À Saint-Malo, un projet immobilier mis à l'arrêt pour protéger la biodiversité
Publié le 21 Novembre 2019
« Il existe également un intérêt public qui s'attache à la préservation de zones humides », a estimé le tribunal administratif pour motiver sa décision.
Par Le Point.fr
Pas moins de 800 logements neufs doivent sortir de terre d'ici à 2030 dans un atypique quartier de la cité corsaire. Photo d'illustration.
© Kazuki Wakasugi / The Yomiuri Shimbun / AFPC'est un projet immobilier plus qu'alléchant. Des maisons individuelles et collectives ici, des espaces de loisirs, un carrefour et de nouvelles places de stationnement là… Le tout à quelques centaines de mètres des plages de Saint-Malo. Tous les quatre ans, les heureux propriétaires pourraient même faire quelques pas jusqu'à la pointe de la Varde pour observer au plus près la flotte de navires de la Route du rhum. Au total, ce sont pas moins de 800 logements qui doivent sortir de terre d'ici à 2030 dans cet atypique quartier de la cité corsaire. Dans les cartons depuis plusieurs années, le projet a d'ailleurs reçu toutes les autorisations administratives nécessaires pour donner les premiers coups de pelleteuse le 7 octobre dernier.
Si les promoteurs et les acteurs politiques locaux, ardents défenseurs du projet immobilier, pensaient le dossier bien ficelé, ils ont pourtant reçu un sérieux revers judiciaire. Le 12 novembre dernier, la juge des référés du tribunal administratif de Rennes a réclamé l'arrêt des travaux. Le projet interroge d'autant plus les riverains. Car pour faire sortir ces 800 logements de terre, plus de la moitié de la zone humide doit être détruite. Une aberration écologique pour Thilo Hane, présidente de l'association Rothéneuf Environnement, qui rassemble les riverains opposés au projet : « Une zone humide n'est pas là par hasard, elle a plusieurs fonctions. Comme un tampon, elle peut retenir momentanément des quantités d'eau et limiter les inondations ou éviter les pertes dans les nappes phréatiques lors de sécheresses. Une zone humide stocke le carbone et c'est un habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales. »
Ainsi, dans sa décision, le tribunal administratif a estimé que le projet immobilier apparaît à contretemps des réalités environnementales. Le juge pointe notamment l'absence de « recherche d'une autre implantation du projet afin d'éviter de dégrader la zone humide », mais, surtout, remet en cause le fondement de l'intérêt public de l'urbanisation invoqué par la mairie de Saint-Malo. « Il existe également un intérêt public qui s'attache à la préservation de zones humides », a appuyé le tribunal dans sa décision du 12 novembre.
Selon un rapport de France Habitat (l'organisme de prospective placé sous l'autorité du Premier ministre) publié en juillet, entre 16 000 et 61 000 hectares sont soustraits à la nature en métropole pour la construction de maisons individuelles et de routes. Et le projet immobilier malouin interroge d'autant plus qu'il est loin de résonner avec l'une des mesures phares du « plan biodiversité » présenté en juillet 2018 par le gouvernement : « atteindre l'objectif de zéro artificialisation nette ». Un autre rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique de la biodiversité (IPBES), publié en mai 2019, avait ensuite poussé le président de la République Emmanuel Macron à réaffirmer cet objectif : « J'ai demandé un bilan très précis pour fixer des objectifs en matière de lutte contre l'artificialisation. » Mais à Saint-Malo, la décision judiciaire ne donne qu'un répit aux riverains, car le projet n'est pas complètement enterré, la décision du juge administratif ne reposant que sur la forme et non sur le fond.
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