OUBLIS et NEGLIGENCES des études focalisées (à dessein ?) sur la présence des BARRAGES pour expliquer les pollutions et dégradations des eaux du fleuve Sélune.

Publié le 8 Février 2020

En 2016, 3 ans avant l’extermination du BARRAGE de VEZINS, les experts de l’association Hydrauxois (612 membres), au travers de l’analyse qui suit, attiraient l’attention sur les OUBLIS et NEGLIGENCES des études focalisées (à dessein ?) sur la présence des BARRAGES pour expliquer les pollutions et dégradations des eaux du fleuve Sélune.

Cet argumentaire objectif rejoint le sens des nombreuses interpellations venues de la population et d’éminents spécialistes. Toutes ces alertes, même les plus pertinentes, ont été systématiquement rejetées par les autorités, aussi bien administratives, politiques que juridiques. Une coalition démocratiquement inconcevable vu les coûts engagés et surtout, les enjeux cruciaux liés à l’intérêt général, comme par exemple :

  • Elimination d’un dispositif protecteur existant (donc gratuit) face aux excès climatiques.
  • Les bouleversements périphériques engendrés (dont certains mettront du temps à se révéler)
  • Destructions à contrecourant des besoins en Energie renouvelable et en réserve d’eau potabilisable.
  • Pertes immédiates assurées pour les citoyens et la région, alors que les bénéfices de la super vallée promise, restent très hypothétiques.
  • Privation d’un lieu touristique et de détente particulièrement recherché, plus destruction d’un écosystème adapté depuis 90 / 100 ans.

Le BARRAGE de Vezins détruit, le même processus se prépare à La ROCHE Qui BOIT. Si nous étions dans le déroulement d’un projet ou seul l’intérêt général prime, avant d’aller plus loin, un temps recul et d’observation serait instauré.

Par exemple : Un temps d’observation de la remontée effective des fameux Saumons jusqu’à VEZINS, si on avait d’abord supprimé La Roche Qui Boit.

En outre, commencer le test par la suppression du Barrage le moins puissant, aurait témoigné d’une recherche de solution la moins dommageable possible.

L’analyse de Hydrauxois

 

samedi 9 avril 2016

Vallée de la Sélune en lutte (2) : bassin pollué et dégradé, risques sur la baie du Mont-Saint-Michel

Les deux barrages de la Sélune forment incontestablement des obstacles aux migrateurs et des altérations du flux sédimentaire. Mais on ne peut ignorer que le bassin versant de la Sélune, notamment sa zone amont, est dégradé de multiples manières : forte occupation agricole des sols, charge excédentaire de matières en suspension et de nitrates, dégradation hydro morphologique de la tête de bassin, présence de métaux et métalloïdes. Si certains points se sont améliorés depuis 10 ans, beaucoup reste à faire : le coût de la seule restauration physique de la tête de bassin (hors barrages donc, et hors pollution) a par exemple été estimé à 21 M€ supplémentaires. Un élément important a surtout été oublié ou négligé lors des études du projet d'effacement : le rôle épurateur des deux retenues de Vezins et la Roche-qui-Boit, agissant comme des grands bassins de décantation et évitant le transfert des pollutions vers l'aval et vers la baie protégée du Mont-Saint-Michel. Un organisme public (Cerema) a évoqué en 2015 le risque de "marée verte"… sans aucun approfondissement. Assurer le passage des espèces vers des habitats dégradés et pollués a-t-il un sens? Et qui assumera la responsabilité si les zones à forte biodiversité de la baie se trouvent dégradées demain? Un effacement bouleverse les équilibres en place, c'est particulièrement évident pour deux barrages situés près d'un estuaire : on ne peut pas traiter la morphologie et la chimie comme des problèmes séparés.

Dans le dossier de la Sélune, l'attention s'est focalisée depuis 10 ans sur les deux barrages de Vezins et la Roche-qui-Boit: on en a oublié que la qualité d'un bassin versant et de ses cours d'eau s'apprécie à d'autres facteurs que la présence de grands ouvrages.

