Continuité écologique des cours d'eau : beaucoup reste à faire

Publié le 1 Août 2013

Continuité écologique des cours d'eau : beaucoup reste à faire

Alors qu'une étude américaine réalisée en Chine vient récemment de démontrer que les petits barrages hydroélectriques avaient plus d'impacts que les grands ouvrages sur l'environnement, qu'en est-il de la petite hydraulique française ?

Continuité écologique des cours d'eau : beaucoup reste à faire

Les conclusions d'une étude américaine, publiée en mai dernier, démontraient que les petits barrages pouvaient être bien plus préjudiciables en terme de destruction des habitats et de dégradation écologique que les grands ouvrages hydroélectriques. Cette étude, réalisée en Chine, s'est appuyée sur 14 critères dont l'étendue et la nature de la destruction d'habitat, la longueur de la voie fluviale détériorée, la surface de zones protégées affectées et les risques de glissement de terrain. Les effets sur 31 petits barrages localisés sur les affluents de la Salouen en Chine ont été analysés et comparés à l'impact estimé de quatre grands barrages qui doivent être construits sur le bras de la même rivière. Après évaluation des données de terrain, des modèles hydrologiques et de l'évaluation de l'impact environnemental des petits barrages, il semblerait que sur 9 des 14 critères étudiés, les petits barrages sont plus pénalisants que les grands.

Ces conclusions sont liées à un contexte institutionnel bien particulier : en Chine, les petits barrages sont gérés par les administrations locales, qui sont souvent défaillantes alors que les grands barrages sont gérés au niveau national et font l'objet d'attentions politiques importantes, d'où une meilleure gestion. Une multiplication des petits barrages, dont les effets se cumulent, couplé à un manque de communication et de cohérence dans les politiques de gestion sont aussi soulignés par l'étude.

Vers une cartographie nationale des ouvrages en France

En France, la situation n'est pas la même mais la problématique des petits ouvrages se pose également. L'une des difficultés de cette problématique est un manque de connaissance concernant le réseau hydraulique français qui compte aujourd'hui environ 60.000 ouvrages dont "plus de la moitié n'ont pas d'usage avéré", souligne l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema). Pour pallier ce manque, l'Onema développe, depuis 2010, deux nouvelles banques de données : la première pour recenser l'ensemble des ouvrages, quelque soit leur taille ou leur fonction - le registre des obstacles à l'écoulement (ROE) -, la seconde pour évaluer leurs impacts sur la continuité écologique et les déplacements des poissons, particulièrement lors de la montaison. Ces banques de données, à caractère évolutif, ont été construites grâce à un travail d'inventaire et de recensement d'anciens documents existants. Elles s'appuient sur des visites de terrain antérieures ou réalisées par l'Onema dans le but de vérifier certaines données. Elles permettront d'offrir une image nationale de la difficulté de migration des poissons tout en donnant une idée du taux d'étagement des cours d'eau. Interrogé par Actu-Environnement, l'Onema précise que ces outils n'ont pas vocation à déclencher des séries de mesures visant à supprimer les ouvrages jugés problématiques. D'ailleurs l'organisme rappelle que l'effacement restent encore une solution très limitée même si cette solution est "souvent la plus efficace pour rétablir la continuité écologique des cours d'eau".

Petite hydroéléctricité : des impacts identifiés

En attendant de mieux connaître le parc français global et d'en limiter les effets, les actions se concentrent sur les petites centrales hydroélectriques qui se distinguent des petits ouvrages. Leur nombre s'échelonne entre 1.700 et 2.000 (ce chiffre varie en fonction des limites de puissances définies) pour une puissance totale d'environ 2.000 MW. Leur production annuelle de 7,5 TWh représente environ 10% de la production hydroélectrique française, soit entre 1 et 2% de la production totale d'électricité, ce qui place le pays en 3ème position européenne derrière l'Italie et l'Allemagne. L'exploitation de ces installations est encadrée par des actes administratifs, elles font l'objet d'un suivi et sont donc mieux connues, notamment en terme d'impact sur les cours d'eau et la faune piscicole.

Le ralentissement de l'écoulement en amont de ces centrales est, selon Philippe Baran, ingénieur au pôle écohydraulique de l'Onema, la modification la plus importante puisqu'elle transforme les habitats et les espèces qui s'y développent ne sont plus celles d'origine. A cela s'ajoutent les problèmes de franchissement des obstacles que représentent ces centrales pour les poissons. Même si les barrages des petites centrales électriques ne bloquent que partiellement la circulation des poissons dans le sens de la remontée comme de la descente, "il faut bien réfléchir en terme de cumul d'impacts c'est-à-dire de l'effet de la succession de 5-10 ou même 30 centrales hydroélectriques sur un même axe de rivière", souligne Philippe Baran. Les débits, parfois très réduits, peuvent également entrainer une réduction du nombre de poissons par une augmentation de la température ou un réduction de l'espace disponible. Sur le plan de la sédimentation, les petites centrales, via les prises d'eau, peuvent dégrader le substrat des rivières en soulevant beaucoup de surface et causer la destruction des frayères.

Depuis quelques années, ces impacts sont pris en compte à la fois par les exploitants de ces petites installations et par le gouvernement, qui impose un cadre d'exploitation de plus en plus exigeant.

Rédigé par jojo

Publié dans #Nos arguments

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