Les questions d'inondations de la Sélune sont trompeuses:
Publié le 30 Mars 2019
Les questions d'inondations de la Sélune sont trompeuses: quand l’État propriétaire du barrage décide de le supprimer, chacun attend bien entendu qu'il supporte les conséquences négatives de sa décision. Facile à dire mais comment être plus précis quand la "renaturation" obligerait de se référer à un état de nature qui a disparu il y a un siècle?
La comparaison entre les volumes qu'impliquerait une "crue centennale" et les 20 millions de mètre-cube du grand lac conduit vite à la conclusion que l'existence des barrages ne changerait sans doute pas grand chose aux inondations que provoquerait un événement de ce calibre. Et depuis 25 ans on a fait répéter cela aux ministres , souvent hélas en leur faisant "par simplification" dire uniquement "pas d'impact sur le risque d'inondation"! C'est bien entendu radicalement faux pour les "petites crues" qui se produisaient tous les deux ou cinq ans: la même réflexion sur les volumes le montre à l'évidence. Bien entendu aussi la performance d'un ouvrage de ce type pour la prévention des inondations dépend de la manière dont l'exploitant pilote les vannes et équipements : ici comme ailleurs, il y a eu des échecs dont personne ne se vante trop mais pour l'essentiel l'aval a été protégé des inondations classiques au XIXème siècle.
Que l’État doit-il faire s'il confirme son intention de supprimer ces barrages?
La raison voudrait qu'il réalise lui-même ou au moins finance les travaux nécessaires pour renforcer la résistance des habitations, commerces, exploitations,... entre la Roche qui Boit et l'estuaire : l'ordre de grandeur du budget total de l'opération (plus de 60 M€) ne serait sans doute pas bouleversé mais cela peut prendre deux ans. Surtout, cela impose de reconnaître immédiatement que le dossier "inondations fréquentes" n'a pas été bien étudié, aveu qui représente un coût politique indéniable. Mais, à l'inverse, continuer à répéter que la suppression ne changerait rien au risque d'inondation à l'aval pourrait très bien conduire à des tensions graves si une crue comparable à celle de janvier 2018 devait se produire dans les deux ans qui viennent : ceux dont les conditions de vie seraient affectées ou ceux dont les biens perdraient leur valeur ne manqueraient pas d'exprimer leur mécontentement. Le coût économique pour l’État de la première hypothèse serait remplacé par un coût (forcément plus important) pour les inondés (et leurs assureurs ??). Le coût politique serait pour sa part sans doute différé mais très alourdi si la réaction est forte.
Bref, le choix va être difficile mais il est urgent.
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