Un bassin versant fortement dégradé à partir des 30 Glorieuses
En 1993, la vidange mal maîtrisée des barrages de la Sélune avait entraîné une pollution par sédiments de la zone aval jusqu'à l'estuaire. A l'époque, un rapport du Conseil général des Ponts-et-Chaussées (93-137, téléchargeable ici), déjà critique sur les deux ouvrages faut-il préciser, notait la dégradation profonde de l'ensemble du bassin :

"La comparaison d'études concernant les lieux à trente ans d'intervalle montre la profonde dégradation de la qualité́ des eaux par suite des modifications intervenues dans ce laps de temps sur le bassin versant : intensification agricole, d
éveloppement des élevages hors sol, des industries et des populations agglomérées, augmentation de l'emploi de certains produits (détergents, pesticides)..... Les aménagements réalisés conjointement : développement de la voierie et des surfaces imperméabilisées, création et extension des réseaux d'égout, suppression de haies et de fossés... ont accentué le phénomène en accélérant le transfert des éléments indésirables vers la Sélune et ses affluents.

La teneur en azote des eaux des retenues a ainsi été́ multipliée par 10 au cours des 20 dernières années, les phosphates, simplement présents à l'état de traces en 1961 atteignent actuellement des concentrations de l'ordre de 0,3 mg/l. Le fonctionnement du plan d'eau de Vezins s'est particulièrement détérioré en ce qui concerne la prolifération des algues, la teneur en oxygène, le caractère réducteur des sédiments et leur enrichissement en éléments toxiques (métaux, cyanures...). La mauvaise qualité́ des eaux restituées en aval de la Roche-qui-Boit affecte gravement les peuplements piscicoles de la Sélune aval depuis plusieurs années : variations brusques de débit, turbinage des eaux de fond désoxygénées... La situation est aggravée par des rejets industriels (cyanures, métaux), effectues directement ou à proximité́ de la retenue de Vezins".

L'image est donc celle d'un bassin versant dont la qualité de l'eau s'est considérablement altérée à compter des 30 Glorieuses, comme presque partout.

Ces pollutions, qui ne sont pas la responsabilité des barrages mais qui finissent souvent dans l'eau ou les sédiments de leurs retenues, ont-elles disparu depuis? Dans le dernier bulletin disponible du SAGE de la Sélune (
données 2013, Bulletin n°14, 2014), on trouve cette carte de l'état physico-chimique du bassin (ci-dessous, cliquer pour agrandir). On constate que l'amont des ouvrages présent un état moyen à mauvais pour les nitrates (NO3) et les matières en suspension (MES). Le phosphore est également mauvais sur le Beuvron.

https://4.bp.blogspot.com/-xidjFRC4924/Vwi1_OSG_GI/AAAAAAAABo4/KBr7ZdZfCx4IZ081qinRJAuai4rSvX7qA/s400/Selune_Etat_physicohimique_2013.png


Dans la courbe ci-dessous issue du rapport Artelia 2014 (voir le dossier complet d'enquête publique), on voit les matières en suspension à l'amont (courbes rouge et bleu) et à l'aval (courbe verte) des barrages. "L’effet des retenues est clairement visible et permet une décantation des fines et un abaissement notable des concentrations en MES", observe le bureau d'études.

https://3.bp.blogspot.com/-fCFcK7AVrS0/Vwi2PF7GSEI/AAAAAAAABo8/i6eSxxjtQWkEgiieJLXt25iYoGZcCgYFw/s400/Artelia_MES_10_ans.png


Le constat est le même pour cette courbe des concentrations moyennes mensuelles en phosphore (ci-dessous, cliquer pour agrandir). La dégradation de l'eau est plus sensible à l'amont qu'à l'aval, car les retenues stockent une partie des excédents en nutriments.

https://2.bp.blogspot.com/-J9_uqJT2m9U/Vwi2XcZuasI/AAAAAAAABpA/XfVjrBVQPH870pLJFhLYylEFlCI71Wetg/s400/Artelia_P_10_ans.png


Secteur amont dégradé, rectifié, busé, érodé… 21 M€ de travaux à prévoir là aussi rien que pour l'hydro morphologie
Le programme de mesure Sélune amont (2012) de l'Agence de l'eau Seine-Normandie comporte divers témoignages et analyses utiles pour comprendre l'état actuel de la tête de bassin. L’économie locale est avant tout agricole : un peu plus de 900 exploitations et de 27 000 ha agricoles occupent 80 % du bassin de la Sélune amont. Le bassin a suivi le modèle national d'intensification de la production depuis 50 ans. Quelques constats :

  • "ce secteur présente l’une des plus faibles densités de haies du département de la Manche";
  • "près de 30% du linéaire des affluents du bassin a été rectifié, plus de 40% a été recalibré, et plus de 50% des parcelles riveraines ont été drainées (…) et plus de 1000 passages busés ont également aussi été recensés, altérant la continuité des affluents";
  • "cette intensification agricole et les travaux d’aménagements associés ont entrainé une augmentation du lessivage des intrants agricoles, une diminution de la capacité d’épuration du bassin et une altération des habitats aquatiques des affluents".

