La Manche Libre du 31 juillet
Publié le 30 Juillet 2010
A l’horizon 1013, le niveau du lac sera progressivement abaissé.
Le 13 novembre dernier, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, annonçait l’arasement des barrages Sud-Manche ( Vezins et la Roche-qui-Boit). Depuis, en l’absence de décret, une question reste en suspens : « les barrages seront-ils rasés ? » Avec plus de 80 années de vie commune et 800 personnes concernées, l’interrogation est légitime, mais pas pertinente. Effectivement, le message du gouvernement est sans appel et demande au préfet « de lancer les opérations nécessaires à la réussite du démantèlement de ces deux ouvrages et des opérations de renaturation du fleuve », précisant : « l’effacement de Vezins et l’effacement du barrage de la Roche-qui-Boit. » Si la manière de procéder est à débattre (le comité de pilotage se prononcera sur la notion d’arasement en 2012), les retenues d’eau seront supprimées, comme l’expliquait Michel Thoury, président du SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) de la Sélune. En clair, lors de la prochaine inspection du chenal, soit à l’horizon 2013 (tous les 10 ans), les eaux du lac seront progressivement abaissées. Le lac de Vezins redevenant rivière.
Le barrage au patrimoine ?
Néanmoins, le barrage pourrait être sauvegardé en tant que bijou du patrimoine. Erigé selon les plans d’Albert Caquot, l’un des plus grands ingénieurs français, la structure de 36 mètres de haut retient avec seulement 15 cm d’épaisseur à sa base un volume de 19 millions de m3. Cependant, Michel Thoury précisait : « La politique du gouvernement étant actuellement à l’arasement, ce n’est pas prévu qu’il ne soit pas rasé. »
La Mazure, quel avenir ?
Inévitablement, la base de loisir et d’hébergement « La Mazure », dont l’activité repose sur le lac de Vezins, doit se tourner vers l’avenir. « Si on n’oriente pas nos activités, il n’y a plus de Mazure. La clientèle actuelle ne reviendra pas sans lac », prévient Daniel Galopin, directeur du centre. En effet, ces dernières années, l’équipe de France de kayak a élu domicile à la base. Le centre étant également hôte d’évènements sportifs de haut-niveau, accueillant par exemple le sélectif du championnat de France de canoë-kayak en 2008. Le directeur se fait néanmoins à l’idée d’une rivière plutôt que d’un lac et a déjà de nombreuses idées de reconversion. « La vallée offrira plus d’espace. On va pouvoir développer des randonnées VTT, pédestres et même équestres. Et si les saumons arrivent à remonter (sourire), nous accueillerons les pêcheurs. » Cependant, quelques inquiétudes subsistent : « Si il n’y a pas un accompagnement de l’Etat, on est mort. Et puis, on part dans l’inconnu. « Les sédiments vont rester combien de temps ? Quand pourrons-nous exploiter la vallée ? » Daniel Galopin regrette pourtant qu’un million d’euros viennent d’être investis dans des travaux achevés en 2009 : « si on avait su, on aurait investi différemment. »
Beaucoup d’incertitudes entourent l’avenir de la vallée. Michel Thoury espère donc que tous les acteurs locaux s’ouvriront au dialogue : « Nous perdons les lacs, nous devons gagner une vallée ensemble ! »
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