Madame la Préfète de la Manche : Synthèse de la réunion publique du 2 Juillet 2014 à Isigny-le-Buat
Publié le 13 Juillet 2014
ssociation loi 1901 N° W501000490
3, Résidence des Vallons
50600 St HILAIRE DU HARCOUET
Le 11 Juillet 2014
Madame la Préfète de la Manche
Place de la Préfecture
CS 10419
50009 Saint-Lô Cedex
Objet : Réunion publique du 2 Juillet 2014 à Isigny-le-Buat
:
Madame la Préfète,
Une réunion publique s’est tenue à l’initiative de l’association Les Amis du Barrage le 2 Juillet 2014 à Isigny-le-Buat.
Je m’étais engagé auprès du public à vous faire parvenir une synthèse que vous trouverez ci-après. Elle rassemble les propos et les sentiments exprimés lors de cette soirée.
Cette réunion avait pour objet de recueillir les avis et les commentaires de la population locale sur la suppression programmée des barrages et des lacs de la Sélune, les méthodes que les pouvoirs publics entendent mettre en œuvre, ainsi que le devenir de la vallée en cas d’arasement des ouvrages.
Etaient présents à la tribune : G Huet (Député, Président de la Communauté de communes Avranches-Mont Saint-Michel), L Desloges (Conseiller général d’Isigny-le-Buat), J Bouvet (Conseiller général de St Hilaire du Het, Maire de St Martin de Landelles), H J Dewitte (Conseiller général de Ducey, 1er Vice-président de la communauté de communes, 1er Vice président de la Communauté de communes Avranches-Mont Saint-Michel), P Delaunay (Conseiller général de St James), E Goupil (Maire d’Isigny-le-Buat), S Saliot (Maire de St Laurent-de-Terregatte), D Laporte (Maire de Ducey), S Crochet (Maire-déléguée de Vezins et J Kaniowsky (Président de l’association Les Amis du Barrage).
B Pinel (Maire et Conseiller général honoraire d’Isigny-le-Buat), G Badiou, (Maire de St Hilaire du Het, Président de la Communauté de communes, Président du Syndicat mixte du Pays de la Baie) et M Gérard (Maire de Poilley) étaient excusés.
Sur la suppression des barrages, ses conséquences et les motifs invoqués
Le Député a une nouvelle fois affirmé que la décision de supprimer les barrages sur la Sélune a été prise pour faire plaisir à des associations écologistes internationales. Il a rappelé que tous les élus présents à la tribune demeurent opposés à l’arasement. A noter que tous les candidats à la législative de notre circonscription en 2012 s’étaient prononcés pour le maintien des barrages, y compris EELV, lors d’une réunion publique organisée par les ADB.
Le public s’interroge sur l’utilité des élus si leur avis n’est pas pris en compte par l’Etat et ses représentants.
Si les poissons migrateurs sont présents à l’aval du barrage de la Roche Qui Boit, c’est bien grâce au rôle de filtres et de bassins de décantation des retenues, même si ça n’est pas leur vocation première. La disparition des ouvrages entrainerait de fait celle des saumons sur la totalité du cours de la Sélune.
La raison voudrait que la qualité des eaux qui viennent de l’amont soit sensiblement améliorée avant de procéder à la destruction des ouvrages. C’est aussi ce que soutient le GRAPE qui l’a écrit aux pouvoirs publics.
« On veut mettre la charrue avant les bœufs. »
JP DORON (Fédération Départementale de la Manche) a clairement annoncé lors d’une AG houleuse de l’AAPPMA de DUCEY que les pêcheurs de deuxième catégorie devront s’exiler vers la Vire puisque la Sélune sera réservée aux pêcheurs de salmonidés, en particulier de saumons.
Pêcheurs de blanc, de carpes, de carnassiers expulsés ! De quel droit ?
A BERNE (Directeur de l’Agence de l’Eau) avait pourtant promis le financement et la création de plans d’eau pour que la pratique de cette pêche soit préservée. Il serait revenu sur ses promesses et proposerait une simple « mare à canards » pour contenter les râleurs.
Inacceptable !
JP Jeglot (Président de l’AAPPMA de St Hilaire) rappelle que le lac de Vezins attire un nombre très importants de pêcheurs qui viennent parfois de très loin et en famille. Si le lac disparaissait, le nombre de cartes vendues diminuerait considérablement.
M Chapelier (Président de l’AAPPMA de Sourdeval) se dit sidéré par cette décision politique aberrante. Beaucoup de pêcheurs sourdevalais sont des assidus du lac de Vezins et refusent d’admettre sa disparition.
Les lacs constituent la seule réserve d’eau du Sud Manche dépourvu de nappes phréatiques. La production d’eau potable risque fort d’être compromise après la suppression des barrages qui garantissent un débit minimum de 2 m3 /s en période d’étiage.
