La presse venant de faire état d’une hypothèse : l’administration serait en train d’étudier une remise en eau de Vezins....
Publié le 24 Août 2018
La presse venant de faire état d’une hypothèse : l’administration serait en train d’étudier une remise en eau de Vezins, au moins temporairement, à la fin de la vidange en cours, quelques commentaires négatifs m’ont fasciné – et je voudrais en dire un mot, sans chercher à savoir quelle fraction de l’opinion s’y retrouve ou non. Pour faire bref, l’horreur serait-elle vraiment une situation temporaire qui serait suivie dans un an par une nouvelle étape de destruction des poissons : que veut dire ce désir de sortir une bonne fois des débats en rendant les choses irréversibles par le démontage d’équipements, lignes et machines ou la réalisation de brèches?
S’agit-il de lassitude et de l’acceptation de l’affirmation que – cette fois - l’Etat aurait pris une décision définitive ? Je voudrais proposer une autre piste de réflexion pour expliquer ce refus paradoxal par certains d’une remise en eau temporaire.
L’histoire de ce site me paraît marquée presque de manière caricaturale par une caractéristique souvent présente dans les conflits d’environnement des vingt dernières années : la difficulté à maintenir simultanément dans le champ du débat les différentes dimensions en cause. Le piège peut être de surinvestir études, concertations et actions dans les dimensions perçues comme seules sérieuses ou seules politiquement correctes : ne représenter la biodiversité que par l’évolution d’une espèce unique, réduire les questions du climat à la seule consommation d’énergie primaire, ne regarder ici que les enjeux de l’emploi industriel ou ailleurs ceux du seul monde agricole,…. La réduction du champ de vision peut se faire en donnant la parole à une seule science (dure ou molle), en sacralisant certains territoires ou certains points de vue , en diabolisant certains acteurs ( lobby nucléaire ou agrochimie par exemple) … Une telle réduction du champ des débats et des possibilités de recours a souvent l’image confortable de la modernité, de la réduction des conflits et de l‘accélération des processus de décision… Mais on connaît bien les dégâts que peut provoquer l’oubli de telle ou telle dimension dont les porte-parole n’auraient pas pu ou su se faire entendre quand il le fallait !
Presque tous les aménagements hydrauliques, barrages , digues,…, sont depuis des siècles "plurifonctionnels": l'eau potable, l'irrigation, la batellerie, la prévention des crues, le soutien d'étiage, les moulins et filatures, l'hydroélectricité, la faune, le tourisme,... Et les fonctions sont parfois convergentes, parfois contradictoires - sans oublier qu'elles changent mais on ne demande pas la destruction du pont du Gard ni du barrage des Settons simplement parce qu'on a trouvé mieux pour amener l'eau à Nîmes et pour flotter les bûches du Morvan vers Paris. Pourtant, cela vaudrait la peine de regarder comment on construit l'équilibre et le financement des fonctions "accessoires". Le droit est ici parfois solennel et robuste, parfois fragile et décrépi : depuis longtemps on a utilisé en France le concept de "concessions" sans trop élaborer sur ce qui pourrait être ou non demandé en cours de route au concessionnaire ni sur l'impact qu'auront au moment du renouvellement les idées genre loi Sapin , politiques thatchériennes ou libre concurrence européenne... Des situations devenues indécidables au moment où se jouera l’avenir des différents barrages peuvent très bien aboutir à quelques (petits) holdups et à quelques abandons en rase campagne...
Sur la Sélune, le point le plus fascinant pour moi est que depuis un quart de siècle on met très rarement en avant la fonction "régulation des petites crues " alors qu'au XIXème siècle on voit à l'aval tous les deux ou cinq ans l’impact des inondations. Il y aura beaucoup de leçons à tirer de cet oubli mais pour l'immédiat chacun peut consacrer sur ce point quelques heures de l'été à la lecture du texte de Ronan Leclair et du rapport Perrin (en comprenant que les pages 74 et seq sont aussi décapantes que le permet la langue de bois des inspections générales...). Et en contrepoint deux textes sur le PPRI a et b.
Que faire? Ceux qui n'ont pas su informer à temps les ministres et les différents acteurs ont bien sûr difficulté à le faire aujourd'hui mais on voit des demandes de mise à plat qui sont encore jouables (cf. interview REMADE ou lettres Ducey-Poilley). Il y a des degrés de liberté mais les choses sont urgentes, que le résultat soit de classer les barrages comme ouvrages de protection ou de faire financer par l'Etat la modification des installations électriques de chaque maison ou le rachat de tout ce qui serait à vendre dans les secteurs destinés à redevenir inondables à l’aval de Ducey.
Une "renaturation" qui serait simplement le retour aux "petites crues" du passé serait une perspective peu enthousiasmante pour les agriculteurs, les commerçants, les ménages, les entreprises, qui depuis un siècle sont protégés par les barrages.
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