Glyphosate : une bonne leçon de démocratie
Publié le 28 Octobre 2017
Editorial. Le report, mercredi, de la décision sur la réautorisation de l’herbicide montre que la Commission ne peut plus écarter des discussions les citoyens et les députés européens, dont les inquiétudes sont légitimes.
LE MONDE |
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Editorial du « Monde ». Faut-il prolonger ou interdire l’usage du glyphosate, plus connu sous le nom de Roundup ? Depuis deux ans, les gouvernements européens tergiversent. Car, depuis mars 2015, l’herbicide le plus vendu dans le monde est aussi classifié « cancérogène probable » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette agence des Nations unies est arrivée à cette conclusion sur la base du travail mené pendant un an par un groupe d’experts indépendants.
Jusqu’à mercredi 25 octobre, pourtant, il n’était question, pour la Commission européenne et la plupart des Etats membres de l’UE, que de renouveler pour dix ans l’homologation du « best-seller » du groupe américain Monsanto. En d’autres termes : de prendre la décision de continuer à exposer leurs concitoyens, les agriculteurs en premier lieu, à un pesticide jugé probablement cancérogène par l’agence scientifique internationale de référence.
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Le doute jeté sur l’ensemble des données scientifiques produites par Monsanto sur l’innocuité de ses produits est profond. Il a ébranlé l’opinion publique et choqué les députés européens qui, le 25 octobre, ont adopté une résolution, non contraignante, exigeant l’interdiction du glyphosate d’ici à 2022. Seules la Commission européenne et ses agences semblent vouloir ignorer à la fois l’onde de choc provoquée par cette affaire et l’ampleur de la remise en question du système européen d’évaluation des pesticides. Ces atermoiements ne peuvent susciter que l’incompréhension, voire la colère.
Prendre des décisions politiques « fondées sur la science » : à Bruxelles, ce slogan de lobbyiste est devenu un mot d’ordre, quand il n’est pas un mot d’excuse. Car les industriels exigent que les décisions soient fondées sur la science, à condition qu’il s’agisse de la leur. Il est salutaire que les citoyens, écartés de discussions techniques menées à huis clos, fassent entendre leurs inquiétudes et se réapproprient le débat démocratique. Même fondées sur la science, les décisions ne peuvent être que politiques. La Commission européenne ne peut l’ignorer.
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