Face la multiplication des arrêtés anti-pesticides, le gouvernement a ouvert une consultation publique
Publié le 17 Septembre 2019
Le gouvernement a lancé, ce lundi 9 septembre, une vaste consultation publique sur les distances minimales à respecter entre habitations et zones d’épandage de pesticides, obligé d’anticiper sur son calendrier initial après les polémiques nées de tentatives de régulation locale par des maires.
La consultation publique en ligne, lancée ce lundi 9 septembre, d’une durée de trois semaines et ouverte à tous, porte sur les distances minimales à respecter entre habitations et zones d’épandage de produits phytosanitaires agricoles dans tous les départements où aucune charte locale n’aura été signée, a indiqué le ministère de l’Agriculture.
Devant la multiplication des arrêtés antipesticides pris par les maires en France à la suite du maire de Langouët en Bretagne, le gouvernement a proposé samedi 7 septembre de fixer cette distance minimale à 5 mètres pour les cultures dites basses (céréales par exemple) et à 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes ou l’arboriculture.
Il justifie cette décision par les préconisations scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) allant en ce sens.
L’objectif ? Un décret pour le 1er janvier 2020
La consultation « sur le modèle du grand débat », selon le ministère de l’Agriculture, devait être ouverte simultanément sur les sites du ministère de la Santé, de la Transition écologique et solidaire, et celui de l’Agriculture et de l’alimentation. Mais lundi soir, elle ne figurait que sur le seul site du ministère de l’Agriculture.
Elle durera jusqu’à fin septembre, et ses résultats seront analysés et dépouillés pendant deux mois afin d’élaborer un décret qui doit entrer en application le 1er janvier 2020, dans les zones où aucune charte départementale n’aura été signée.
Une consultation avancée sous l’effet des polémiques
Elle devait initialement démarrer le 1er octobre, mais elle a été avancée sous l’effet des polémiques créées par un arrêté municipal très médiatisé pris par le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) Daniel Cueff, suivi d’autres élus locaux. Son arrêté interdisait l’utilisation de produits phytopharmaceutiques à moins de 150 mètres d’habitations. Il a été suspendu par la justice administrative.
Parallèlement, d’autres négociations locales dans les préfectures se poursuivent entre ONG, agriculteurs et élus pour l’élaboration de chartes départementales sur l’utilisation des pesticides. « Le cousu main de ces chartes prévaudra sur le décret » a prévenu le ministère. À ce jour, huit ont été signées.
« Intelligence locale »
« Nous croyons à l’intelligence locale : si une charte institue une zone de non-traitement à 8 mètres ou au contraire à 50 mètres d’un bâtiment, c’est elle qui prévaudra sur le cadre national » a indiqué le ministère.
La FNSEA, principal syndicat de la profession agricole, a indiqué ce week-end son soutien aux « solutions locales » pour encadrer les épandages de pesticides.
« L’objectif c’est de développer les chartes, le dialogue sur le terrain avec les maires et les associations de riverains, pour qu’on puisse trouver des solutions où tout le monde s’y retrouve », a indiqué Christian Durlin, vice-président de la commission environnement.
« 150 mètres, c’est non »
La Coordination rurale a en revanche exprimé ses doutes sur la création de telles chartes : « Qui va représenter la société civile dans les préfectures ? On ne le sait pas », a constaté Bernard Lannes, son président, lundi lors d’une conférence de presse à Paris.
« Si on reste avec ce type de charte, tout le monde s’assoira dessus », a-t-il assuré en rappelant l’échec, selon lui, de la charte que les agriculteurs avaient signé avec les industriels et la grande distribution à l’issue des États généraux de l’alimentation.
« De trois à cinq mètres ce sont déjà des milliers d’hectares » enlevés à la production agricole, « mais 150 mètres, c’est non, car ça représente des millions d’hectares », a-t-il ajouté.
Bernard Lannes a également rappelé que l’Anses avait déjà déterminé pour chaque produit phytopharmaceutique homologué la zone de non-traitement appropriée en fonction de la santé humaine.
« Données vieilles de 30 ans »
Du côté des ONG, l’association Générations futures a dénoncé lundi « les carences de cette évaluation » de l’Anses. « Ce n’est pas l’Agence qui est en cause mais la méthodologie à la fois obsolète et limitée imposée par le document guide de l’EFSA (Agence européenne) de 2014 pour l’évaluation des pesticides suivie par l’Agence », assure-t-elle.
Selon l’association, le projet de réglementation est fondé sur des « données vieilles de plus de trente ans ».« Moi aussi, j’adorerais qu’on n’utilise plus aucun produit chimique » pour traiter les cultures, a tempéré la ministre de la Santé Agnès Buzyn dimanche, mettant néanmoins en garde, en tant que médecin, contre le risque de retour de « maladies disparues » sur des végétaux, et donc potentiellement dans l’alimentation, si aucun traitement n’était plus utilisé.
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