Rappel de la position des ADB
Publié le 24 Mai 2012
Rappel de la position des ADB
Le 13 novembre 2009, Chantal JOUANNO, alors Secrétaire d'État à l'écologie, a annoncé le non renouvellement de la concession des barrages de Vezins et la Roche-qui-Boit et leur effacement. Une décision justifiée par le rétablissement de la « continuité écologique », de la qualité de l'eau et la nécessité d'assurer la circulation des poissons migrateurs, notamment les saumons.
Ces justifications sont discutables et une telle opération est extrêmement risquée pour la vallée et pour la baie du Mont St Michel.
Sur le plan écologique :
La Sélune et ses lacs de retenue (comme tous les cours d’eau de France et d’Europe) sont concernés par la pollution. Nitrates et phosphates atteignent ici des concentrations importantes, favorisant l'eutrophisation des lacs et le développement de cyanobactéries, susceptibles de produire des cyanotoxines potentiellement dangereuses pour l'homme et la faune sauvage. Les pesticides sont également présents et la teneur en azote des eaux du lac a très largement augmenté au cours des 30 dernières années.
Cette pollution provient de l'amont des barrages dont les retenues servent de filtres, de bassins de décantation et de réceptacle. (Même si ça n’est pas leur vocation première)
L'arasement des barrages n'aurait donc aucun effet positif sur l'amélioration de la qualité des eaux, bien au contraire. Leur effacement permettrait le libre écoulement des sédiments pollués vers l'aval et jusque dans la baie du Mont-Saint-Michel pendant de nombreuses années.
(désenvasement de la baie, Natura 2000, parc marin ?)
La dépollution des lacs est techniquement possible, de même que leur oxygénation ne pose pas de problème particulier.
La pêche et les loisirs :
Aucune étude n'établit de lien direct entre la présence des barrages et la diminution des populations de saumons et d'anguilles.
Rien n'atteste la présence des saumons en amont du barrage de Vezins avant sa construction, en 1930. L’eau est de meilleure qualité en aval de la RQB qu’en amont de Vezins. C’est ce qui fait que les saumons sont encore présents sur la partie aval de la Sélune. La suppression des barrages aurait pour conséquence de rendre l’eau d’une qualité incompatible avec l’existence des saumons qui disparaîtraient complètement de l’ensemble du cours de la Sélune.
Aujourd’hui, les lacs attirent un grand nombre de pêcheurs de carnassiers, carpes, silures et poissons blancs. Le vice-président de la fédération de pêche de la Manche a déclaré publiquement que ces pêcheurs devront disparaître de ce territoire qui sera désormais réservé uniquement aux pêcheurs de saumons. Il a suggéré aux pêcheurs de carpes et de carnassiers de migrer vers la Vire… Heureusement que tous les « saumoneux » ne partagent pas son avis !
En tout état de cause, l'aménagement de passes à poissons efficaces sur les barrages n'est pas insurmontable. Surtout, la dépollution des eaux en amont est un préalable incontournable à leur suppression.
L’énergie :
Les usines de Vezins et la RQB produisent une énergie propre, renouvelable et très rentable.
25 Millions de Kw/h par an, de quoi alimenter 12/15.000 habitants.
L’Etat prône le développement des énergies renouvelables, parfois très coûteuses.
Le nouveau président de la République a déclaré vouloir réduire la part du nucléaire en passant d’environ 75% à 50%. La suppression de nos usines irait à contre courant des mesures annoncées.
Les lacs de retenues forment une réserve de 20 Millions de m3 d’eau. La seule du Sud-Manche. On nous annonce des épisodes de sécheresse de plus en plus nombreux et sévères.
Rappelons aussi que nous ne disposons pas de nappes phréatiques suffisantes dans notre région. 30.000 habitants sont actuellement alimentés en eau potable grâce à l’usine située en aval du barrage de la RQB. L’eau brute qui y est pompée est facilement transformable en eau potable grâce aux qualités de filtres des barrages.
Sur le plan économique :
- une quarantaine d’emplois directs sont menacés ;
- beaucoup d’emplois induits difficiles à quantifier (commerces locaux etc.).
Le financement des opérations d’arasement, de la « renaturation » de la vallée et d’éventuelles mesures d’accompagnement économique sera forcément trouvé dans la poche du contribuable parce qu’il s’agit d’argent public.
Compte tenu de la situation délicate dans laquelle se trouve notre pays, il ne nous paraît pas raisonnable d’engager plusieurs dizaines de millions d’euros dans une opération à haut risque et très largement prématurée.
On a pris une décision sans réfléchir à ses conséquences, pas plus qu’à la façon dont on allait la mettre en œuvre. La raison aurait voulu qu’on réfléchisse avant et qu’on décide ensuite.
On a mis la charrue avant les bœufs.
Ceux qui à aujourd’hui se déclarent favorables à la suppression des lacs et des barrages du Sud-Manche ne sont que des « amis » très éloignés de la Sélune. Leurs voix nous viennent des sphères parisiennes, de Grande Bretagne et d’outre Atlantique.
L’immense majorité de la population locale est opposée à ce projet et elle est très largement (et de plus en plus) soutenue par ses élus ainsi que par les politiques de tous bords.
Les pouvoirs publics doivent en tenir compte. Pour l’heure, on nous ignore poliment…
Que doit-on faire pour être entendus ?
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