Philippe Vesseron a partagé une publication.
Publié le 5 Octobre 2020
sélune 04 10 2020
Le travail publié début octobre 2020 par l’association Entre Lac et Mer sur l’historique des crues de la Sélune au XIXème siècle tombe bien pour ouvrir ou rouvrir plusieurs pistes . Mais aussi pour conforter la possibilité de réfléchir loyalement à partir de la catastrophe qui se passe actuellement au sud de notre pays.
Pour aider ceux et celles qui sont frappés en ce moment dans les Alpes-Maritimes, la mobilisation générale est incontestable. Cette réaction est extrêmement rassurante sur la santé de notre société : voisins, élus, pompiers, gendarmes, préfets, services publics, entreprises , chacun paye de sa personne pour porter secours , avec d’autant plus de modestie qu’on sent bien que les actions pourraient ne pas être entièrement couronnées de succès compte tenu de la violence des évènements. Et ils nous parlent de la situation sans euphémisation alors que pourtant les dangers ne sont pas sous contrôle – en réalité, sans euphémisation justement parce que les dangers ne sont pas sous contrôle. Alors, que dire , sinon respect , solidarité et bon courage.
Mais le travail documentaire sur la Sélune nous rappelle à temps que les risques naturels que nous devrons maîtriser durablement comprennent à la fois des catastrophes extrêmes et à la fois des évènements moins immédiatement graves mais très fréquents et donc peut-être encore plus destructeurs de notre vie collective.
Sur le petit fleuve côtier normand, la crue de 1910 avait longtemps été perçue comme « le » phénomène rarissime, d’autant que cette année-là Paris subit effectivement une « crue centennale ». Tout confirme aujourd’hui que sur la Sélune 1910 n’était pas une « crue centennale » mais, en même temps, les « tranches de vie » et images correspondant aux crues et débordements du XIXème siècle montrent aussi les conséquences sérieuses de crues qui ne dépassaient pourtant pas le calibre biennal ou décennal : que dire de la prévention de leur retour ou de la mitigation des impacts qu’il entraînerait? Prétendre que la gestion directe du risque centennal (PPRI, régime d’indemnisation des catastrophes naturelles,…) serait par nature « inclusive » de la réponse appelée par les « petites crues » est une tentation qui ne trompe plus grand monde : alors, que faire ?
Pour la région parisienne, après 1910, la régulation des évènements quinquennaux ou décennaux, étiages et crues, a fait l’objet d’actions très lourdes, avec par exemple la création des lacs de Champagne ou la préservation des ouvrages du Morvan – et la démarche n’est pas achevée un siècle après la catastrophe , d’autant qu’elle ne va pas sans tensions comme dans le cas de la Bassée (on peut relire utilement à cet égard « le mal français » ou le travail de la Commission du Débat Public). Ces ouvrages auraient certes un effet modeste sur la « crue centennale » mais on ne conteste plus guère les bénéfices quant aux conséquences des évènements 10 ou 20 fois plus fréquents !
Sur la Sélune, le travail de Ronan Leclair que cite l’association Entre Lac et Mer dit avec justesse les séquences successives de la perception de la fonction des 2 barrages construits depuis un siècle , avec des moments savoureux comme « que se passerait-il en cas d’accident sur le grand barrage ? » ou « la consigne en cas de crue d’égaliser les débits sortants sur les débits entrants était-elle une réponse nécessaire et suffisante aux fautes de pilotage comme celle de 2000 ? » ou « faut-il mettre l’accent sur l’amont du grand lac ou sur la basse vallée ? »
L’Etat ayant pris l’initiative de supprimer le grand barrage dont il était propriétaire, chacun attendait qu’il prenne en même temps l’initiative des actions nécessaires pour maîtriser ou compenser l’augmentation du risque des « petites crues » qui en résultera à l’aval : la documentation publiée par Entre Lac et Mer montre bien que les références à prendre sont la situation qui existait avant la création de cet investissement et non les considérations discutables sur la manière dont ont été gérées ensuite ses différentes « vocations » et leurs contradictions (« études peu convaincantes », écrivaient les inspections générales en 2015). L’Etat ni Seine Normandie n’ont jusqu’à présent pris l’initiative nécessaire, au motif que la suppression n’aurait pas de conséquences sur la « crue centennale ». Il faut redouter que la lumière mise sur les « grandes crues » par la catastrophe de début octobre en Provence ne rende plus difficile le renversement de cette négligence à l’égard des « petites crues » : pourtant, si rien n’est fait pour rendre résiliente la vallée de la Sélune, quelles polémiques ne viendrait pas déclencher une « petite crue » de calibre biennal qui se produirait en Normandie au printemps 2021 ou 2022, deux ans après la destruction de Vezins ? Une leçon immédiate à tirer de tout cela serait de prendre conscience de la nécessité de mieux anticiper, l’Etat devant engager au plus vite tout ce qui est nécessaire pour compenser les conséquences de la suppression de Vezins sur chacune des constructions publiques et privées de l’aval, regarder loyalement la possibilité de conforter la Roche qui Boit comme « infrastructure de protection» mais aussi s’assurer qu’un gel de quelques trimestres soit bien mis à profit pour que chacun ait tous les moyens de former son jugement. Il y aurait beaucoup de danger à ce que ceux - particuliers, agriculteurs ou entreprises - dont les biens ou les activités seraient affectés par un retour au régime des crues du XIXème siècle ne demandent pas au plus vite que les plannings et budgets de la suppression de Vezins incorporent sans tarder les actions de prévention et de protection contre les « petites crues » .
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Il ne faut pas confondre : en 1910, Paris éprouve les conséquences d’une crue centennale de la Seine mais cette année-là, pour la Sélune, la crue n’atteint pas le niveau « centennal »
Analyse de la crue de 1910 : https://documentcloud.adobe.com/link/review?uri=urn:aaid:scds:US:074797b8-34a6-43e9-b2d8-d1dfb708e821
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