Le grand ingénieur Albert CAQUOT (1881-1976) et les barrages (par Thierry KERISEL, son petit-fils, ingénieur général des ponts et chaussées er.)
Publié le 31 Juillet 2014
Le grand ingénieur Albert CAQUOT (1881-1976) et les barrages
(par Thierry KERISEL, son petit-fils, ingénieur général des ponts et chaussées er.)
Albert CAQUOT fut l’un des plus grands ingénieurs du 20e siècle. Ses découvertes théoriques et ses réalisations sont très nombreuses, aussi bien dans le domaine de l’aéronautique (ballon d’observation de la guerre 1914- 1918 adopté par toutes les armées et flottes alliées, etc.), que de l’hydraulique ou du génie civil.
Dans ce domaine du génie civil, il a conçu : plus de 400 ponts (dont le pont de la Caille ou pont des Usses en 1928, record mondial de portée à l’époque, le pont Georges V à Glasgow aussi en 1928, le pont Lafayette au dessus de la gare de l’Est à Paris en 1928 et la technique du pont à haubans qu’il a inventée), des barrages, que je vais évoquer, des ouvrages très divers : tunnels, grande écluse de Donzère Mondragon, grande forme de radoub Jean-Bart à Saint Nazaire en 1935, structure interne de la statue du Christ Rédempteur sur la montagne du Corcovado à Rio-de-Janeiro en 1931, centrales électriques, réseaux d’assainissement, môle d’escale, hangars d’aviation, réservoirs de gaz, siphon sous-fluvial (…)
Dans le domaine des barrages, les deux premiers qu’a réalisés Albert CAQUOT sont la Roche-qui-Boit terminé en 1919, et Vezins terminé en 1932, sur la Sélune. Leurs hauteurs sont respectivement de 15 m et 36 m, et leurs longueurs de crête 125 m et 278 m. Les puissances hydrauliques installées sur ces deux barrages sont de 1,75 MW pour La Roche qui Boit et 12,50 MW pour Vezins. Tous deux sont du type à contreforts et voûtes multiples minces en béton armé.
Lorsque les appuis sont trop distants, cette technique du barrage à contreforts permet de réaliser un ouvrage avec une grande économie de matériaux. Le mur multi-voûtes en béton s’appuie sur des contreforts en béton armé encastrés dans la fondation, qui reportent la poussée de l’eau sur les fondations inférieures et sur les rives.
Comme le montre la base internationale de données techniques de génie civil « Structurae », cette technique était très innovante, puisque La Roche-qui-Boit fut le premier barrage de ce type construit en Europe.
Albert CAQUOT réalisera ultérieurement avec la même technique : le barrage de Rophémel (Côtes d’Armor) sur la Rance à 15 km au sud de Dinan (1931-1938) (hauteur 27 m et longueur de crête de 126 m), le barrage de La Girotte (1944-49) en Savoie, barrage en haute montagne (1.753 m), au pied du glacier de Tré-la-Tête, sur la rivière Donnet. Se passant d’armatures, Albert CAQUOT conçoit alors des voûtes multiples en béton en forme de demi-tores, côte à côte, l’ensemble se développant sur 510 m en crête sur une hauteur de 48,50 m.
Albert CAQUOT réalisera aussi d’autres barrages : le barrage du Sautet (Isère), sur le Drac, à 40 km au sud-est de Grenoble, mis en service en 1935, arc de 126 m de hauteur et de 80 m de longueur en tête, dans une gorge étroite en forme de V, le barrage de Mantasoa (1937) à Madagascar servant à réguler le cours de l’Ikopa à une soixantaine de kilomètres de Tananarive, la fermeture de la Rance pour la construction à sec de l’usine marémotrice de la Rance (Ille-et-Vilaine) (1961-1966).
Compte tenu de leurs dates de réalisation, les puissances électriques des barrages de la Roche-qui-Boit et Vezins sont faibles par rapport aux puissances des grands barrages récents, mais ils produisent une électricité à faible coût et sans émission de gaz carbonique, à proximité immédiate d’une région, la Bretagne, qui produit moins de 10 % de l’énergie qu’elle consomme. Il serait donc particulièrement inepte économiquement de détruire à grands frais, ces ouvrages. Au contraire, une recommandation du Comité des ministres du Conseil de
l’Europe adoptée le 13 septembre 1990 rappelle que le patrimoine technique, industriel et des ouvrages d’art constitue une partie intégrante du patrimoine historique de l’Europe ; elle recommande donc aux gouvernements des Etats membres d'appliquer à ce patrimoine de nature spécifique des mesures juridiques de protection et de conservation.
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