 100 m3/s (intervalle de confiance à 95%, [91 ; 120 m3/s]). » (SEPIA page 13)

 

 

 

Au début du siècle dernier, fatigués de constater les désagréments répétitifs et inattendus causés aux habitants de Ducey par les caprices de la Sélune, quelques ingénieurs ont cherché une solution à cette fluctuation des débits.

 

Les besoins urgents d’énergie électrique de l’époque ont facilité la recherche qui a vite été orientée et solutionnée avec la création de barrages.

 

D’abord par la construction du barrage de La Roche qui Boit  créant  un lac de 40ha, d’une capacité de 4 000 000 m3 dont 900 000 m3 exploitables cet ouvrage joue un rôle important de régulateur et d’accumulateur ,cette installation a  toujours régulé l’écoulement des débits du fleuve en absorbant les pics du débit arrivant , par la suite la réserve d’eau créée a également été utilisée pour démoduler à l’échelle de la journée le débit maximum des éclusées de Vezins (54m3/s débit d’une crue biennale).                                              

 

La construction  du barrage de Vezins a créé une réserve d’eau  très importante de 19 000 000 de m3 Avec les possibilités offertes, de délestage et emmagasinage de la retenue, l’exploitation de l’usine de Vezins a toujours eu une incidence très bénéfique sur les petites crues en aval de La Roche qui Boit.

 

Bien des crues de la Sélune en arrivant dans la retenue de Vezins n’ont pas été perçues en aval de La Roche qui Boit.

 

Suite à des précipitations importantes, dès qu’elles apparaissaient probables, toutes  les crues de la Sélune à Vezins ont été gérées en anticipant un débit maximum autorisé (30m3/s)en aval de La Roche qui Boit afin d’obtenir un délestage substantiel de la retenue de Vezins qui ultérieurement permettait un bon emmagasinage dans un moment critique de la crue. (Pour information je rappelle qu’un débit supplémentaire de 15m3/s permet, en un jour, un délestage de la retenue de Vezins de 1,300 000m3 qui  conforte celui déjà existant)

 . 

 

J-L Varinot

 

Association Entre Lac et Mer

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Rédigé par jojo

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Publié le 26 Octobre 2020

Etang de Berre : « maintenant il faut arriver à fédérer »

Fin septembre une mission parlementaire proposait plusieurs pistes pour accélérer la réhabilitation de l'étang de Berre. Retour avec Didier Khelfa, président du syndicat mixte Gipreb sur les options proposées notamment concernant la gouvernance.

   
Etang de Berre : « maintenant il faut arriver à fédérer »
Didier Khelfa
12e vice-président de la Métropole d’Aix Marseille, délégué au budget, aux finances, maire de Saint-Chamas et président du syndicat mixte Gestion intégrée prospective et restauration de l'étang de Berre (Gipreb)
   

Actu-Environnement : La situation de l'étang de Berre s'est un peu améliorée avec la limitation des rejets de la centrale hydroélectrique, mais reste très loin du bon état écologique demandé par la Directive cadre sur l'eau. Beaucoup de rapports et d'expertises ont été produits sans que les solutions proposées ne soient réellement mises en œuvre. Comment expliquez-vous cette situation de blocage ?

Didier Khelfa : L'ensemble des acteurs de l'étang ont essayé de se faire entendre avec leur vision, leur prisme pour faire aboutir leur solution idéale : pour certains c'était la dérivation de l'eau douce actuellement déversée dans l'étang, pour d'autres la fermeture de la centrale hydroélectrique ou encore l'ouverture du canal du Rove, etc. Le problème rencontré a été la dissonance entre ces différentes voix. Je vais paraphraser le maire de Martigues, Gaby Charroux, qui disait que nous avons trop longtemps travaillé les uns contre les autres…Je crois qu'il a raison, maintenant il faut arriver à fédérer.

AE : Les deux derniers rapports sur la réhabilitation de l'étang ont estimé qu'il y avait un manque dans la gouvernance, l'échec de la réouverture du tunnel du Rove en est un exemple…

DK : L'échec de la réouverture du canal du Rove montre de ce qui peut arriver si nous ne parlons pas tous le même langage. Nous ne nous sommes notamment pas entendus sur qui portait la solution, quelle quantité d'eau devait être injectée, etc.

Peut-être que, nous, les élus locaux nous aurions pu accepter certaines propositions de l'Etat de l'époque… Je prends ma part de responsabilité en tant qu'élu. Désormais il faut aller de l'avant : nous aurions intérêt à privilégier une multitude de petites solutions qu'une grande opération après laquelle nous courrons pendant des années. Les questions touchent un territoire tellement grand que l'Etat et les collectivités territoriales doivent travailler main dans la main : nous devons trouver des solutions et les mettre en œuvre ensemble.

AE : La mission parlementaire propose, comme chef de file local, le Gipreb avec la prise de la compétence Gemapi ou la métropole d'Aix-Marseille-Provence. Qu'en pensez-vous ?

DK : Nous devons étudier quel est l'acteur qui pourrait être le plus efficace et le plus rapide à mettre en œuvre les actions : est-ce le Gipreb, plus léger, avec sa gestion autonome ou la métropole avec sa force financière et sa capacité à mobiliser ?

