Monsieur Philippe Bas Sénateur à Mr le président des ADB
Publié le 17 Octobre 2014
Monsieur le Président,
Je souhaite vous faire part de mon avis dans le cadre de l’enquête publique que vous présidez. Je
regrette cependant qu’elle intervienne si tard dans le processus compte-tenu des décisions déjà
prises sur le projet de l'opération d'effacement des barrages de la Sélune.
Cette décision d’araser les barrages de la Sélune a soulevé, dans la population mais aussi chez les
élus, une incompréhension certaine. En effet, aucune consultation préalable n’a été effectuée pour
recueillir leur avis, réactions, inquiétudes, sur la mise en place d’un tel projet.
La concession du barrage de Vézins et l’autorisation du barrage de la Roche-qui-Boit sont échues
depuis la fin de l’année 2007. Leur exploitation s’est poursuivie selon une procédure dérogatoire dite
de « délais glissants » et est maintenue jusqu’à la vidange des barrages.
Le 13 novembre 2009, l’Etat décidait de ne pas renouveler l’autorisation d’exploitation
hydroélectrique de ces deux ouvrages dans le cadre d'un « plan d'action national pour la restauration
de la continuité écologique des cours d'eau », en soulignant par ailleurs que le classement de la
rivière et une directive européenne lui en faisaient l'obligation juridique.
J’avais immédiatement réagi à la décision d’araser les barrages en dénonçant une erreur grave pour
l'environnement, l'économie locale et les contribuables.
Malgré ces réserves formulées à l’encontre du projet, l'opération d'effacement des barrages et de
renaturation de la Sélune a été inscrite dans la "convention d'engagement pour une hydroélectricité
durable et cohérente avec la restauration des milieux aquatiques suite au Grenelle de
l'Environnement", signée le 23 juin 2010 entre l'Etat et 17 partenaires.
Une délégation d’élus du Sud-Manche, dont je faisais partie, avait été reçue en février 2012 au
cabinet de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l’écologie, du développement durable,
des transports et du logement.
Cette rencontre avait été l’occasion de réaffirmer la volonté d’obtenir le maintien des barrages de
Vezins et de la Roche-qui-Boit et de dénoncer la décision de destruction en soulignant son coût, les
risques de pollution liés à la vidange, les risques d'inondations en aval, l'intérêt de maintenir une
production hydroélectrique propre, et bien sûr l'avenir touristique de la Mazure.
L'électricité produite grâce à ces barrages avoisine la consommation d'une ville comme Avranches.
Elle est donc loin d'être négligeable.
Au cours de cette réunion, l’Etat, n’ayant pas renoncé à sa décision prise en 2009, avait pris un
engagement clair : le premier "coup de pioche" n’interviendrait pas tant que le plan de réhabilitation
de la Vallée n’aura pas été intégralement défini et financé. C’est le minimum que nous étions en
mesure d’attendre de sa part.
Dans ce contexte, une convention tripartite a été signée en mai 2013 entre l’Etat, le syndicat mixte
du Pays de la Baie du Mont Saint-Michel et le syndicat mixte du Bassin de la Sélune, pour mettre en
œuvre le projet de renaturation et de développement de la vallée de la Sélune. La décision d’effacer les barrages, si elle est confirmée, comporte deux risques environnementaux
majeurs: le danger des inondations, en particulier sur les secteurs de Ducey et de Poilley, avec la
suppression de la régulation des crues et les risques de pollution et d’apports de sédiments, libérés
par la destruction des barrages, dans la Baie du Mont-Saint-Michel.
Le développement économique est également touché. Une forte activité touristique s’est
développée autour des barrages et de leurs lacs, en particulier dans les domaines de la pêche et de la
randonnée. La mise en œuvre des mesures d’accompagnement économique avant l’abaissement des
plans d’eau devront répondre précisément aux attentes des acteurs socioéconomiques du secteur
compte-tenu de la situation de l’emploi que nous connaissons aujourd’hui.
L’Etat a mobilisé 15 millions d’euros pour la mise en œuvre de ce projet. 5 millions d’euros seront
consacrés au démantèlement des ouvrages, 5 millions d’euros seront alloués à la renaturation de la
rivière et de la vallée de Saint-Hilaire à la Baie, et une enveloppe minimale de 5 millions d’euros sera
débloquée pour accompagner les projets économiques, dont 2 millions d’euros pour un projet sur la
Mazure. Le coût de la vidange a été estimé entre 1 et 20 millions d’euros. La situation financière de
l’Etat rend difficilement concevable une telle mobilisation de crédits.
Alors que nous voulons développer les énergies renouvelables, l’effacement des barrages de la
Sélune nous priverait d'une production d'électricité hydraulique très utile localement.
Or, avant vingt ans, on cherchera à construire de nouveaux barrages hydro-électriques afin de
diminuer notre dépendance par rapport au pétrole et au nucléaire. Alors, pourquoi se priver
aujourd'hui de cette précieuse production hydro-électrique ?
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Philippe Bas
Sénateur de la Manche
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