ANALYSE de la situation par Pierre JUHEL, membre de la commission exécutive du « MOUVEMENT NORMAND »
Publié le 6 Mai 2013
Les Barrages du Sud-Manche et la vallée de la Sélune
ANALYSE de la situation par Pierre JUHEL, membre de la
commission exécutive du « MOUVEMENT NORMAND »
Depuis quelques années, ce sujet délicat des barrages de Vézins et de La Roche qui Boit fait couler beaucoup d’encre (et de salive). En effet, au nom du Mouvement Normand, j’ai ratissé la campagne du sud Manche pour y récolter un maximum de renseignements et surtout tenter d’échafauder une solution à ce problème, je dois le dire, très mal engagé depuis son origine.
NOUS, Mouvement Normand, depuis plus de 40 ans, luttons pied à pied pour que cet immense territoire soit et reste une terre d’accueil certes, mais surtout une terre d’existence, une terre où nos enfants se sentent bien chez eux. Nous savons ici, autant qu’ailleurs, comment allier les activités de la mer avec celles de la terre et comment protéger notre bocage.
A ce titre, il entend prendre toute sa place dans toutes les dispositions majeures, décidées ou supposées l’être, pour le bien de la Normandie. C’est aussi pourquoi l’O N D E (organisation normande de l’Environnement) nous accompagne en permanence dans nos démarches. Nous sommes vigilants, mais constructifs pour que s’établisse entre mer et bocages une qualité de vie exemplaire que bon nombre de régions nous envieront.
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Ceci étant, revenons à nos barrages…………….. !!!!!
Le président de l’Association « Les Amis des barrages » John KANIOWSKY et l’ensemble de ses participants ont mené, depuis des années, bon nombre d’actions pour que survive cette vallée de la Sélune avec ses 2 barrages.
Quant à moi, lors de mon enquête et de mes nombreuses interviews, j’ai récolté un certain nombre d’infos et d’avis provenant de personnalités et d’élus concernés par la décision de l’Etat. Il serait inutile et mensonger de dire que les avis recueillis vont dans le sens de celui de l’Etat. Car la quasi-totalité de mes interprètes sont TOUS contre un arasement. Ils m’ont exposé longuement leurs raisons, leurs avis et surtout leurs propositions. Ce qui est un gage de responsabilité de leur part.
Mais…….. selon eux, unanimement, ils ne sont ni écoutés, ni entendus. Et pire…….ils pensent que la démocratie locale n’a que le nom. Aucun effet positif ne semble clair à leurs yeux. Ils sont « invités » à des réunions, voire même des réunionnites de simili comité de pilotage qui n’en a que le nom. Tous sont là pour dire que leur action ne sert à rien et que la décision est prise depuis le début par l’Etat, au nom de compensations écologiques royalement accordées en gages au mouvement écolo politique dans le cadre du Grenelle de l’Environnement.
Je retiens donc de mon enquête :
1) que le Grenelle de l’Environnement a sacrifié ces barrages au nom d’une philosophie politicienne sans véritable réflexion, sans aucune concertation des populations ni des acteurs locaux. Alors que l’Autorité Environnementale dans sa note de cadrage du 13 juin 2012 préconisait justement la mise en place de cette concertation.
2) que cette décision émane d’une Directive européenne sur la libre circulation des eaux et des migrateurs pour 2015. Etant toutefois précisé que cette Directive signifie un résultat à atteindre mais fait abstraction de moyens réels pour y parvenir. Quel serait l’incidence financière en cas de non respect par la France d’une telle Directive ? Impossible à savoir.
3) Dans le même esprit, cette Directive cadre sur l’eau impose aux états membres un « bon état » des eaux en 2015. Mais des délais pouvant être accordés jusqu’au plus tard en 2027. Y a-t-il à présent une urgence pathétique ?
4) Comme cela devrait être le cas, il n’y a pas eu d’Etude d’Impact, selon le Code de l’Environnement en son article L 122 – 1 où il est dit notamment au chapitre I : « …sont concernés tous les projets de travaux, d’ouvrages ou d’aménagement publics ou privés qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation sont susceptibles d’avoir des incidences sur l’environnement ou la santé humaine… ».
Si un arasement des barrages ne rentre pas dans ce cadre, alors, à quoi bon établir ou faire référence à un code de l’environnement ?
5) Pourquoi avoir attendu tout ce temps (plusieurs années) pour établir cette étude d’impact? Sachant que de nombreux points noirs sont apparus dans le projet de l’Etat, et subsistent encore aujourd’hui. Par exemple, la pollution généralisée des eaux retenues avec la présence de cyanobactéries (bouillon de culture) et surtout de métaux lourds et d’arsénic dans les sédiments, issus de petites industries qui, par le passé, ont royalement déversé leurs déchets dans l’Yvrande, affluent de la Sélune.
6) Comme le prévoit le code de l’environnement en son article L 214-6, l’étude des dangers n’a pas été établie.
7) Comment ne pas tenir compte que la retenue des eaux est voisine des 30 millions m3. Sachant que notre région ne dispose pas de ressource suffisamment fiable en nappes phréatiques et que par conséquent ce stockage pourrait être une aubaine pour notre sud-manche sans oublier les abords immédiats de l’Ille et Vilaine, eux aussi déficitaires.
