Comment expliquer l’acharnement à affirmer que la suppression des barrages de la Sélune serait sans incidence sur le risque d’inondation ?
Publié le 20 Octobre 2018
Comment expliquer l’acharnement à affirmer que la suppression des barrages de la Sélune serait sans incidence sur le risque d’inondation ?
Il y a d’abord le fait que depuis un siècle, c’est-à-dire depuis la création des barrages, on n’a plus revu les «petites crues» qui auparavant entrainaient entre la Roche qui Boit et l’estuaire des inondations de quelque 30 ou 50 centimètres tous les 2 ou 5 ans. Et bien entendu la confiance a conduit à l’implantation dans la basse vallée d’équipements, entreprises, activités agricoles, commerces, habitations… Pas plus que le soutien d’étiage la prévention des inondations n’était-elle le but de la création des barrages de la Sélune mais EDF comme ses prédécesseurs privés ont la plupart du temps su utiliser la capacité de stockage dans les deux lacs pour « réguler les débits » alors même que le discours restait « les règles de gestion en vigueur sont de ne jouer aucun rôle en cas de crue » : certes les investissements n’avaient-ils pas été faits pour cela, certes le stockage temporaire des crues était-il souvent effectué au détriment de la production d’électricité, mais personne n’aurait compris qu’une capacité de stockage soit laissée inutilisée à un moment où des inondations auraient affecté la vallée. On l’a bien vu en 2000 quand des décisions malencontreuses ont provoqué des inondations à Saint Hilaire !
Ensuite, la question des crues biennales ou quinquennales n’ayant pas été étudiée correctement ces dix dernières années comme l’a pointé le rapport remis en 2015 à Mme Royal par les Inspections Générales, il était prévisible que les porteurs du projet de suppression « fassent assumer » par Nicolas Hulot en novembre 2017 en lui faisant écrire que cela serait sans impact sur le risque d’inondation. Hélas les crues de janvier 2018 auraient-elles dû conduire à reconnaître l’erreur de cette affirmation mais ce genre d’autocritique rapide n’est jamais facile, même si Nicolas Hulot n’a ensuite pas émis d’objection à la remise en eau du lac prévue pour l’automne 2018 , certes présentée comme temporaire.
Dans ces conditions, une pente « naturelle » depuis plusieurs années a été de laisser le débat se centrer sur les aspirations des différentes catégories de pêcheurs et sur l’intérêt respectif des différents compartiments de la biodiversité, dans le grand lac ou dans son amont, chacun des défenseurs de chaque espèce s’intéressant peu aux risques de crues dans la basse vallée. Et de répéter que la continuité écologique serait une obligation européenne, qu’il fallait que les élus et les habitants s’approprient cette lecture, que la production moderne d’électricité ne reposerait pas sur ce type d’infrastructures dont on va d'ailleurs dire qu'elles ont été ici mal entretenues quand EDF en avait la responsabilité, que la loi GEMAPI confiait maintenant aux collectivités la responsabilité de la prévention des inondations , …
Que faire aujourd’hui ? Il serait dangereux de continuer à faire comme si l’Etat propriétaire de ce barrage pouvait le détruire sans se soucier du rôle de protection contre les « petites crues » qu’il joue depuis un siècle, en pensant qu’il suffirait que les personnes concernées soient prévenues par SMS de l’imminence d’une crue sur le point d’inonder leurs biens les jours suivants… Comment l’Etat compte-t-il réaliser ou financer des actions alternatives de protection comme la mise hors d’eau des réseaux et installations électriques et électroniques ? Que ferait l’Etat pour protéger les emplois dans les activités développées à l’aval ? pour transférer les commerces et services ? pour compenser les préjudices ? Redouterait-on que ces préalables conduisent à remettre en cause le projet de suppression du barrage ?
En tout cas, ce serait une faute de croire que ce qui est aujourd’hui répété sur les « petites crues » suffirait pour permettre de porter un préjudice grave à ceux qui seraient exposés à des inondations dans les 2 prochaines années si des équipements électriques ou mécaniques sont supprimés ou si des actions sont engagées sur les structures du barrage . Le débat sur la recherche de responsables serait hélas une piste classique a posteriori, avec des mises en cause successives dans les milieux des experts, d’EDF, des administrations… On devra encore passer beaucoup de temps à explorer la jungle des directives européennes sur l’eau puis sur les inondations, à parcourir la forêt des PGRI, PPRI, PAPI ou GEMAPI , à préparer les futures jurisprudences sur la responsabilité sans faute,… : il faudra le faire mais il y a urgence à répondre à ceux dont les biens ou l’emploi seraient affectés dans les 2 ans qui viennent. A ce stade on les voit mal accepter que l’Etat devenu par héritage propriétaire de ces ouvrages de protection y fasse démonter un seul boulon sans dire comment la prévention des crues serait assurée dans l’avenir !
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