Pourquoi le Département de la Corrèze s'oppose à la destruction du barrage abandonné sur le Chavanon ?
Publié le 11 Février 2019
Publié le 09/02/2019 à 08h37

Président du Conseil départemental de la Corrèze, Pascal Coste a l'habitude des phrases aux allures définitives. Mais celle qu'il a prononcée devant des élus locaux du canton d'Ussel/Eygurande risque de provoquer une certaine crispation du côté d'EDF : " Mettre des milliers d’euros pour supprimer un barrage, j’y suis opposé". L'élu a tout même prévu une (petite) porte de sortie : " Je peux évoluer, mais il va falloir qu’on me donne des éléments sérieux".
Depuis des mois, EDF, et d’autres partenaires comme le Parc naturel régional de Millevaches, peaufine un programme de restauration du cours naturel de la rivière Chavanon, qui sépare Corrèze et Puy-de-Dôme.
Projet d'ampleur : 700.000 euros pour restaurer le cours naturel du Chavanon en Corrèze
Il s'agit de détruire les fondations d’un barrage, un ouvrage en béton de dix mètres de haut, situé entre Feyt (Corrèze) et Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme). Ce sont les restes d'un chantier abandonné dans les années 1920.
Depuis presque cent ans, le cours du Chavanon est détourné pour un projet ensuite abandonné
La prise de position de Pascal Coste n'a rien d'anecdotique. L'élu corrézien est aussi à la tête de la commission locale de l’eau (CLE) de Dordogne amont, une sorte de parlement qui représente les usagers de l’eau de six départements (Puy-de-Dôme, Creuse, Cantal, Corrèze, Lot et Dordogne).
L'élu se prononce pour une réutilisation de l'ouvrage abandonné, le Chavanon étant un affluent important de la Dordogne. "Si on n’avait pas les barrages sur la haute vallée, on serait incapable de soutenir l’étiage en saison sèche et touristique en aval, estime Pascal Coste. Et ça ne va pas s’arranger avec le réchauffement climatique. Il faut trouver des solutions pour stocker les surplus d’eau de pluie qui tombe en hiver".
"Je reçois régulièrement des demandes
de la part d’investisseurs à la recherche
de sites hydroélectriques"
Pascal Coste
Le président du Conseil départemental va même plus loin : " Je reçois régulièrement des demandes de la part d’investisseurs à la recherche de sites hydroélectriques", laissant entendre qu'un nouveau projet pourrait très bien être relancé.
Derrière ses prises de position, se cachent d'autres intérêts. Propriétaire de la concession du barrage abandonné du Chavanon, EDF n'a sans doute pas envie de voir un concurrent venir s'y installer, d'où un certain empressement à vouloir détruire les fondations. Le Département de la Corrèze serait du même coup privé d'hypothétiques rentrées financières, même si le dossier du renouvellement des concessions des ouvrages hydroélectriques actuels de la vallée de la Dordogne est dans l'impasse depuis 2012.
Les concessions hydroélectriques toujours dans le flou (nov. 2016)
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