Une étude Hydro concept / Fédération de pêche Manche réalisée en 2010 sur l'hydro morphologie du secteur amont a mis en évidence une dégradation importante des masses d'eau, ce qui sème le doute sur la capacité des cours d'eau (par ailleurs souvent soumis à des étiages sévères et de faible puissance spécifique) à remobiliser des substrats qui forment l'accueil des salmonidés. "Le coût des travaux de restauration hydro morphologique de tous les affluents du bassin de la Sélune amont plus ceux de 3 masses d’eau situées à l’aval immédiat a été estimé à 21 millions d’euros", est-il rappelé dans le document d'accompagnement du programme de mesures Sélune amont de l'Agence de l'eau.

Ceux des agriculteurs qui avaient soutenu le projet d'effacement des barrages en espérant "avoir la paix" sur les compartiments de l'eau qui les concernent ont probablement fait un mauvais calcul: la suppression des ouvrages ne rendrait que plus manifeste la dégradation de la tête de bassin et plus urgentes des mesures drastiques d'amélioration des milieux d'accueil de salmonidés à l'amont. Avec des coûts qui explosent pour les finances publiques et pour tous les acteurs du bassin...


Les métaux en rivière disparaissent par enchantement, selon l'avis "scientifique" du CSPNB
Dans un avis de 2015, le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB) évoque "les rejets d’une usine de traitement de surfaces dans l’Yvrande, un affluent qui se jette dans le lac" et affirme : "Ils se traduisent par l’accumulation dans les sédiments, en amont de la retenue, de substances dangereuses dont certaines teneurs dépassent les seuils réglementaires. C’est le cas pour le cadmium, le chrome, le cuivre, le nickel et le zinc. Le nickel et le cadmium se retrouvent également à des doses excessives dans la partie aval de la retenue. De plus, des teneurs en arsenic 13 fois supérieures à celles trouvées au débouché de laffluent peuvent être détectées vers l’amont du lac. L’isolement des sédiments pollues et la suppression des barrages permettraient de retrouver une dilution des rejets qui les mettrait aux normes requises."

Il est assez étrange qu'un Conseil se disant "scientifique", ayant en charge le "patrimoine naturel" et la "biodiversité", puisse se satisfaire d'une très hypothétique "dilution" de métaux : ces derniers ne disparaissent évidemment pas d'un coup de baguette magique, ils sont simplement diffusés dans les milieux. Les métaux ne sont pas biodégradables et la plupart d'entre eux s'accumulent dans les êtres vivants. On retrouve ainsi régulièrement trace des métaux et métalloïdes dans les poissons, crustacés ou mollusques des zones contaminées. (Il est vrai que le même CSPNB apporte un soutien hâtif à l'effacement en soulignant notamment que les barrages produisent nettement moins que le futur EPR de Flamanville…. Nous laissons aux écologistes associés aux Amis de la Sélune qui brandissent fièrement de tels avis le soin de gérer leurs contradictions.)

L'analyse chimique de l'étude Artelia 2014 observe des qualités moyennes à mauvaise sur la Sélune et/ou l'Airon pour le cadmium, le cuivre, le mercure, le nickel, le zinc, et des pollutions ponctuelles dépassant les NQE pour le chrome et le plomb. L'indice Metox (qui calcule 8 métaux pondérés par leur biotoxicité) aboutit sur deux années de mesures à une charge cumulée de l'ordre de 120 à 160 µg/l pour la Sélune et l'Airon (schéma ci-dessous, Artelia 2014).

https://3.bp.blogspot.com/-PTOFxq30opM/Vwi3t-O5r0I/AAAAAAAABpQ/Q7g5I_ycRlYO73zUvElCx6EPqtH8cjXjg/s400/Artelia_Metox_2_ans.png

 

 

Rédigé par jojo

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