Tout cela va dans le même sens de ce qui est déclaré dans les propositions du Directorat Turquoise sur l’Eau (**)
8) Pourquoi avoir précipité cette notification d’arrêt d’exploitation à EDF alors que le propriétaire des lieux, l’Etat, avait parfaitement connaissance des soucis majeurs que pose cet arasement. A chaque fois que des interlocuteurs se sont manifestés auprès de l’Etat ou du Ministère de l’Environnement, ces derniers se sont vus gentiment objectés.
9) Comment ignorer que ces 30 millions de m3pourraient faire par ailleurs l’objet d’un traitement avant nouvelle utilisation ?
10) Comment peut-on imaginer de déverser ces 30 millions de m3largement pollués dans la baie du Mont St Michel, alors que celle-ci est classée NATURA 2000, avec ses parcs à huitres, ses nombreux établissements conchylicoles, son futur parc marin, alors que chacun sait que cette Baie est alimentée par les plus grandes marées d’Europe et des courants importants qui ne manqueront pas d’éparpiller l’ensemble de cette pollution latente stockée derrière les barrages.
11) On nous objecte régulièrement que cette décision a été prise en application du Grenelle de l’Environnement. Soit, mais il semble bien qu’on aie oublié le Grenelle de la Mer qui a eu lieu en 2009. Et que ce Grenelle retrace la volonté et la nécessité d’une rencontre entre la mer et la terre. Et qu’ont été prises des dispositions particulières de lutte contre les effets négatifs de l’environnement provenant de la terre (menaces, rejets en mer, interfaces harmonieux entre les activités terre et mer). Etant entendu que la qualité de la ressource maritime dépend en grande partie de la diminution considérable des rejets de polluants. Au regard de ce que fait l’Etat dans ce projet, il semble bien que la mémoire courte soit une donnée récurrente.
12) Comment expliquera t-on au public le pourquoi des immenses travaux du Mont St Michel alors que d’un autre côté nous allons polluer la baie ? Le non sens peut-il être compris ?
13) Nous savons tous que les barrages servent de régulateur de crues, surtout au moment des grandes marées. Comment envisage t-on la solution sur ce point afin que bon nombre d’habitations de Ducey et Poilley ne soient pas à nouveau sous les eaux. ?
14) Concernant la production électrique. Les barrages produisent l’équivalent annuel d’une ville comme Avranches. Aux yeux de l’Etat, il semblerait que cela ne suffise pas ( ?!?!). Mais cette énergie est propre. Il n’y a aucun rejet de CO2, donc pas de GES. Envisagerait-on plutôt d’implanter une armada d’éoliennes ??? Je me pose la question et si tel était le cas, aurait t-on oublié l’avis de l’ UNESCO ?
15) L’ensemble de mes interlocuteurs a défini cette opération par :
Øerreur écologique
Øinutile
Øinjuste
Ødangereuse
Øcoûteuse
Sans compter qu’il y aura des répercussions fâcheuses
sur la faune, la flore et la végétation. Ceci pendant des
années, voire des décennies.
16) La vallée, site remarquable par son plan d’eau, a par le passé et encore aujourd’hui, suscité un intérêt majeur. J’en tiens pour preuve l’existence de la base de LA MAZURE. Cet établissement appartient à la commune d’Isigny le Buat. Comment imaginer une survie de cette base en absence de plan d’eau ? Il faudrait être le plus mauvais visionnaire du 21° siècle pour imaginer une « new Mazure » avec seulement des activités terrestres. S’il n’y a pas d’activités humides, il y a tout lieu de penser que cette base entrera dans des turbulences.
17) Le coût réel d’une telle opération n’a pas été chiffré. Mais il est absolument certain que l’ensemble s’élèvera à plusieurs centaines de millions d’euros. Alors, la question qui revient est claire. Qui va payer ?
Øl’Etat ? …….pas d’argent
Øla Région ? …. Pas de réponse, si ce n’est un retrait vers une solution européenne en accompagnement
Øles Collectivités Locales ? Bonne question. Aucune réponse. Mais il y a tout lieu de penser qu’en l’état actuel, ce sera non.
ØL’ Europe ? possible à travers d’un CPER, mais pour quelle enveloppe ? La réponse ne viendra pas de si tôt.
Donc, sans parler d’obstruction de la part de mes
interlocuteurs, ne serait-ce que sur ce volet financier, ils
sont bien fondés à s’interroger.
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Et maintenant, l’ AVENIR ….. quel est – il ?
J’ai rencontré la Direction de la région Basse Normandie, Jean Karl DESCHAMPS, vice président, en charge de ce dossier.
Il m’a été rappelé la délibération du CRBN du 25 juin 2010 par laquelle, il a été décidé :
1) de prendre acte que la décision d’araser a été prise sans concertation et par conséquent (ou malgré tout) le CRBN ne s’oppose pas à cet arasement.
