Un "acte II du quinquennat" sans grand changement de décor
Publié le 13 Juin 2019
Organisation territoriale, élus et institutions
Environnement
Au fil de sa déclaration de politique générale ce 12 juin à l'Assemblée nationale, Edouard Philippe a précisé la feuille de route se son gouvernement avec pour ambition de répondre à "l'urgence" économique, sociale, écologique et politique. Comme prévu, le volet écologie et énergie a occupé une place importante avec, notamment, la volonté de remettre à plat l'ensemble des aides à la rénovation énergétique. Sur le volet social, peu d'éléments nouveaux par rapport aux annonces d'Emmanuel Macron fin avril. Quant à la réforme de la décentralisation, c'est ce jeudi 13 juin devant le Sénat que des précisions devraient être apportées.
Un "acte II du quinquennat" pour répondre à "l'urgence" économique, sociale, écologique, politique. Un "intense agenda de transformation" porté par "un profond changement de méthode" et un "changement de ton" tout autant que par un souci de "constance" et de "cohérence"... Comme prévu, la déclaration de politique générale d'Edouard Philippe prononcée ce mercredi 12 juin à l'Assemblée nationale s'est placée dans le droit fil de la conférence de presse élyséenne du 26 avril et du lancement le 6 mai à Matignon de la "mobilisation générale" post gilets jaunes. Et dans la continuité des chantiers gouvernementaux déjà entamés ou annoncés.
"L'ambition écologique" est "au coeur de l'acte II" du quinquennat, a affirmé Edouard Philippe. "Plus personne n'a aujourd'hui le monopole du vert", a-t-il argué en préambule. "Oui, j'ai mis du temps (...) à considérer que ces enjeux étaient aussi urgents que la défense de l'emploi ou la sécurité", a-t-il admis, évoquant le rôle de la mobilisation de la jeunesse et le constat de la dégradation environnementale et climatique "qui menace notre santé et la biodiversité". "Je connais les soupçons me concernant. Je viens de la droite, j'ai travaillé dans une grande entreprise française du nucléaire (Areva, ndlr), je suis élu d'une ville industrielle, je ne pourrais donc ni rien comprendre, ni rien faire. Je trouve que c'est faire peu de cas de ma culture politique, de mon expérience au Havre et de ces deux années de gouvernement". Toutefois, "je ne me ferai pas passer pour un autre. Je ne suis pas un défenseur de la décroissance", a-t-il ajouté, prônant "un nouveau modèle économique qui produise des richesses, donc de l'emploi, sans salir, sans contaminer, sans détruire".
"Les douze prochains mois seront ceux de l'accélération écologique", a donc assuré le Premier ministre. "Le premier axe de notre plan de bataille, c'est de rendre plus propre notre économie, et tout d'abord notre manière de produire notre énergie et de nous déplacer". Dans cette optique, Edouard Philippe a souhaité que les projets de loi d'orientation des mobilités et sur l'énergie et le climat soient adoptés "avant l'été".
Le gouvernement sera également celui qui actera la fermeture de la centrale de Fessenheim "avant fin 2020" et celui qui aura adopté un "chemin crédible" de réduction de la part du nucléaire d’ici à 2035, développé les énergies renouvelables "et notamment l’éolien en mer". L’an dernier, a rappelé le Premier ministre, "nous avons concrétisé et considérablement baissé les coûts de six appels d’offres qui étaient bien mal partis. Aujourd’hui, le projet au large de Dunkerque démontre que les coûts baissent encore plus vite quand les projets sont bien montés. Nous pourrons ainsi augmenter le rythme des futurs appels d’offres à un gigawatt par an."
