Barrages : les élus jugent les avancées de l'Etat insuffisantes
Publié le 21 Février 2012
Quatre jours après leur entrevue parisienne, les élus anti-arasement ont donné leur sentiment sur les engagements obtenus jeudi de l'Etat.
La Manche Libre
Reçus jeudi 16 février au ministère de l'écologie, les élus anti-barrages n'ont pas réussi à infléchir la position de l'Etat. Ce dernier s'est engagé à réétudier le cas du barrage de la Roche-qui-Boit. Analyse.
Une goutte d'eau. C'est tout ce que les élus ont réussi disent-ils à arracher de leur entretien - long de trois heures - avec le directeur de cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet, jeudi 16 février au ministère de l'écologie. Dans un document écrit, l’État s'est engagé à reporter la vidange et la renaturation de la vallée sur la période 2015-2018 et à ne procéder à aucune vidange sans qu'un plan d'accompagnement complet du projet n'ait été défini et arrêté.
Financièrement, 15 millions d'euros seront mis sur la table et répartis de manière égale entre les opérations de démantèlement, de renaturation de la vallée et de soutien à l'activité économique, dont deux millions uniquement à destination de la reconversion de la base de la Mazure. La délégation d'élus a enfin obtenu que soit réexaminée la nécessité d'effacer le barrage de la Roche-qui-Boit.
Un moratoire de 20 ou 30 ans refusé
Si un certain nombre d'avancées ont été obtenues, « le compte n'y est pas », a estimé lundi 20 février Erick Goupil, le maire d'Isigny-le-Buat, au cours d'une conférence de presse commune avec l'ensemble des élus concernés et le président des Amis du Barrage, John Kaniowski. Partis à Paris avec la ferme intention de « défendre de nouveau notre hostilité à cette décision de détruire les barrages » selon les termes du sénateur Philippe Bas, les élus en sont revenus chargés de déception. Déçus « de ne pas avoir réussi à faire comprendre que cette décision était absurde », a insisté le maire de Saint-Pois. Déçus de ne pas avoir obtenu le moratoire de 20 ou 30 ans demandé. « Les propositions financières du ministère sont ridicules », a fustigé pour sa part le conseiller général d'Isigny-le-Buat, Louis Desloges, appelant de tous ses vœux la poursuite du combat « pour préserver nos barrages ».
Un coût "exorbitant" de près de 30 millions d'euros
Le député Guénhaël Huet a jugé cette réunion à la fois utile et insuffisante. Utile car « nous avons touché du doigt l'impréparation de l’État dans ce dossier », a-t-il affirmé. « Plusieurs de nos questions, comme celles sur les inondations ou sur le devenir des boues, sont restées sans réponse », a déploré le parlementaire. Preuve de cette insuffisance de préparation, le directeur de cabinet de NKM a estimé le coût de l'opération de vidange « entre 1 et 20 millions d'euros ! ». Une fourchette pour le moins large...
Si des garanties ont été apportées sur le devenir de la Mazure – dont la promesse que l'économie alentour sera basée sur l'eau -, le maire d'Avranches a regretté « un délai supplémentaire trop court » et un coût global du projet – entre 25 et 30 millions d'euros - exorbitant. « Avec cette somme, nous pourrions reconstruire trois hôpitaux comme celui de Saint-Hilaire », a-t-il comparé, sidéré par l'absence d'études scientifiques préalables à la décision annoncée par Chantal Jouanno le 13 novembre 2009.
Forts du millier de participants aux trois réunions publiques et des 4200 signatures de la pétition, les élus du sud-Manche ont réaffirmé d'une seule voix leur détermination à obtenir le maintien des deux ouvrages sur la Sélune. « Nous allons nous battre pour obtenir satisfaction », a assuré Erick Goupil, promettant de continuer de siéger au sein du comité de pilotage, en compagnie de Jacky Bouvet et Henri-Jacques Dewitte, afin « de veiller à ce qu'il ne soit pas fait n'importe quoi ».
Comité de pilotage : le compte-rendu qui fâche
La coïncidence est plus que troublante. Le matin même de la visite au ministère de l'écologie, la préfecture de la Manche a rendu public sur son site internet le compte-rendu du dernier comité de pilotage, réuni le 16 décembre 2011, ainsi que le nom du maître d’œuvre choisi pour le démantèlement des barrages. « Pourquoi ce document n'a pas été communiqué 15 jours ou trois semaines avant ? », s'est étonné Guénhaël Huet, persuadé d'une volonté de l’État de « mettre la pression ». Cette publication est d'autant plus étrange qu'elle évoque une vidange en 2015 et non plus en 2013 comme cela a toujours été le cas. « C'est histoire de sauver la face », estime le parlementaire, rappelant l'absence des élus à cette réunion en réaction à l'obstination de la ministre de l'écologie d'araser les retenues.
Erick Goupil n'apprécie guère, pour sa part, le paragraphe mettant en cause les élus. « On nous stigmatise alors que nous participons à toutes les réunions depuis le départ », a-t-il bondi. « Comment le préfet a-t-il pu autoriser la publication de telles affirmations», a renchéri Guénhaël Huet. L'intéressé pourra fournir une réponse d'ici une dizaine de jours, le ministère ayant demandé au représentant de l'Etat de convoquer l'ensemble des acteurs du dossier lors d'une prochaine réunion.
Publié par A.P le 21/02/2012 à 08h25
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