Des inondations barrées ? La représentation des vulnérabilités en aval des barrages réservoirs

Publié le 28 Mai 2018

 

J'ai beaucoup apprécié la prise de parole récente de M. Matthieu Millet, créateur d'une entreprise devenue en peu d'années un des employeurs importants du sud de la Manche : il sonne l'alerte sur l'absence de vraies études sur l'augmentation du risque d'inondation que la suppression des lacs de la Sélune entrainerait dans la partie inférieure de la vallée - où vivent beaucoup de ses salariés.
Je m'étais plusieurs fois étonné que depuis une ou deux décennies les débats sur l'avenir de ce territoire aient été certes vifs mais bien peu "inclusifs": des infrastructures comme les deux barrages en cause ont quasi toujours des vocations multiples et des impacts de différentes natures, les diverses dimensions étant souvent partiellement ou fortement contradictoires... Oublier ou occulter telle ou telle d'entre elles conduit forcément à des processus de décision instables ! Souvent le débat résulte de l’oubli des interactions entre soutien d'étiage , gestion des plans d'eau et production d'énergie hydraulique ou hydroélectrique. Dans le cas de la Sélune , une autre occultation est frappante : aux différentes époques le concept d'inondation reçoit des sens très différents, le plus récent masquant les autres. Le résultat pourrait bien être qu'on ne dise pas clairement que la "renaturation" envisagée ne tranche pas seulement entre les préoccupations des défenseurs des différents compartiments de la biodiversité - en oubliant qu'elle impliquerait aussi la nécessité de revisiter la vision du risque d'inondation. Et M. Millet est bien légitime à alerter sur les conséquences qu'aurait pour son personnel un retour insuffisamment étudié aux inondations telles qu'elles existaient à l'aval jusqu'à la construction des barrages qui jouent "gratuitement" le rôle de régulateurs des crues depuis 80 ans. Tout ceci devrait faire l’objet de travaux à engager d'urgence , sur la prévision des crues, le carénage des structures, la bonne conciliation des différentes dimensions, .. : pour confirmer que la tentation d'oublier l'une d'entre elles est très classique , je recommande la lecture de travaux comme celui d’Alexis Metzger et James Linton. Les interrogations de la conclusion sont fascinantes, même avec les points d’interrogation sur la finalité d’une destruction: « S’agirait-il de reproduire artificiellement des aléas et comment s’en donner les moyens ? Ou de rendre les aléas moins « contraints » par la suppression d’ouvrages dits « de protection » ? »
On est proche de « l’heureuse faute » de Saint Augustin mais je doute beaucoup que cette destruction à finalité pédagogique ait été clairement expliquée ni à Nicolas Hulot ni aux salariés de M. Matthieu Millet !!!

Introduction Á l’exception notable des travaux analysant le risque de rupture d’un barrage, peu d’études questionnent la perception et la représentation du risque inondation par les habitants (voir...
journals.openedition.org
 

Rédigé par jojo

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