Philippe Vesseron commente
Publié le 15 Juillet 2019
Vezins 2019 Victimes de leurs propres oeillères ?
La décision de l’Etat de supprimer le barrage de Vezins a été attaquée devant le Tribunal administratif de Caen. Au début du mois, le Tribunal avait indiqué son intention de rendre sa décision le 12 juillet. Surprise : ce jour-là, on apprend à la fois que la décision du Tribunal est renvoyée à plus tard et que l’Etat fait commencer sans attendre la démolition de l’ouvrage.
Que l’administration n’ait pas scrupule à traiter ainsi la juridiction est grave et ne peut qu’accélérer la perte de confiance : le débat sur la Sélune concerne bien plus que l’appréciation de l’intérêt respectif des poissons locaux ou migrateurs, la suppression d’une infrastructure créée il y a un siècle ayant forcément des conséquences sur les activités et la valeur des biens dans toute la basse vallée.
Mais cette atteinte à la confiance s’ajoute à des épisodes antérieurs de questions restées sans vraies réponses. Ainsi :
1) La suppression du barrage de Vezins est-elle vraiment rendue nécessaire par les directives européennes ? L’affirmation a fait débat, surtout puisqu’il a été dit aussi qu’il s’agirait d’un chantier sans équivalent en Europe … Alors, surtransposition ?
2) La vidange du lac était-elle rendue nécessaire par l’obligation de procéder à la vérification de la structure du barrage ? C’est ce qu’a expliqué Ségolène Royal mais dès que le lac est vide on affirme que le barrage est en bon état…. et on commence sa démolition !
3) La suppression du grand lac augmentera-t-elle le risque d’inondations dans la basse vallée ? On a fait dire très fort par les ministres , de Delphine Batho à Nicolas Hulot, que cela ne changerait rien au risque de la crue centennale… en essayant de faire croire que cela entraine la même réponse pour les inondations qui avant 1920 se produisaient tous les cinq ans – sinon chaque année…
4) Pour mieux résister aux débordements et inondations, plusieurs actions sont possibles : modifications des constructions publiques et privées existantes, des commerces, équipements et habitations, transformation de la Roche qui Boit, création de structures, digues et zones d’expansion, pour contribuer à la régulation des crues,… : ceci sera-t-il bien financé par l’Etat ? Réponse : à voir avec le tribunal de Caen… Dans la situation actuelle, on ne peut que sourire de ce renvoi à un tribunal dont on n’attend même pas la décision avant de commencer la démolition ! Il y a une initiative urgente à prendre par l’administration ou le Tribunal.
Bref, si rien ne bouge et si une inondation se produit au prochain printemps, tout est en place pour une situation explosive !
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