arasement des barrages sur la Sélune
Publié le 24 Avril 2014
LES AMIS DU BARRAGE
Association loi 1901 N° W501000490
3, Résidence des Vallons
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Le 22 Avril 2014
Madame Ségolène ROYAL
Ministre de l’Ecologie,
du Développement durable et de l’Energie
Hôtel de Roquelaure
246, Boulevard Saint Germain
75007 PARIS
Objet : arasement des barrages sur la Sélune
Madame la Ministre,
Le gouvernement Fillon a décidé d’araser les barrages de Vezins et de la Roche Qui Boit, situés sur la Sélune qui se jette dans la baie du Mont St Michel, tout comme le Couesnon et la Sée avec laquelle elle forme un estuaire commun.
Bien que contestée à juste titre par les élus, tous les partis politiques (EELV compris) et la majorité de la population concernée, cette décision nous est présentée comme irréversible au motif qu’elle satisfait aux exigences du Grenelle de l’environnement, de la LEMA, de la DCE (…) et qu’elle s’appuie sur un vote du SAGE Sélune et l’avis favorable de la CLE.
Les associations dont l’objet est la préservation de la Baie du Mont Saint-Michel ont, elles aussi, fait part de leurs légitimes préoccupations, ainsi que la CFDT.
La suppression des barrages nous paraît très largement prématurée car les risques liés aux différentes opérations de démantèlement et à leurs conséquences apparaissent gravement sous-estimés. A l’évidence, les conditions techniques, écologiques et économiques sont loin d’être réunies à aujourd’hui pour que cette opération irréversible, complexe et inédite en Europe puisse être réalisée en excluant totalement les risques liés à sa mise en œuvre.
Il y a fort à penser pour que le volume des sédiments ait été lui aussi largement sous-estimé, tout comme en 1993 lors de la dernière vidange des lacs. (Qualifiée de « Tchernobyl de la biodiversité » par le Président du SMAEP Baie Bocage.) Pour les évacuer, la solution retenue serait de mettre à profit l’action naturelle d’une rivière qui retrouve son lit pour les transporter et profiter de la survenue de forts débits voire d’une ou plusieurs crues pour que la Sélune évacue d’elle-même les sédiments (pollués ou non) vers l’aval.
Même si une partie de ces boues est provisoirement stockée dans le lac de la Roche Qui Boit, elles seront finalement envoyées vers la Baie en colmatant toutes les frayères au passage.
Une hypothèse que personne ne veut envisager.
Le cône de l’un des affluents amont renferme des métaux lourds. Les pouvoirs publics ont décidé que la continuité écologique ne serait pas rétablie sur ce ruisseau. Plutôt que de procéder à une dépollution sans doute jugée trop coûteuse, les sédiments hautement pollués et dangereux pour l’homme, la faune et la flore, seront recouverts par d’autres sédiments extraits du reste de la retenue et indemnes de contamination, tout comme dans un centre d’enfouissement. L’ensemble devant être retenu par un système de merlons dont l’efficacité à long terme nous paraît parfaitement illusoire.
C’est une véritable décharge qui sera ainsi créée sur le cours d’eau.
On s’oriente donc vers une pollution massive, récurrente et inacceptable.
Faute d’avoir trouvé un moyen efficace et bon marché pour les capturer vivants, des tonnes de poissons présents dans les retenues sont destinées à l’équarrissage.
La piètre qualité des eaux de l’ensemble du bassin versant découragerait les saumons candidats à une hypothétique migration. S’ils sont présents à l’aval du barrage de la Roche Qui Boit, c’est grâce au rôle de filtres et de bassins de décantation des retenues, même si ça n’est pas leur vocation première. La disparition des ouvrages entrainera de fait celle des saumons et autres migrateurs sur la totalité du cours de la Sélune.
La raison voudrait que la qualité des eaux qui viennent de l’amont soit sensiblement améliorée avant de procéder à la destruction des ouvrages.
Par ailleurs, les lacs constituent la seule réserve d’eau du Sud Manche dépourvu de nappes phréatiques. La production d’eau potable risque fort d’être compromise après la suppression des barrages qui garantissent un débit minimum en période d’étiage.
Les usines hydroélectriques de Vezins et la Roche-qui-Boit produisent actuellement une quantité d’énergie propre, modulable, renouvelable et rentable qui est loin d’être négligeable au regard des objectifs recherchés. Et cela, même si elle est jugée « relativement modérée ».
La vallée sera rendue inaccessible et inexploitable pendant plusieurs années et les promesses d’aide financière de l’Etat ne seront sans doute pas tenues. C’est pourquoi la base de loisirs de la Mazure (DSP) envisage de fermer dès la fin 2014 en supprimant une vingtaine d’emplois directs. Gîtes ruraux, chambres d’hôtes et commerces locaux seront aussi sévèrement touchés.
L’instauration d’une cote d’hiver (moins 2 m) permet de réguler le débit du fleuve quand il ne dépasse pas 60 m3 / s, évitant ainsi dégâts et désagréments répétés plusieurs fois dans l’année.
Il n’est malheureusement pas possible d’éviter les conséquences des fortes crues. Mais fort heureusement, elles sont exceptionnelles dans notre région.
Les pouvoirs publics annoncent qu’ils envisagent de mettre en place un dispositif baptisé « Vigicrues » après l’arasement des barrages. Il ne s’agit que d’un dispositif d’alerte qui n’est pas destiné à empêcher la Sélune de sortir de son lit. « Vigicrues » préviendra seulement les habitants qu’ils doivent mettre des bottes pour tenter de sauver leurs meubles.
Nous ne pouvons nous satisfaire de l’annonce de solutions qui, à l’évidence, n’en sont pas.
Dans un arrêt du 30 janvier 2012, le Conseil d'Etat rappelle que le principe de précaution issu de l'article 5 de la Charte de l'environnement, s'impose aux pouvoirs publics et aux autorités administratives dans leurs domaines de compétence respectifs.
C’est la raison pour laquelle il nous apparaît indispensable qu’une étude sérieuse, complète et indépendante soit réalisée afin d’appréhender avec réalisme le risque d’inondation à l’aval des barrages actuels quand ils auront été supprimés et de permettre la mise en place de mesures de sécurité adaptées.
De plus et faute de financement, le projet de « renaturation » et de réaménagement de la vallée semble condamné avant même d’avoir été défini.
D’autre part, nous nous interrogeons sur l’opportunité d’obliger les contribuables à financer (même et surtout a minima) un projet dont ni l’utilité ni l’urgence n’ont été à ce jour démontrées alors que notre pays connaît une situation d’impécuniosité sans précédent.
L’effacement prématuré des barrages conduirait à l’inverse des buts recherchés et qui font pourtant l’objet d’un large consensus.
Incohérences, imprécisions, insuffisance de compétences techniques et manque de moyens financiers ne peuvent assurément pas permettre que cette opération soit menée de manière « exemplaire aussi bien au plan technique, environnemental que d'accompagnement des acteurs locaux ». C’est la promesse de l’Etat qui ne pourra pas être tenue et qui se prépare ainsi à infliger une punition supplémentaire à une population déjà très éprouvée et sacrifiée sur l’autel de l’intégrisme écologique.
Nous sommes assurés, Madame la Ministre, que vous saurez entendre ces arguments de bon sens et que vous ferez en sorte que le calendrier des opérations soit revu de façon à ce que l’irréparable ne soit pas commis.
Dans l’attente de vous lire,
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses.

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