Philippe Vesseron
Publié le 29 Juillet 2019
Sur la Sélune, les longs débats sur la biodiversité et l’hydroélectricité ont conduit depuis 15 ans à faire perdre de vue trois autres enjeux: la réserve d’eau douce, le soutien d’étiage, la prévention des crues . Il est urgent revenir sur les causes d’un « oubli » qui entraine des risques évidents dès maintenant , crises en cas de sécheresse ou d’inondations.
La démolition du barrage de Vezins est largement engagée alors même que ni son propriétaire ni une aucune autorité ni les juridictions n’ont encore répondu à la question : comment sera compensée l’augmentation des risques de sécheresse ou de crue ?
Comment expliquer cette situation ? Comment la corriger au plus vite ?
L’Etat cumule ici tous les rôles, propriétaire de l’ouvrage, autorité de gestion des risques majeurs, autorité en charge des polices de l’eau et de la pêche, rédacteur des décrets qui classent telle masse d’eau ou tel segment de rivière, …. Cette concentration des responsabilités sur les épaules de l’Etat est-elle une source de rationalité des décisions ? Pour ceux qui subiront les pertes de valeur et pertes d’exploitation , est-ce une garantie d’une indemnisation par l’Etat ? Le cumul n’est-il pas tout au contraire une des causes de l’oubli des risques ?
1) On répète que les investissements de Vezins ont été motivés et financés par l’hydroélectricité et non par l’objectif de réguler le fleuve. Certes , mais depuis un siècle on a largement perdu de vue la situation « naturelle » antérieure, en particulier les inondations qui marquaient la basse vallée tous les 2 ou 5 ans jusque 1920.
2) On assigne aujourd’hui des obligations claires au maître d’ouvrage (qu’il soit une entreprise , un organisme public ou privé, une collectivité,…) qui prépare un projet un peu important : d’une part présenter une étude robuste des impacts sur l’environnement et d’autre part expliciter les actions qu’il envisage pour les éviter, les réduire ou les compenser (démarche ERC). Ici, ce qui devrait incomber au maître d’ouvrage est quasi systématiquement remplacé par une réponse d’autorité : ainsi, pour le risque d’inondation, on focalise sur les servitudes relevant du PPRI, ce qui conduit forcément à se concentrer sur la « crue centennale », en laissant sans vraie réponse les questions des « petites crues ».
3) Les questions de régulation du fleuve, crues ou étiage , relevaient jusqu’à présent d’une consigne au concessionnaire qu’on pourrait appeler « transparence » : en cas de crue ou de sécheresse, le débit sortant est calé sur le débit entrant. Ceci masque complètement l’importance des actions prévisionnelles les jours précédents… et conforte un « discours » affirmant « la suppression de Vezins sera sans impact sur les risques ». Les études effectuées (de 2002 à 2014) ont été par euphémisme qualifiées en mars 2015 de «peu convaincantes » mais poussaient assez fortement à continuer à privilégier les débats sur la protection de la biodiversité et la mise en valeur de l’énergie hydraulique.
4) La faible importance accordée aux dimensions réserve d’eau/ sécheresse/ crues conduit directement à accorder peu de place aux démarches « réduire » et « compenser ». Pourtant, beaucoup d’actions devront être menées dans la basse vallée pour compenser la suppression de Vezins: modifier les constructions existantes et notamment leurs installations électriques, agir sur les rez de chaussée dans l’ensemble de la zone qui va redevenir inondable, reconfigurer les fonctions de la Roche qui Boit (soutien d’étiage, tourisme, …), recréer un ou des lacs à l’amont du barrage actuel de Vezins,… Bien entendu, reconnaître la possibilité et la nécessité de telles actions conduit immédiatement à affirmer qu’elles devront être incluses dans le budget et le planning du projet du maître de l’ouvrage de la suppression . A aucun moment les ministres n’ont donné l’impression qu’ils pensaient raisonnable de faire des économies sur ces points ni d’en faire supporter les coûts aux habitants ou aux collectivités.
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La canicule actuelle comme les pluies du printemps 2018 montrent clairement l’urgence de corriger « l’oubli » des trois dimensions réserve/étiages/crues. A court terme, une réponse pourrait être apportée par les juridictions de Caen ou de Nantes mais il serait aussi possible que l’Etat « maître d’ouvrage » prenne l’initiative de réévaluer la situation.
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