ENVIRONNEMENT planète verte: HUBERT REEVES .
Publié le 16 Novembre 2011
ENVIRONNEMENT PLANÈTE VERTE
HUBERT REEVES et son équipe Coordination: Nelly (Ligue Roc) opinions@canoe.com
Sauvons Salmo salar et ses cousins
Les saumons du Pacifique sont
mieux lotis que les nôtres et
certains scientifiques nous
disent qu’il est par exemple déjà
trop tard pour le saumon atlantique.
Seules des mesures telles que
celles pratiquées en Alaska pourraient
enrayer, très lentement, le
processus de disparition.
Donc, voyons de plus près ce qui se
passe en Alaska, ce 49e État des États-
Unis, qui bénéficie de dizaines de milliers
de kilomètres de côtes largement épargnées
de toute pollution locale.
Il faudrait imiter sa gestion des diverses
espèces de saumons. Pas évident
d’y parvenir car dans cet État, c’est la
Constitution qui impose la préservation
de l’habitat du saumon, et les frayères
aux embouchures des rivières sont donc
protégées.
Pareille exigence a forcément des effets
positifs, d’autant que la gestion semble «durable
» via l’établissement de quotas et diverses
limitations des prises tant de la pêche
commerciale que de la pêche de loisir.
Rendre constitutionnelle la protection
des saumons est peu probable dans
d’autres États du monde. Non seulement
les États ne sont pas disposés à imiter
l’Alaska mais certains refusent l’évidence
du déclin des populations de
saumons sauvages.
FRANCE
Ainsi, en France, alors que
le saumon atlantique (Salmo
salar) est, selon l’UICN, en danger
dans la majorité des cours
d’eau français, la pêche du saumon
est de nouveau autorisée
dans la baie du Mont-Saint-Michel,
après une interdiction qui
était prévue pour se prolonger
jusqu’au 31 janvier 2010. La mise
en réserve de la baie du Mont-Saint-Michel
en 1999 évitait l’exploitation abusive
des saumons lors de leur passage en estuaire.
Aujourd’hui, l’espoir d’assurer la
pérennité de cette espèce au niveau des
trois cours d’eau, Sée, Sélune et Couesnon,
qui irriguent la baie, se fait mince.
La Fédération nationale pour la pêche
en France et France Nature Environnement,
dont notre Ligue ROC est membre,
ont protesté en choeur.
Heureusement, des initiatives de
sauvetage existent en d’autres endroits
du territoire français. Ainsi,
depuis le début du siècle, des
centaines de milliers d’oeufs
et de jeunes saumons ont été
déversés dans l’Allier… Mais
les barrages sur les fleuves
sont d’infranchissables obstacles.
PARASITOSES
En mer, l’existence de problèmes
sanitaires chez les saumons
d’élevage complique la situation
des populations sauvages
car il n’y a pas de cloison étanche
entre les prisonniers et les saumons
libres. Ces derniers sont victimes des parasitoses
affectant les saumons captifs et
leurs populations décroissent.
Les fermes aquacoles menacent donc
les populations sauvages. Citons à nouveau
l’Alaska, où son élevage est interdit
par la loi.
L’infestation par les poux marins, responsables
des parasitoses, n’est pas impossible
dans la nature, mais pas à la même
échelle: la concentration des saumons
dans les fermes d’élevage en amplifie les
risques.
Et pour couronner le tout, des scientifiques
espagnols ont relevé dans les rivières
des cas de double sexe chez les
carpes, les truites, les conques et aussi les
saumons, dans certaines zones de la côte
méditerranéenne touchées par la
pollution.
Alors, les gestionnaires de tout pays ne
devaient-ils pas tous faire un stage en
Alaska et les gouvernements adopter une
politique écologique volontariste ?
Dans ce modèle made in Alaska, les
scientifiques et les pêcheurs travaillent
avec des associations et les communautés.
Évaluations, ramassages des détritus
qui souillent les rivages, surveillance du
respect des règles établies, certification,
tout est entrepris… «pour une pêche
soutenable».
En Alaska,
c’est la
Constitution
qui impose la
préservation
de l’habitat
du saumon
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