Quelques précisions concernant la réunion du 2 Mars au ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer par le président John KANIOWSKY

Publié le 6 Mars 2016

Bonjour à tous,

Comme promis, quelques précisions concernant notre réunion du 2 Mars au ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer. (Eh oui, il a changé d’appellation, mais heureusement pas d’adresse !)

Les participants : un responsable et trois conseillers techniques du cabinet de la Ministre, le Président de VALOREM et deux de ses ingénieurs chargés du projet de reprise, notre député G Huet et moi-même.

Après avoir été accueillis par la Ministre souriante et presque conviviale, nous avons entamé une séance de travail principalement consacrée à la présentation de VALOREM pour un maintien en activité des installations de Vezins et la Roche-qui-Boit.

 

Après une brève introduction de notre député, j’ai été invité à m’exprimer le premier pour présenter officiellement les résultats de notre « consultation populaire », les modalités de son organisation et du dépouillement qui s’en est suivi, ainsi que des motivations qui nous ont conduits à réaliser cette opération. Sachant que ces informations avaient été directement transmises à Madame Royal par Guénhaël Huet fin Novembre 2015, ses conseillers en ont seulement pris connaissance ce mercredi. J’ai formalisé ces informations dans un dossier que je leur ai remis et qui, semble-t-il, a retenu toute leur attention à laquelle s’est vite ajouté un léger brin de surprise. 98,89 % de la population locale opposée à la suppression des lacs et des barrages. Un palindrome qui n’a pas laissé nos interlocuteurs indifférents. Pour conclure, je me suis contenté d’un bref commentaire comparatif sur l’enquête publique de 2014 en émettant un sérieux doute sur sa crédibilité.

La parole a ensuite été donnée aux ingénieurs Valorem et au président du groupe. Je n’entrerai pas dans des détails techniques qui doivent rester strictement confidentiels.

Après sa visite du 4 Décembre 2014, Madame la Ministre a confié une mission au CGEIET et CGEDD dans le but de réaliser une expertise sur la faisabilité technique, économique et juridique de plusieurs scenarii quant au devenir des lacs et des barrages.

Leur analyse n’a pas fait émerger de solution de maintien ou de reconstruction, concluant à l’impossibilité de concilier « production hydroélectrique et restauration de la biodiversité du fleuve Sélune».

Renvoyant ainsi à un choix nécessairement politique entre le maintien des ouvrages pour la production d’énergie renouvelable et le démantèlement pour le rétablissement de la continuité écologique. A noter que le cas d’une reconstruction a également été étudié ; cette alternative n’étant pas recommandée.

Après avoir rappelé ce contexte, Antoine Poisson (Ingénieur responsable du projet) a décrit l’analyse et les premières propositions de Valorem concernant les aspects environnemental, sécuritaire, énergétique et économique du dossier. Il a choisi de traiter chacun de ces sujets en répondant aux conclusions de l’expertise CGEIET et CGEDD point par point.

Aspects environnementaux :

-       Franchissement piscicole : l’expertise conclut à une impossibilité.

  • Valorem a réalisé une étude comparative des solutions existantes et potentiellement adaptées. Il en résulte que les dispositifs de franchissement à bassins successifs ne peuvent convenir dans le cas de Vezins, compte tenu de la hauteur de chute. Les ascenseurs à poissons sont incompatibles avec la structure du barrage en voûtes. Les écluses (type Borland) ou autres aspirateurs (Whooshh), échelles « nids d’abeille » ne sont pas adaptés aux espèces cibles, ou insuffisamment matures.

    La solution envisagée (Et suggérée par la Ministre) consiste en l’installation d’un dispositif de capture / transport pour la montaison et la dévalaison, inspiré du système conçu par MI GA DO.

    Rappelons que la présence régulière de saumons en amont des barrages et avant leur construction n’a jamais été démontrée.

     

-       Gestion des sédiments : l’expertise met en évidence un phénomène d’eutrophisation, l’évacuation de boues vers l’aval, une pollution aux cyanobactéries pouvant impacter la production d’eau potable et empêcher toute activité aquatique.

  • Pour diminuer la pénétration de sédiments dans la retenue, Valorem envisage d’installer un dispositif de collecte de sédiments sur le seuil qui sera mis en place pour le franchissement piscicole. (Filtrage, récupération, stockage, transformation, revalorisation) Objectif : minimiser le taux de sédimentation de Vezins, réduire les risques, la fréquence (?) et les coûts des opérations de vidange.

    Le fonctionnement de la centrale en continu (pas seulement par éclusées) combiné à la démarche de gestion des sédiments permettra une diminution sensible du phénomène d’eutrophisation. Un fonctionnement en STEP (Pompage + turbinage) contribuerait doublement à une meilleure oxygénation des retenues.

    NB Un effort demeure nécessaire à l’échelle du bassin versant pour limiter la pollution d’origine agricole, domestique et industrielle.

     

-       Autres perspectives environnementales : le risque inondation et le soutien d’un débit d’étiage. L’expertise conclut que le rôle des barrages n’est pas démontré.

  • Valorem estime que les moyens de prévisions existants et son centre de prévision seraient un atout pour la prévision des crues et en retarder les effets, voire les limiter.

    Un éventuel assèchement du cours d’eau n’est plus à exclure en période estivale, ce qui pourrait créer des perturbations majeures pour l’écosystème de la Sélune en limitant son attrait pour les poissons, mais aussi des soucis d’alimentation en eau potable.