C’est le débit minimum nécessaire à une production suffisante. Le débit naturel d’étiage de la Sélune est de 0,9 m3 /s sans barrages. On va créer des bassins pour stocker une réserve.
Sera-t-elle suffisante ?
L’Agence de l’eau aurait financé à 85% une nouvelle structure inaugurée en Janvier dernier à l’usine de Ducey. Depuis le 1er Juin le bassin tampon est à sec pour d’importants problèmes dus à la photosynthèse, à l’apparition d’algues, de cyanobactéries, de boues…
Qui peut garantir que ces installations donneront satisfaction et qu’il n’y aura pas de défaut d’alimentation en eau potable ?
Et qu’adviendra-t-il en cas de sécheresse ?
En 1976 mais aussi en 2003 on pompait de grandes quantités d’eau dans le lac pour alimenter le bétail et arroser les cultures. B PINEL avait mis en place un service d’approvisionnement en réquisitionnant les camions citernes des pompiers.
Les usines hydroélectriques de Vezins et la Roche-qui-Boit produisent actuellement une quantité d’énergie propre, modulable, renouvelable et rentable qui est loin d’être négligeable au regard des objectifs recherchés. Et cela, même si elle est jugée « relativement modérée ».
25 Millions de KWh par an qui pourraient être multipliés par quatre en construisant une STEP.
On va remplacer Vezins et la RQB par des éoliennes ? Elles coûtent une fortune à construire et à déconstruire, ne produisent que 20% du temps, polluent visuellement le paysage et physiquement le terrain qu’elles occupent avec les quantités phénoménales de béton nécessaires à leur implantation et elles pollueront encore quant elles seront en fin de vie… Tout comme les panneaux solaires.
L’instauration d’une cote d’hiver (moins 2 m) permet de réguler le débit du fleuve quand il ne dépasse pas 60 m3 / s, évitant ainsi dégâts et désagréments répétés plusieurs fois dans l’année.
Il n’est malheureusement pas possible d’éviter les conséquences des fortes crues. Mais elles sont exceptionnelles dans notre région.
Les ADB ont pu prouver que le responsable de la DDTM ne disait pas la vérité quand il affirmait que les barrages n’ont aucun rôle dans la régulation du débit de la Sélune en cas de forte pluviométrie et qu’ils sont transparents. La preuve a été faite par un fax émis par EDF et qui montre un décalage entre le débit sortant et le débit entrant pendant un épisode de fortes précipitations.
Quel besoin de mentir quand on prétend mener une opération exemplaire ?
Les pouvoirs publics envisagent de mettre en place un dispositif baptisé « Vigicrues » après l’arasement des barrages. Il ne s’agit que d’un dispositif d’alerte qui n’est pas destiné à empêcher la Sélune de sortir de son lit. « Vigicrues » préviendra seulement les habitants d’un danger imminent mais sans l’atténuer et encore moins l’éviter.
Nous ne pouvons nous satisfaire de l’annonce de solutions qui, à l’évidence, n’en sont pas.
L’Etat, EDF et l’Agence de l’eau sont censés financer la destruction des ouvrages. Le coût des travaux est estimé à « plusieurs millions d’euros » par le Directeur Territorial et Maritime des rivières de Basse-Normandie. Mais il ne dit pas combien. De tels propos paraissent totalement irresponsables quand il s’agit d’argent public. Et quel que soit le montant des sommes nécessaires, tout le monde s’accorde à dire que notre pays n’a pas les moyens de financer une opération qui n’est ni justifiée ni urgente. Ce serait gaspiller l’argent du contribuable.
Des propriétaires riverains se sont manifestés pour dénoncer la dévalorisation de leurs biens en cas de disparition des lacs. Il en va de même pour les abris de pêcheurs qui ne sont pas tous illégaux comme le prétend le responsable de la DDTM. La communauté britannique a elle aussi tenu à exprimer ses inquiétudes et son désarroi par la voix de son interprète.
L’Etat a-t-il prévu d’indemniser ces propriétaires ? Si oui, à quelle hauteur ? Avec quel argent ? Et quelle serait la procédure à suivre ?
Tous les terrains n’ont pas été vendus lors de la mise en eau des retenues. Certains propriétaires ont accordé un droit d’immersion à EDF. Un ayant-droit d’une des familles concernées entend récupérer ses terrains s’ils étaient exondés.
La vidange et la gestion des sédiments : des méthodes jugées hasardeuses et dangereuses
Présence de métaux lourds : chrome, nickel, cobalt, cyanure, cuivre, mercure (…) dans le cône de l’Yvrande.
Lors de la vidange de 1993, 4.000 m3 de métaux lourds avaient été extraits et mis en décharge. Pourquoi ne pas tout enlever au lieu de créer un véritable centre d’enfouissement et de condamner définitivement le cours d’eau ? Un problème de coût ? Alors qu’on parle de rétablir la continuité écologique on veut obstruer l’Yvrande… C’est incohérent.
