L’EAU SOURCE DE VIE, UNE AFFAIRE DE TOUS
Publié le 5 Septembre 2018
L’EAU SOURCE DE VIE, UNE AFFAIRE DE TOUS
-Les décideurs de tous niveaux et leurs exécutants, qui prônent aujourd’hui avec un acharnement à la limite de l’indécence la politique d’arasement des barrages de la Sélune, sont-ils prêts à assumer toutes leurs responsabilités après la découverte d’un jugement erroné dans quelques années ?
C’est la réponse à cette question qu’il serait bon de connaitre dès aujourd’hui.
-Il s’agit d’un acte d’une gravité extrême qui met en jeu de la vie des habitants au profit de rares saumons qui ne bénéficient plus de l’avantage d’une eau fraiche, oxygénée et d’un débit réservé. Quelqu’un devra répondre de cette action scandaleuse, sans échappatoire possible du style « responsable mais pas coupable » que l’on a connu dans le passé avec l’affaire dite du sang contaminé.
-Le service des eaux de la région nord d’Ille et Vilaine ne dispose pas suffisamment de réserves d’eau pour subvenir à d’éventuels besoins, notamment pour alimenter St Malo durant la période estivale (ce qui représente en cette période 250 000 h). Afin d’éviter une catastrophe, l’habitude est prise si besoin est, en plus de certaines restrictions, de réquisitionner les étangs privés de la région. Bien que ce ne soit pas un problème d’argent il y existe une autre solution plus rationnelle, plus sure et peu onéreuse puisque l’eau est là dans la retenue du barrage de Vezins située à la limite des départements 35 et 50.
-Les habitants du nord de l’Ille et Vilaine, seraient-ils les seuls à être victimes des erreurs d’appréciation et manquements de l’Etat ?
-A l’autre bout de la France, à Mayotte 101èmeDépartement français, dès 2016-2017, les 260 000 habitants recensés auxquels s’ajoutent environ 50 000 clandestins, connaissaient déjà les méfaits des dérèglements climatiques, avec une pénurie d’eau potable qui devait durer plus de deux mois. L’eau potable provient pour 80% des eaux de surface contenues dans deux retenues collinaires. Depuis 2006 le schéma directeur prévoyait la nécessité d’aménager un troisième réservoir d’une capacité de 3,5 millions de m3, mais suivant la Préfecture, cela coûterait cher à l’Etat (32 millions d’euros), la politique était alors orientée vers une solution de résignation.
-Sur place l’on constate que l’île loin d’être désertique est luxuriante. Elle enregistre même des taux de pluviométrie bien supérieurs à la métropole, 700 mm par an au nord et 1100 mm an au sud, par comparaison à Rennes où la moyenne est 694 mm an.
-En 2016 les pluies d’hivers ont tardé à se manifester, les deux réserves sont pratiquement vides. Les premières mesures prises sont les coupures, disponibilité un jour sur deux voire un jour sur trois, l’eau stagnante dans les conduites a perdu sa potabilité. La population n’a pas d’autre choix que d’utiliser des eaux contaminées sources de maladies infectieuses telles que fièvre typhoïde, gale, hépatite A, une longue liste de maladies souvent mortelles pour les jeunes enfants .Le pire est pour les services de la PMI (protection maternelle et infantile) qui sont en grève constamment car ils n’ont plus d’eau et ne peuvent soigner décemment. Au dispensaire médical de Dembeni lorsqu’il y avait accès à l’eau elle était stockée dans des poubelles. On frôle le drame sanitaire.
-A noter que la mortalité infantile à Mayotte est quatre fois plus élevée qu’en métropole. A Mamoudzou, capitale de Mayotte, l’hôpital était touché, c’est aussi l’une des plus grandes maternités de France voire d’Europe avec 10 000 naissances par an, soit plus de la moitié des accouchements sur l’île.
-Aujourd’hui à Mayotte, après cet épisode dramatique, on parle de la construction du barrage, cela coûtera 32 millions d’euros, mais depuis 2006 combien de victimes en plus ? L’Etat n’a pas fait le bilan de cette tragédie.
-Sacrifier les barrages de la Sélune coûterait quatre fois plus cher que la construction du barrage de Mayotte, les saumons espérés abandonneraient le site, le patrimoine, y compris touristique, serait définitivement détruit, un château d’eau de 20 millions de m3 serait rayé de la carte. Cette dernière absurdité nous placerait, quelque part, dans les mêmes conditions de précarité que les habitants de Mayotte en 2016- 2017.Que les représentants de l’Etat réfléchissent en évitant les restrictions d’eau tout en ne réinventant pas le scandale du siècle dernier avec cette fois-ci de l’eau contaminée.
-Face aux tournures imprévisibles du changement climatique annoncé et déjà présent, l’eau est plus que jamais l’affaire de tous. Une décision d’arasement serait un acte criminel à l’encontre de toute la population concernée.
J-L VARINOT
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