    Une augmentation du débit d’étiage pourrait contribuer à régler ces problèmes.

 

Aspects liés à la sécurité :

  •  

    Valorem préconise de couvrir la sécurité des accès et la sécurité des barrages eux-mêmes vis-à-vis des intempéries et de leur usure naturelle. La mise en place de clôtures / grillages est envisagée pour se prémunir d’éventuels actes de malveillance.

    La note d’expertise d’IRSTEA et du BETCGB met en évidence des pathologies potentielles liées au type de barrage. La maintenance corrective liée à l’exploitation passée des ouvrages devra être effectuée en amont de l’attribution d’une nouvelle concession. Des faiblesses étant déjà identifiées, une étanchéité et un colmatage des fissures sont nécessaires.

 

Aspects énergétiques :

 

L’expertise souligne la production modeste de Vezins et RQB, leur médiocre rentabilité et la viabilité économique d’une STEP pas assurée.

Valorem estime que, parce qu’ils sont déjà en place, la production (Même modeste à l’échelle nationale) de ces deux barrages mérite d’être sauvegardée. Une étude est actuellement menée sur le potentiel de rentabilité des installations actuelles moyennant un investissement pour les moderniser. La démonstration est faite que des optimisations sont possibles pour accroître les revenus et les marges.

« A l’horizon 2020, l’hydroélectricité présente un potentiel supplémentaire de développement de 3 TWh par an et de 3.000 MW de puissance de pointe, c’est 5% d’énergie renouvelable produite par an en plus. »

(Déclaration du Ministère de l’Environnement)

 

En résumé :

-       Modernisation nécessaire

-       Ajout d’un groupe de 500 KW à RQB

-       Augmentation du débit réservé jusqu’à 5 m3

-       Turbinage du débit réservé pour un accroissement des revenus des barrages

-       Construction possible d’une STEP de 5 MW sur un site particulièrement adapté compte tenu de la présence de deux bassins existants. (Projet inspiré de celui de B Wong pour ADB en 2012)

Malgré des conditions de marché qui ne leur sont pas actuellement favorables, les STEP occasionnent un regain d’intérêt très marqué. La valorisation dune STEP pourra à terme se faire sur plusieurs marchés : ajustement / vente sur le marché infra journalier, marché de capacité, réserve primaire et secondaire.

Les avis d’experts concordent sur le fait qu’un actif aussi flexible qu’une STEP verra sa valeur augmenter au fur et à mesure de la transition énergétique.

 

Aspects économiques :

Selon Valorem, un futur exploitant devra pouvoir bénéficier d’une situation apurée des problématiques écologiques et sécuritaires mises en évidence par l’expertise, à savoir :

-       Les opérations de vidange, curage, désenvasement, dépollution auront été effectuées.

-       Les ouvrages seront en état de reprise satisfaisant (Sécurité, étanchéité, absence de brèche).

L’expertise estime le coût  des ces opérations à 16,6 M€ alors qu’elle évalue celui de l’arasement et de la remise en état du site à 53,6 M€ à court terme, sans présager des dépenses envisageables à moyen et long terme pour développer et mettre en valeur la vallée de la Sélune sans ses lacs et ses barrages. Rappelons qu’en 2004, le coût complet de l’arasement des barrages et de la « renaturation » de la vallée était estimé à 290 Millions d’Euros.

C’est donc une dépense de 37 Millions d’Euros qui serait évitée à la collectivité si l’Etat optait pour l’attribution d’une nouvelle concession.

Je rappelle que cette réunion faisait suite à celle du 14 Octobre 2015. C’était une « réunion d’étape » dont le but était de faire un point sur l’avancement du projet de reprise de Valorem. Au terme d’un peu plus d’1H30 d’échanges fructueux et constructifs, nous sommes convenus d’une autre réunion en Juin qui devrait permettre à Valorem de présenter un projet développé et affiné répondant aux demandes de précisions que les Conseillers ministériels formuleront dans un prochain courrier.

En conclusion : Un espoir raisonnable mais bien réel, justifié tant par le sérieux des propositions de Valorem que par l’intérêt qu’elles suscitent au ministère.

Les Conseillers techniques avec lesquels nous avons échangé ont volontiers admis que ce qui était peut-être vrai en 2004 / 2009 pouvait ne plus l’être en 2016. Ainsi, nous ne sommes plus dans une logique d’arasement à tout prix, mais engagés dans une procédure de réflexion qui doit mener à une décision définitive à l’issue de la vidange, après inspection des ouvrages, et pas avant. D’ici là, aucune action irréversible ne devrait être entreprise, comme l’ouverture d’une « brèche », par exemple. Mais si une nouvelle concession devait être attribuée, elle ne pourrait l’être que pour « quelques décennies », sans doute 30 ou 40 ans.

Le potentiel d’optimisation de nos deux barrages rend possible la candidature de plusieurs opérateurs. Et pourquoi pas un partenariat ? C’est ainsi que Guénaël HUET et moi avons rencontré les représentants d’une société québécoise ce vendredi 4 Mars. Je me suis engagé à leur faire parvenir un dossier complet sur Vezins et RQB dès la semaine prochaine.

Pour finir, je voudrais remercier tous ceux et celles qui m’adressent des messages de soutien et qui nous aident à mener ce combat que certains considéraient comme perdu d’avance.

Bien cordialement à vous tous,

John KANIOWSKY

Rédigé par jojo

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