2) Toutefois, le CRBN propose que soit élaboré un volet comportant :
ØDes modifications des pratiques agricoles
ØUne replantation de haies antiérosives sur tout le bassin versant de la Sélune
ØUn volet développement économique et touristique
ØUn volet énergie renouvelable
ØUne solution fiable de gestion des sédiments
ØUn volet de maitrise des pollutions vis-à-vis de la Baie du Mont St Michel
ØUn volet renaturation de la vallée après vidange
3) Le CRBN exige un plan de financement « pluriannuel » complet
4) En termes de calendrier, le CRBN demande que soit pris TOUT le temps nécessaire pour que les objectifs du plan d’action qui sera mis en place soient partagés avec la population concernée.
Il est à remarquer que le CRBN ne revient à aucun moment sur la décision d’arasement. Il se dit prêt à œuvrer dans un projet complet avec l’ensemble des acteurs locaux, mais prévient aussi :
Tout le monde doit s’entendre…. (dixit)
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En CONCLUSION à tout cela :
Compte tenu de l’état d’avancement du dossier, je proposerai :
1) de constater qu’il y a absence totale de concertation tant des populations que de l’ensemble des élus, même s’il sont invités (au nombre de 3) à participer à un comité de pilotage dont ils n’ont que très peu la parole ou une écoute.
2) de constater qu’il n’y a pas eu d’ « Etude d’impact préalable » conformément à l’art. L – 122-1 du Code de l’environnement.
3) Que la Directive Européenne, si elle est incontestable par son existence, elle doit être revue dans ses effets et applications.
4) Qu’il y a danger de pollution généralisée vers la Baie du Mont St Michel et que par conséquent il y a danger sanitaire des populations et des fonds marins. A ce titre, il semble même que l’UNESCO veuille y mettre son grain de sel, si la pollution généralisée de la Baie du Mont devait se confirmer.
5) De dire que des solutions techniques existent pour palier aux effets directs de la Directive européenne. Encore faut-il les écouter et les regarder sans faux fuyant ni dédain, mais avec objectivité.
6) Que soit élaboré un vrai PROJET de vallée, au centre duquel il y aurait la population et les élus concernés du bassin versant, plus l’Agence de l’Eau et la CLE, la Région, le Département, les représentants des activités de la mer, la chambre d’agriculture. A titre de conseil et de superviseur la DDTM, donc l’Etat. Je préconise la création d’un EPA (Etablissement Public d’Aménagement) de la vallée. Afin de garantir le bon déroulement de ce dossier, il est indispensable que ledit établissement soit managé séparément à toute autre structure dont les objectifs risqueraient de se confondre avec l’intérêt primo de la vallée de la Sélune.
7) Que soit respecté l’Avis délibéré de l’ Autorité Environnementale du 13 juin 2012 dont l’Etat fait fi jusqu’à présent.
8) Dans l’immédiat, il faut s’interposer auprès de cette machine infernale et pour cela, il faut absolument que la totalité des acteurs, réunis en une seule entité, fasse front commun. Il reste à déterminer sous quelle forme. Mais soyez certains qu’en l’état du dossier, s’il n’y a pas front commun immédiat et fort, il y aura arrêt d’exploitation EDF et ensuite cette machine infernale va s’emballer pour ne plus s’arrêter faisant fi de toute démocratie locale.
Je ne sais pas s’il est encore temps….mais ce que je sais par contre c’est que la vallée de la Sélune vaut la peine que l’on s’attarde sur le sujet. L’avis mortuaire est lancé mais j’ose imaginer qu’existe encore un soupçon de responsabilité parmi les hommes qui nous dirigent et que cette nécrologie dévastatrice passera au large de notre magnifique Baie du Mont Saint Michel.
Alors, à tous, … je vous en supplie et vous dis,
……les barrages, c’est maintenant….. !!!
Pierre JUHEL
(**) Directorat turquoise : organisation interne écologique du Mouvement Normand
Personnes rencontrées :
Henri-Jacques DEWITTE – Maire et CG de Ducey
Bernard TREHET – Maire et CG de Brécey
François DUFOUR – Cons.régional EELV – VP du CRBN
M. GALOPIN – Directeur de La MAZURE
Gilbert BADIOU – Maire de St Hilaire du Harcouët
Jacky BOUVET – CG de St Hilaire et Maire de St Martin de Landelles
Louis DESLOGES – CG d’Isigny le Buat
Eric GOUPIL – Maire d’Isigny le Buat
Gwenhaël HUET – Député Maire d’Avranches
John KANIOWSKY – President des Amis des Barrages
Michel GERARD – Maire de Poilley
Michel THOURY - Maire de St James – Président du SAAGE Sélune et la CLE
Philippe BAS – Sénateur – VP du CG 50
Mme M.Claude MANET – AGEB (les Amis du site de Genets et environs de Baie)
J.Karl DESCHAMPS – VP du CRBN et en charge de ce dossier
N’ont pas répondu à ma demande :
M. DIEUDONNE – CG de La Haye Pesnel
Fédération Départementale de la Pêche à ¨Périers
Les Conchyliculteurs de la Baie de Cancale et du Mont St Michel (Le Vivier s/ Mer)
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