La destruction programmée des Barrages de la Sélune Dans un contexte de forte opposition locale
Publié le 4 Octobre 2018
LES AMIS DU BARRAGE
Association loi 1901 N° W501000490
3, Résidence des Vallons
50600 St HILAIRE DU HARCOUET
lessamisdubarrage@gmail.com
5 Septembre 2018
La destruction programmée des Barrages de la Sélune
Dans un contexte de forte opposition locale
L’association « Les Amis Du Barrage » a été créée en 1993. Elle compte aujourd’hui un peu plus de quatre cents membres actifs et près de vingt mille sympathisants.
La décision de supprimer les lacs et les barrages de la Sélune nous a été annoncée par plusieurs gouvernements successifs depuis Novembre 2009.
Bien que contestée à juste titre par l’ensemble des élus et l’immense majorité de la population concernée, elle a été à chaque fois présentée comme définitive et irréversible.
Les raisons invoquées seraient le rétablissement de la continuité écologique et de la qualité de l’eau, auxquelles s’ajoutent depuis peu des allégations selon lesquelles la production des deux usines hydroélectriques serait « déficitaire ».
La pollution :
Les barrages ne polluent pas mais leurs lacs servent de bassins de décantation et retiennent une partie de la pollution qui vient de l’amont. Les humains et les salmonidés profitent ainsi d’une eau de qualité correcte à l’aval. Prétendre que les migrateurs remonteraient le cours de la Sélune quand les barrages auront disparu serait parfaitement illusoire car les eaux souillées se déverseraient jusque dans la baie du Mont St Michel et les saumons ne dépasseraient sans doute pas l’embouchure du fleuve dont ils disparaîtraient totalement.
Il serait donc judicieux d’améliorer la qualité des eaux provenant de l’amont, en adaptant les pratiques culturales avant de supprimer les ouvrages.
La production d’électricité des deux usines hydroélectriques permet d’alimenter l’équivalent de 15.000 personnes d’une énergie propre, stockable, renouvelable, et modulable. Les deux ouvrages produisent 14 MW et pourraient produire 50 MW avec une STEP.
Il serait incohérent de s’en priver, en pleine période de transition énergétique, sans attendre
d’avoir mis en place une ou des solutions alternatives.
La seule réserve d’eau du Sud-Manche :
Les conséquences du changement climatique entraîneront une multiplication des périodes de
sécheresse. La disparition des lacs nous priverait d’une précieuse réserve de 20 Millions de
m3 d’eau. (Besoins en eau potable et usages agricoles)
L’effet retardateur et modérateur des deux ouvrages sur les conséquences des crues du
fleuve n’est plus à démontrer. L’instauration en 2000 d’une cote d’hiver à moins deux mètres
permet depuis lors d’en limiter les effets destructeurs.
Le coût exorbitant de la démolition (68 millions d’Euros) des barrages et de la
« renaturation » de la vallée dépasserait à la fois l’entendement, les moyens de l’Etat et ceux
des collectivités territoriales incapables de supporter la charge des investissements
nécessaires, de l’entretien des structures à créer et de leur fonctionnement.
Un groupe privé s’est porté candidat à l’exploitation des structures pour une ultime
concession. Il nous paraît indispensable de poursuivre l’étude de faisabilité de ce projet à la
fois industriel et écologique. Le prix de l’électricité devrait augmenter d’au moins 15% dans
les toutes prochaines années et l’objectif d’une réduction importante de la part du nucléaire
dans le mix énergétique ne sera probablement pas atteint.
L’analyse de ces arguments de bon sens avait conduit Madame Ségolène ROYAL, alors
Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, à prendre une
décision de nature à satisfaire la quasi-totalité des protagonistes tout en ramenant la
sérénité dans une vallée soucieuse de son avenir tant environnemental qu’économique.
L’arrêté préfectoral du 3 Mars 2016 qui en résulte (Et qui est toujours en vigueur) prévoit
la vidange nécessaire de la seule retenue de Vezins. Une fois l’assec réalisé, des expertises
menées sur l’ensemble des installations, une décision basée sur les rapports d’experts serait
finalement prise.
Si l’état des structures est jugé à risque pour la sécurité et la poursuite de l’exploitation, on
s’orienterait vers une destruction de l’ouvrage.
Dans le cas contraire, une ultime concession de trente ans serait attribuée.
Cette période transitoire pourrait être mise à profit pour améliorer la qualité des eaux
provenant de l’amont et acquérir les moyens techniques et financiers susceptibles de
permettre la réalisation d’une opération « exemplaire aussi bien au plan technique,
environnemental que d'accompagnement des acteurs locaux ». C’était la promesse de l’Etat.
Il serait judicieux de mener, pendant ce temps, une réflexion sur les moyens de suppléer la
production d’énergie renouvelable, la réserve d’eau et de prévenir les risques d’inondation.
L’ensemble de la population concernée et ses élus attendait donc sereinement qu’une décision
basée sur des éléments pragmatiques soit prise dans l’intérêt général.
Le communiqué de presse du 14 Novembre 2017 de Monsieur Nicolas HULOT, à l’époque
Ministre de la Transition écologique et solidaire a semé effroi et incompréhension sur la
population du Sud-Manche. Possiblement mal informé, il a décidé, unilatéralement et sans
concertation, la démolition immédiate des ouvrages de Vezins et La Roche Qui Boit.
Il a mis fin au processus initié par son prédécesseur, sans même répondre aux courriers de
demande d’explications sur les raisons de cette volte-face.
Outre la stupéfaction, cette décision a eu pour effet de raviver les tensions et de réinstaurer
une situation conflictuelle alors que les esprits s’étaient enfin apaisés.
La raison voudrait que le processus initié par Madame ROYAL soit mené à son terme,
comme prévu, quelle que soit la décision finale qu’il en résulterait.
C’est la demande de l’association Les Amis du Barrage que je préside, de la majorité des élus
locaux et de l’ensemble de la population concernée.
John KANIOWKY
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