À Leugny, le vieux moulin produit non pas de la farine... mais de l'électricité

Publié le 7 Mars 2017

À Leugny, le vieux moulin produit non pas de la farine... mais de l'électricité
À Leugny, le vieux moulin produit non pas de la farine... mais de l'électricité
A Leugny, sur un bief de l'OUanne, le vieux moulin des lames a retrouvé son âme. © Jérémie FULLERINGER
 
Depuis quelques jours, le vieux moulin produit à nouveau. Pas de la farine, mais de l’électricité grâce à l’investissement conséquent de ses propriétaires, Bernard et Janine Dubois-Matra.

Lui aussi y pensait. Mais ce n’est que l’âge de la retraite venu que Bernard Dubois-Matra a engagé l’étude de faisabilité, destinée à redonner à son moulin la capacité de produire de l’électricité.

Bâti sur un bief de l’Ouanne, le vieux moulin à farine (*), transformé en scierie à la fin du XIXe siècle, a été équipé l’été dernier d’une roue à augets en acier. Un ensemble pesant près de deux tonnes, arbre compris.
 


 « Cela a pris pas mal de temps avant d’aboutir à la dépose de la vieille roue en bois et à l’installation de la nouvelle »

 

Bernard Dubois-Matra.  (Propriétaire du vieux moulin)

A l’instar de Delphine Picavat à Ligny-le-Chatel, le Poyaudin a suivi le même cheminement, entre étude de faisabilité, contraintes réglementaires et quête des professionnels capables de concrétiser son rêve. 

Désormais, c'est l'eau du Ouanne qui permet d'éclairer et de chauffer le moulin du couple. Photo Jeremie Fulleringer

C’est à La Comuaille, dans le Maine-et-Loire, qu’il les a trouvés. Spécialisée dans la restauration de moulin à vent et à eau depuis 1850, l’entreprise Croix a réalisé la roue. Mais c’est une autre entreprise de Saint-Genis Laval (Rhône), Allytech, qui a imaginé et installé le mécanisme en bout d’arbre permettant de transmettre l’énergie de « la roue qui tourne entre 1.500 et 1.800 tours/minute à un générateur qui tourne entre 1.500 et 1.800 tours/minute. Cet alternateur fournit un courant brut, transformé en courant alternatif. »

Un dispositif piloté à distance

D’une puissance de 6 kW, le dispositif tourne à environ 4 kW. Raccordé depuis peu au réseau EDF, il fournit en électricité la roue et la maison d’habitation. « Le surplus est injecté dans le réseau. » Coût total de l’installation : environ 85.000 €.

Depuis la grande armoire électrique, Bernard DUBOIS MATRA peut contrôler le bon fonctionnement de son installation. Photo Jeremie Fulleringer
 

Commentaire amusé du propriétaire :

« Autant dire que vu mon âge et la durée de l’amortissement estimée à 20 ans, j’ai peu de chance de voir l’installation un jour amortie. Mais c’est une manière comme une autre de faire quelque chose de ce vieux moulin que nous avons acheté fin 1974, et de participer au développement des énergies renouvelables. »

Désormais automatisé, l’ensemble du dispositif qui permet de réguler le niveau du bief a certes perdu un peu de son charme, au grand dam de Janine, l’épouse de Bernard.

« Tout est motorisé. C’est quand même moins joli que l’ancien mécanisme. Certes, on gagne en confort. Car, dès qu’un gros orage menaçait de gonfler l’Ouanne, il fallait que Bernard se dépêche d’aller ouvrir les vannes. »

Le dispositif piloté et surveillé à distance par la société Allytech permet au couple de profiter du chant de l’eau. En toute quiétude. 

 Photo Jeremie Fulleringer

Dans l'Yonne, l'hydroélectricité ranime les vieux moulins.Photo Jeremie Fulleringer

Cinq dossiers en cours. Une quarantaine de sites sur cours d’eau seraient recensés dans l’Yonne comme produisant de l’électricité.

En 2016, trois dossiers de remise en exploitation de moulins pour production hydroélectrique ont été accordés par le préfet, assortis de prescriptions environnementales pour les moulins situés sur les cours d’eau classés en liste 2 avec obligation de restauration de la continuité écologique.

Cinq dossiers sont actuellement en cours d’instruction ou en étude, dont certains ne font l’objet que d’une déclaration préalable, et d’autres d’une demande d’autorisation administrative au titre du code de l’environnement car il y a une augmentation significative de puissance.

Véronique Sellès
veronique.selles@centrefrance.com


(*) Dont la présence est attestée sur la carte de Cassigny. Au XVIIe siècle, ce dernier fut chargé par Louis XV de dresser la carte détaillé des moulins à eau et à vent du royaume. Les sites hydrauliques sont représentés par une petite roue.

 

Rédigé par jojo

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