Projet environnemental exemplaire ? Véritable enjeu européen ? Accords politiques douteux et contre nature ? Mélange des genres ?
Publié le 5 Janvier 2013
Projet environnemental exemplaire ? Véritable enjeu européen ? Accords politiques douteux et contre nature ? Mélange des genres ?
Ou miroir aux alouettes ?
Autant de questions légitimes que les habitants du Sud Manche se posent à la lecture des nombreux articles parus dans la presse locale de ces dernières semaines.
Tout en nous brossant un portrait idyllique des futures « gorges de la Sélune », on nous annonce sans vergogne que le retour de 30.000 anguilles argentées dans le fleuve permettrait la création de 5.000 emplois en Loire et en Aquitaine. Rien de moins. Mais comment peut-on encore sérieusement affirmer en 2013 que les anguilles se reproduisent dans la mer des Sargasses, alors que plusieurs études ont démontré depuis déjà longtemps que cette théorie relève plus de la légende que de la réalité? Quand il s’agit de défendre un projet qui fait l’unanimité contre lui sur le plan local, certains n’ont d’autre choix que de faire appel à des organisations internationales aux activités controversées, des personnalités célèbres, des leaders d’associations diverses, acceptant de distiller leurs doctrines dans nos campagnes contre un bon repas. On comprend bien qu’il s’agit là d’amis très lointains de notre Sélune et qu’il est normal que les intérêts des uns et des autres se confondent.
Après avoir soigneusement écarté ses opposants potentiels des réunions importantes et de divers comités, le Préfet de la Manche participe à cette offensive médiatique en publiant le premier numéro du « journal de l’opération d’effacement des barrages de la Sélune ». Même si le lecteur ne dispose d’aucune information sur le nombre d’exemplaires distribués, pas plus que sur la périodicité des parutions de « la Sélune au long cours », il ne pourra qu’apprécier l’effort de communication qui nous avait été promis par NKM en Février 2012.
Mais c’est une tâche à la fois ingrate et difficile que de tenter de justifier une telle opération. En effet, comment peut-on affirmer que la disparition des barrages permettrait aux anguilles de reconquérir les zones situées en amont de l’actuel barrage de la Roche Qui Boit, tout en reconnaissant (enfin) qu’elles étaient trop nombreuses et indésirables jusque dans les années 70, alors que cet ouvrage a été mis en service en 1920 et celui de Vezins en 1932? La preuve est donc officiellement établie et de manière indiscutable : les barrages de la Sélune n’ont jamais constitué d’obstacle à la circulation des anguilles. Si tel avait été le cas, l’espèce aurait disparu bien avant les années 80 et on ne constaterait pas son retour, même timide, depuis une ou deux saisons. Il serait moins utile pour défendre le projet d’arasement mais certainement plus honnête, d’évoquer la disparition des zones humides et la pollution des cours d’eau pour expliquer un phénomène qui dépasse très largement les frontières de notre région.
Par ailleurs et quand on évoque la présence du saumon dans la vallée de la Sélune, il serait bon de préciser que le Loir et son affluent le Moulinet se trouvent en aval de la Roche Qui Boit. L’eau du fleuve sera beaucoup plus turbide après la suppression des barrages qui jouent un rôle de filtres et de bassins de décantation. Cela ne manquera sûrement pas de dissuader les saumons d’en remonter le cours et il y a fort à penser pour qu’ils disparaissent purement et simplement de la Sélune. A moins de prévoir une nouvelle extension de l’usine de la Gauberdière et faire en sorte que la totalité des eaux soit filtrée, pas seulement celle destinée aux humains, mais aussi celle qui devrait attirer le roi des salmonidés. 84% du coût des travaux sont financés par l’Agence de l’eau et 10% par le Conseil Général. On ne nous dit pas d’où viendront les 6% qui manquent. Pourquoi ne pas mettre les saumons à contribution ?
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