Le Mont, tout le monde descend, préparez vos pépins !
Publié le 14 Juillet 2012
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Devant le Mont, on se mouille ! Des abribus seront installés « dans les prochains jours », promet le syndicat mixte du rétablissement du caractère maritime du Mont. S'il était décidé, un départ des navettes dès le parking ne pourrait pas être réalisable avant la saison 2013. Et la place passerait de 8,50 € à 12 €.
Marc Ollivier
« Elles sont où les navettes ? » C'est LA question du moment, au Mont. Depuis avril, plus une voiture, plus un vélo, n'a droit de passage sur la digue. Le visiteur a intérêt à s'être levé du bon pied et à l'avoir bien chaussé pour atteindre la Merveille. Qu'il le veuille ou non, il lui faudra marcher. Car les navettes, désormais seules à sillonner l'ouvrage, ne partent pas du parking géant, aménagé dans les terres, où on gare sa voiture pour 8,50 € (1)...
Ce vendredi après-midi, il pleut à torrent. Même si on soupçonne que par beau temps, l'aventure est extra, pas question de jouer les pèlerins sur 3 km. « Une navette, vite ! » Oui mais, aïe : on doit d'abord piger le fléchage, puis avaler 900 m à pinces pour en trouver une, à La caserne, la zone commerciale à côté du barrage sur le Couesnon. Ici, le chassé-croisé des touristes est saisissant. Des voitures à cheval tournent à vide : encore en test. Pas d'abribus : ça court en tous sens.
Il faut tout l'humour des « contrôleurs de trafic » et chauffeurs pour essuyer la mauvaise humeur qui vous gagne sous le ciré dégoulinant. « On n'est pas vendredi, on est samedi : un jour plus vieux ! », déride Bernard, moustache frétillante, en bloquant à 65 le nombre de passagers par navettes initialement prévues pour 100. L'ancien gendarme use et abuse du comique de répétition. À raison de 1 000 retours de touristes par heure en période de pointe. Un groupe d'Espagnols s'engouffre dans le « passeur », sans mot dire... « Préparez vos parapluies pour la descente ! »
« Prisonnier d'un parc »
Trois minutes plus tard, Vincent, jovial chauffeur originaire d'Andorre, nous lâche à 400 m des remparts. « Il faut encore marcher, mais le point de vue est magnifique », souligne un visiteur. Pourtant, ce Granvillais s'interroge sur les conditions d'accès de son beau-père octogénaire. « Des véhicules électriques pour les personnes âgées et handicapées partent du parking et les lâchent plus près, mais ils ne prendront pas son chien ! »
Ces Montoises embarquent aussi les employés des boutiques, hôtels, et leurs résidents. De loin, elles font envie au touriste lambda. De près, y'a pas de quoi, assure Florian, barman, en avançant « 40 minutes de trajet en plus » et le sentiment d'être « fliqué » : on doit tout le temps montrer nos papiers ! »
Entre les remparts, les griefs contre Véolia, le concessionnaire, s'amoncellent comme les nuages sur le calendrier estival. Pas besoin de monter bien haut pour trouver une pétition réclamant des aménagements. « Après 18 h, le Mont est mort. Les gens ignorent qu'il y a des navettes jusqu'à 1 h, se plaint l'hôtelier-restaurateur Patrick Gaulois, « prisonnier d'un parc d'attraction ». Beaucoup baissent le rideau. « Moins 30 % de chiffre d'affaires par rapport à 2011 », assure un vendeur de souvenirs.
La pluie calmée, vers 20 h, quelques Japonais avertis montent à l'abbaye. Là encore, la fréquentation a baissé mais on est ravi d'y déambuler presque seul au monde. « Jamais vu aussi peu de monde », constatent Edith, Jean-Luc et Jacques venus à pied... par les grèves, rejoindre leur copain Christian, arrivé par la navette. À 22 h, la mer enserre le rocher lorsqu'on le quitte. Les derniers bus sont rares.
« Le nouveau système semble encore patiner », constate la bande, impatiente, en évoquant le côté pratique de l'ex-parking maritime, gratuit après 19 h. « Il fallait le supprimer, mais c'est énervant de payer pour tout ! » « Non au racket ! », résume une Caroline furibarde, jurant qu'elle ne reviendra plus.
Il nous faudra près d'une heure pour retrouver le parking obscur, où un taxi tourne en rond, avec une cliente russe à déposer à la navette. « Elle est où ? C'est l'enfer ! » Un touriste francophone rigole : « Mais après viendra le paradis ! » En 2040, quand le Mont sera totalement désensablé...
Pascale VERGEREAU.
Photo : Marc OLLIVIER.
(1) Les 8,50€ comprennent le stationnement et la navette (aller-retour) en bus jusqu'aux abords du Mont.
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