AE : La mission parlementaire propose également l'élaboration d'un schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage), qui sont notamment opposables. Quels sont les points de blocage à lever ?

DK : Les points de blocage vont être par exemple qui va porter le Sage, quels sont les partenaires, quelle place allons-nous donner à ces partenaires ? Car cela va impliquer la disparition de certains acteurs. Dans tous les cas, il faudra réunir l'ensemble des parties prenantes autour de la même table. Nous ne pouvons plus travailler chacun dans notre coin et faire nos propres propositions, nous ne sommes plus audibles : le monde associatif propose une piste, les élus une autre, l'Etat encore une autre… Nous devons parler d'une seule voix pour se faire entendre au niveau de l'Etat. Et pour cela se mettre autour de la même table, cela pourra également se faire à travers un nouveau contrat d'étang, renforcé, avec plus de moyens.

AE : Le rapport parlementaire montre toutefois que le contrat d'étang en place n'a pas été suffisant pour véritablement enclencher des actions.

DK : Le contrat d'étang - avec les faibles moyens qu'il arrive à mobiliser - a déjà mis en place un certain nombre d'actions : l'amélioration des rejets d'eau usée, l'aménagement de certaines rives, la réouverture de plages. Les habitants se sont réappropriés l'étang. C'est la politique des petits pas, mais elle peut être efficace à un moment donné.

AE : Il reste des problèmes de déversement d'orage, de gestion des eaux pluviales mais également de mauvais branchements. Qu'est ce qui pourrait être mis en place de façon concrète pour que cela change ?

DK : Un accompagnement des collectivités pour la modernisation de leurs stations d'épuration est nécessaire. Cela ne pourra se faire qu'à l'échelle métropolitaine puisque la métropole a pris la compétence assainissement et la gestion des eaux pluviales.  Il faudrait renforcer la police de l'eau et avoir des moyens coercitifs qui nous permettent de lutter contre les déversements par temps de pluie. Il n'est pas normal que nous devions systématiquement prendre des arrêtés d'arrêt de baignade. Un projet de station d'épuration demande plusieurs années pour sa mise en place, des financements et ensuite un suivi de son fonctionnement donc nous retombons sur la question des moyens. Il faudra travailler sur le programme pluriannuel pour renforcer et optimiser nos stations d'épuration. Mais l'impact ne pourra être que mesuré car les rejets de stations ne représentent moins de 10 % de l'ensemble des rejets dans l'étang.

AE : Parmi les pistes proposées par la mission parlementaire, certaines reprennent vos options, dont une nouvelle diminution des rejets de la centrale hydroélectrique, une dérivation, vers le Rhône, de l'eau douce actuellement déversée par EDF et la réouverture du canal du Rove. Qui pourrait porter ces projets et avec quels financements ?

DK : Nous pensons que la solution optimale serait la dérivation. Sur un projet comme celui-ci qui nécessite plusieurs milliards d'euros de travaux, il n'y a que l'Etat ou une très grosse collectivité - pourquoi pas la métropole – qui pourrait l'assumer. Les solutions qui avaient été envisagées à une époque permettaient à l'Etat d'engager des travaux et dans le cadre de la concession passé avec EDF de pouvoir très rapidement les amortir. Désormais les études doivent être actualisées. La dérivation demandera du temps pour sa mise en œuvre, entretemps d'autres solutions devront être engagées. Les députés proposent ainsi une nouvelle réduction de moitié des plafonds de rejet d'eau douce dans l'étang pour atteindre un quota de 600 millions de mètres cubes (m3). Ils se basent sur l'année 2019 où EDF a turbiné que 530 millions de m3 et l'étang s'est régénéré. Une compensation pourrait passer par un détournement d'eau : turbiner sur les centrales en amont puis après le turbinage de renvoyer une partie vers la nappe de la Crau par exemple. Depuis quinze ans, EDF poursuit son expérimentation du lissage et de la réduction des rejets alors qu'initialement elle était prévue pour quatre ans, à un moment donné, il faut agir.

Concernant la réouverture du canal du Rove, il faut réajuster et réactualiser les projets…Parmi les causes de l'échec de ce projet, figurent également une surestimation du coût des travaux.

Pour mobiliser des financements, la piste la plus probable reste malheureusement les collectivités : un soutien européen est hypothétique et nous connaissons les difficultés financières de l'Etat. Toutefois je ne désespère pas que si nous discutons ensemble nous pourrons trouver des solutions. Cela fait un moment que nous ne sommes pas autour de la même table.

AE : Pouvez-vous me préciser les motivations de votre plainte au printemps dernier auprès du Tribunal de Marseille ?

DK : L'objectif de notre plainte déposée auprès du tribunal correctionnel de Marseille est de faire reconnaître la responsabilité d'EDF dans le phénomène de la malaïgue, cette dégradation de la qualité de l'étang observé en 2018. Nous voulons démontrer qu'il est nécessaire de réduire les rejets. Selon nous lorsque EDF turbine au maximum autorisé en période estivale, cela abouti à des catastrophes.

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Rédigé par jojo

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