Il y deux mois, un ministre venait enfin sur la Sélune ! Ségolène Royal

Publié le 11 Février 2015

Il y deux mois, un ministre venait enfin sur la Sélune ! Ségolène Royal mettait intelligemment un holà à la démarche de démolition des deux barrages lancée il y a 15 ans. Pour elle, il s’agit bien de déclencher une vraie réévaluation et pas de jouer par habileté une suspension temporaire genre « cesser le feu » mais il faut s’inquiéter de ce qui est répété mezzo voce depuis ce moment par l’agence de l’eau et les propres services du ministère. Certes depuis 15 ans beaucoup de ministres ont acquiescé à cette affaire mais le décalage entre la posture traditionnelle et ce que devrait déclencher la position prise en décembre 2014 par Mme Royal est frappant. Il n’est pas très loyal de faire comme s’il suffirait de quelques papiers supplémentaires à rédiger par les auteurs habituels pour permettre d’attendre le départ de cette ministre incontrôlable et de revenir à la perspective qu’on a cherché à rendre inéluctable en l’écrivant dans tous les textes nationaux et européens. Mais il y a un vrai risque que tout ceci donne à penser que la parole d’un ministre ne compte pas et qu’on ne peut faire confiance à rien.
Pour aider à s’y retrouver, je voudrais proposer les réflexions suivantes.
1) Dans les autres pays européens, on tire des mêmes textes des conclusions très différentes : il y a très peu d’arasement de barrages sauf problèmes de sécurité. Certes les Français ont-ils dans le passé promis à Bruxelles de démolir beaucoup de barrages hydroélectriques mais ce n’est ce que les autres pays retiennent comme norme. Ce décalage est facile à vérifier mais il faut le faire rapidement : si nos représentants à Bruxelles n’expliquent pas que l’analyse a changé chez nous aussi, il n’est pas étonnant que la Commission nous reproche de ne pas respecter ce que nous avions écrit ! Il y a 15 ans, nous pensions ici que l’électricité nucléaire remplacerait tous les autres modes de production et que nous irions vite et sans difficultés vers le « tout nucléaire ». Aujourd’hui, chacun en France reconnaît l’importance de la diversification et cherche donc à développer l’hydroélectricité chaque fois qu’elle est rentable. C’est notamment le cas lorsqu’elle permet le fonctionnement par éclusées et par pompage/stockage : l’opportunité est alors de compenser le caractère intermittent des autres énergies renouvelables, éoliennes et solaire en particulier. Il n’y a pas de vérité absolue mais on voit bien la contradiction entre la stratégie antérieure de suppression de beaucoup des barrages et ce qui est maintenant engagé.
2) Les discours développés depuis 15 ans parlent très peu des activités créées dans la vallée de la Sélune qui seraient supprimées par l’arasement des barrages : nautisme, pêche, tourisme… Pourtant les emplois en cause et l’intérêt pour les jeunes méritent autant de vigilance que les espèces migratrices affectées il y a 80 ans par la construction des ouvrages. Et ce n’est pas dans une période où le chômage progresse qu’il serait raisonnable de prendre le risque d’aggraver la difficulté.
3) Au départ, les décisions du genre « classement des rivières» étaient présentées comme sans conséquences négatives puisqu’elles ne s’appliquaient pas aux concessions existantes dont la durée garantissait une stabilité pour 10 ou 15 ans. Donc il n’y avait pas d’enjeu.
Mais aujourd’hui , quelles seraient les conséquences énergétiques de la suppression des 2 barrages ? Dans l’enquête publique récente, les questions sur les conséquences négatives ont été évacuées avec une réponse étrange « hors sujet : la décision de suppression a été prise en amont et on ne discute aujourd’hui que des modalités ». Pourtant, la valeur de la production actuelle représente un bénéfice de plusieurs millions d’euros par an. Il est certes facile d’expliquer à EDF que c’est microscopique dans son chiffre d’affaires et que l’Etat lui suggère de ne rien dire - surtout dans le département de Flamanville. D’ailleurs, une fois la concession expirée, tout appartient à l’Etat et c’est lui qui se pénalise lui-même en supprimant des installations viables. Dans les autres pays les équipements de ce type sont la propriété des entreprises d’électricité et une suppression impliquerait une expropriation et des indemnisations importantes : ce n’est pas le cas dans un système de « concessions à durée limitée » mais la perte est pourtant la même. Bref, le gaspillage est peut-être le double des 53M d’euros à payer par l’Agence de l’Eau qui ont fait sursauter Mme Royal.
4) En conclusion, ne faudrait-il pas vérifier au plus vite la faisabilité d’un schéma du genre de ce qui est suggéré par Didier Anger : prolongation de la concession aux mêmes conditions techniques jusque 2050 et rediscussion à cet horizon en fonction du mix énergétique réalisé à ce moment ? Cela pourrait d’ailleurs se faire dans le cadre proposé par la loi « transition » discutée au Sénat en février.

-- envoyé par alceste (p.vesseron@brgm.fr)

I

Rédigé par jojo

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S
Bonjour, j'aimerais savoir qui a écrit cet article?<br /> Provient il de Philippe Vesseron, Président du BRGM, ou d'une autre personne ? J'apprécierais que tous les articles soient &amp;amp;quot;sourcés&amp;amp;quot;, cela faciliterait leur compréhension et permettrait de mieux mesurer leur portée. Merci d'avance, Jojo, je sais que c'est déjà un gros boulot, qui permet d'élargir nos horizons! Sylvie
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