"Nous finaliserons d'ici à la fin de l'année les contrats de transition écologique à Gardanne, Cordemais, Saint-Avold et au Havre où les centrales à charbon fermeront d'ici à 2022", a-t-il poursuivi. "Le succès de la prime à la conversion pour un véhicule moins polluant nous permet de doubler notre objectif, s'est-il félicité. Nous visons désormais un million de familles d'ici la fin du quinquennat." "Nous donnerons une nouvelle orientation à notre politique hydroélectrique, a-t-il promis, en réponse à l'opposition de nombreux élus à l'ouverture à la concurrence des barrages. En la matière, on ne régule pas seulement une production électrique mais des vallées et des régions entières. Nous respecterons bien entendu le droit européen mais nous n'accepterons pas le morcellement de ce patrimoine commun des Français." Il entend également négocier avec la Commission européenne "une nouvelle régulation du prix de l’électricité pour que les Français bénéficient davantage de la stabilité et de la compétitivité que nous donnent nos investissements passés".
Le gouvernement compte en outre donner aux citoyens "les moyens de se chauffer sans polluer ni payer toujours plus". "Nous remettrons totalement à plat les aides existantes à la rénovation énergétique" des bâtiments, jugées trop "complexes" et "profitant en réalité aux ménages les plus riches", a annoncé le locataire de Matignon. "Nous transformerons donc le crédit d'impôt de transition énergétique en une aide plus massive, versée en faveur de ceux qui en ont le plus besoin", a-t-il dit. "A part dans le logement social, a-t-il poursuivi, nous ne disposons pas des leviers efficaces pour venir à bout des passoires thermiques qui plombent le climat et le pouvoir d’achat de nos concitoyens". Aussi, "les députés feront des propositions" pour "réussir à mobiliser les financements publics et privés, et raisonner au-delà des normes et des obligations, même si elles sont nécessaires". Son ambition est de "réitérer le succès en matière de rénovation énergétique que Jean-Louis Borloo avait pu avoir avec l’Anru en son temps sur des problématiques et des complexités, au fond, assez comparables".
Le "deuxième axe" de cette politique écologique sera de "rompre avec le gaspillage". Édouard Philippe a rappelé avoir annoncé début juin la "volonté d’en finir" avec ce réflexe qui consiste "à jeter ce qui ne peut être vendu", une "première dans le monde". Cette mesure sera contenue dans le projet de loi pour une économie circulaire qui sera inscrit dans les trois "priorités" de l'Assemblée nationale pour la rentrée en septembre et doit être présenté en conseil des ministres début juillet.
La loi prévoira notamment la possibilité d'imposer l'incorporation de plastique recyclé dans toutes les bouteilles en plastique à usage unique (comme la directive sur les plastiques à usage unique l’impose) et pour "interdire progressivement les boîtes plastiques qui ne sont pas constituées de plastique recyclé", a-t-il dit. Alors que le gouvernement a "déjà acté la suppression des produits plastique à usage unique les plus néfastes", a-t-il souligné, il a affirmé que "tous les produits en plastique jetables seraient bannis" de l'administration à compter de 2020. Pour atteindre l’objectif 100 % de plastique recyclé, le gouvernement lancera également "dans les prochains jours" une concertation avec les collectivités pour la mise en place d’une consigne sur certains emballages. "Les collectivités d’outre-mer pourront, si elles le souhaitent, en devenir des territoires pilotes."
Pour "produire et manger mieux", Edouard Philippe a assuré que la France se "battra" à Bruxelles "pour garantir" que le budget de la future politique agricole commune (PAC) sera à la hauteur de la transition écologique.
Enfin, le gouvernement souhaite faire des Français les "premiers acteurs de la transition écologique", avec le lancement de la convention citoyenne, cette assemblée de 150 citoyens voulue à l'issue du grand débat et qui doit être réunie dans les semaines à venir. Cet "exercice de démocratie participative inédit" rendra ses conclusions "début 2020", a indiqué Edouard Philippe. Le gouvernement "s’engage à [les] traduire" en projet de loi ou en mesures réglementaires et "pour les plus puissantes" à les soumettre à référendum, comme l’avait déjà annoncé Emmanuel Macron.
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