C’est exemplaire ? Non, c’est inacceptable.
Faire travailler la rivière qui retrouve son lit pour transporter les sédiments vers l’aval. Crues, forts débits vont déplacer la vase de la queue du lac vers le pont des Biards et au-delà en aval. Comment gérer ces débits pour éviter qu’une catastrophe ne se produise comme en 1993 ?
Fixer les sédiments dans des merlons pour éviter qu’ils ne se déposent dans le lit mineur de la Sélune. Est-ce que c’est une méthode éprouvée ? Ou est-ce que la vallée va servir de laboratoire d’expériences ? Quelle certitude que les boues se fixeront bien dans ces cages à vase et qu’elles y resteront ? Les merlons seront-ils éternels ? Quelles certitudes avons-nous sur cette méthode et qui nous dit qu’une grande partie de la vase ne s’accumulera pas dans le « culot merdeux » pour finir à l’aval et jusque dans la Baie ?
Cette méthode hasardeuse fait craindre de nombreux risques de graves pollutions répétées, colmatage des frayères en aval, envasement de la Baie, taux de mortalité énorme. Mais le responsable de la DDTM entend utiliser la méthode infaillible dite de « l’équarrissage » qu’il a déjà expérimentée en 1993 en provoquant un « Tchernobyl » de la biodiversité.
Il avait fallu trois ans pour retrouver quelques poissons vivants dans la Sélune aval. L’élevage et la conchyliculture avaient été sévèrement impactés.
Madame MC Manet (Présidente de l’AGEB) fait part de ses vives inquiétudes quant à la perturbation écologique que pourrait provoquer l’arasement. La présence d’un taux potentiellement dangereux de matières en suspension dans la Baie du Mont Saint-Michel présenterait un risque sur un écosystème déjà fragile.
Elle en a déjà averti les services de l’Etat et n’a pas obtenu de réponse satisfaisante.
Quel projet de développement économique et de réaménagement de la vallée ?
Une fois les lacs vidangés, la vallée sera inaccessible, inexploitable et dangereuse pendant plusieurs années. Tourisme, commerce local, centre de loisir, la Mazure : un avenir compromis.
Après ETHEIS, un nouveau groupement de cabinets d’études poétiquement baptisé « les Maîtres du Rêve » a été désigné pour élaborer un nouveau projet de développement et de « renaturation » de la vallée.
Ce projet à venir n’est-il pas condamné d’avance faute de financements ?
Un relevé de décisions signé par la ministre de l’époque fait suite à une réunion au Ministère de l’Environnement à laquelle nos élus ont participé le 16 Février 2012.
Il fait état de « deux millions immédiatement disponibles pour un projet sur la Mazure ». Promesse non tenue. La fermeture définitive est envisagée.
« La vidange intégrera une gestion exemplaire des sédiments ». L’amateurisme ambiant fait craindre le pire.
« L’abaissement des plans d’eau sera postérieur à la mise en œuvre des mesures d’accompagnement économiques ». Tout porte à croire que ce ne sera pas le cas.
« L’Etat pourra envoyer des experts sur place (…) si les acteurs locaux le jugent utile ». Le Préfet avait fait la promesse d’organiser une réunion publique d’information avec la participation d’experts de l’Etat. Promesse non tenue.
Les pouvoirs publics communiquent peu et mal sur ce dossier. L’Etat a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Pourquoi tiendrait-il les suivantes ? La population locale a le sentiment d’être méprisée
Des lacs vides, une vallée embourbée, puante et polluée, laissée à l’abandon faute de financements, des emplois perdus et un réaménagement de la vallée repoussé aux calendes grecques. Telles sont les craintes d’une population locale qui a le sentiment d’être méprisée. Beaucoup de voix se sont élevées mercredi soir pour dire qu’il est temps de passer à des actions violentes.
« Pour être entendus, il faut faire comme les Bretons, il faut casser. Alors on va casser. »
J’espère vivement que les pouvoirs publics sauront réagir avant que la situation ne devienne ingérable, à la fois pour les élus et pour le président d’association que je suis.
Il me semblerait raisonnable et judicieux de discuter d’un moratoire d’un délai nécessaire et suffisant pour permettre aux services de l’Etat ainsi qu’à tous les acteurs politiques et économiques de faire en sorte que toutes les conditions soient réunies afin que l’effacement des barrages soit une réussite exemplaire quand le temps de l’opération sera venu.
La réunion publique promise par votre prédécesseur serait certainement bienvenue et utile.
Je reste à votre disposition pour vous fournir toute autre précision par tout moyen à votre convenance.
Dans cette attente,
Je vous prie de croire, Madame la Préfète, à l’expression de mes salutations respectueuses.
John KANIOWSKY
Président
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