Agriculteurs et écologistes tentent le dialogue
Publié le 28 Septembre 2012
Ils s'opposent depuis trente ans sur les excès de nitrates et de pesticides. Hier, à Paris, avec l'aide d'un médiateur, les deux camps ont décidé de travailler ensemble. Une première.
Février 2011, en plein Salon de l'agriculture, une affiche fleurit sur les murs de Paris. Un petit garçon barbote dans les algues vertes au bord de la mer, en Bretagne, avec le slogan « Bonnes vacances ». Les écologistes de France nature environnement (FNE) ont frappé fort. Depuis plus de trente ans, ils dénoncent ces marées vertes dues aux excès d'azote venant des élevages hors-sol, notamment dans les Côtes-d'Armor et le Finistère. Ces « lanceurs d'alerte » estiment qu'il y a urgence à inverser la tendance.
Pour les agriculteurs bretons, qui répètent à l'envi qu'ils ont pris conscience du problème et de leur responsabilité, qu'ils font des efforts et qu'il faut leur laisser du temps, c'en est trop. Ils dénoncent « un procès à charge ». Pourtant, c'est à ce moment, semble-t-il, que la raison a fini par l'emporter sur la logique d'affrontement.
Côte à côte
Il y a un an, les responsables du Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement (Farre) choisissent de faire un pas vers leurs adversaires. Ce Forum regroupe agriculteurs, fournisseurs d'engrais, de pesticides et industriels de l'agroalimentaire. Une main tendue que les cadres de FNE - fédération de 3 000 associations de protection de la nature - acceptent de saisir. Fini les anathèmes et la surenchère médiatique. L'heure est à l'apaisement.
Après la crispation, c'était l'heure de la médiation, hier à Paris, dans les locaux de l'Assemblée nationale. « Plutôt que le face-à-face, le rôle de bouc émissaire et la confrontation stérile, on a choisi de travailler côte à côte avec FNE. Il a fallu convaincre nos adhérents et ce n'était pas facile », avoue Christophe Grison, président du Farre. « La question des nitrates et des pesticides a trop longtemps fait l'objet d'un tabou, voire d'un déni, explique Bruno Genty, président de FNE. Aujourd'hui, il faut avancer ensemble. »
Sous la houlette de l'avocat Francis Teitgen, dans le rôle du médiateur, et devant 325 participants, cette rencontre a permis de crever l'abcès. Une charte « qui prend acte des désaccords et recense les objectifs raisonnables et partagés sur lesquels les deux partenaires vont pouvoir avancer, par étapes et sous contrôle d'experts indépendants », sera présentée d'ici au 5 octobre. Hier, tout le monde a salué la méthode et le courage des deux parties. Reste à voir comment ces bonnes résolutions vont s'appliquer sur le terrain.
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