Exposé du 2 avril 2011 de Pierre A.de Chambrun à Champagné
Publié le 7 Juin 2011
Exposé du 2 avril 2011 de Pierre A. de Chambrun à Champagné. (AG. des Moulins et Rivières de la Sarthe)
Exposé du 2 avril 2011 de Pierre A. de Chambrun à Champagné. (AG. des Moulins et Rivières de la Sarthe)
Mesdames, Messieurs, Bonjour,
Depuis plus d’un an et demi maintenant, nous avons pris conscience de la volonté des autorités de procéder à l’éradication des petits et moyens barrages en France au nom de la continuité écologique. Depuis juillet 2010, le gouvernement a obtenu l’accord du parlement sur tous les outils législatifs lui permettant d’y parvenir.
Je ne vais pas redire ici tous les arguments que nous avons exposés contre cette politique destructrice, que cela soit de vive voix ou par lettre et que cela soit avec le support ou non des médias. Laissez-moi simplement vous rappeler que nos arguments sont construits sur des preuves, tandis que les autorités n’en ont aucune pour soutenir leur position.
La circulaire du ministère de l’Ecologie de janvier 2010 précise bien en effet que l’ONEMA, c’est-à-dire la Direction de la pêche, doit procéder à un retour d’expérience sur chaque destruction de barrage opérée. Cela veut bien dire que l’administration ne sait pas quelles seront les réelles conséquences du déménagement qu’elle préconise si facilement avec l’argent du contribuable et celui des consommateurs d’eau.
En novembre dernier, j’ai expliqué par lettre à Nathalie Kosciusko Morizet, ministre de l’Ecologie, que les barrages déversoirs ne retiennent pas les sédiments et n’empêchent pas la montée ni la descente du poisson.
Sur la question des sédiments, je lui ai soumis le plan de 1850 du moulin que j’habite à Avoise pour le comparer à sa situation actuelle. En 160 ans, l’île du moulin située immédiatement en aval du barrage déversoir s’est allongée de quelques 45 mètres. Les sédiments passent donc le barrage du moulin par sa vanne guillotine en temps normal, mais aussi lors des crues.
Sur la question du poisson, je lui ai témoigné que, lorsque j’ai acheté le Moulin de l’Isle à Avoise en 1972, il était abondant et varié, aussi bien en amont qu’en aval du barrage, mais que depuis j’ai vu sa raréfaction due à la pollution croissante de la rivière. Pour le démontrer, je lui ai soumis les analyses de l’eau de la Vègre que j’ai fait effectuer par des laboratoires indépendants depuis 20 ans. Le taux des nitrates y est passé de 25 mgl à 41mgl, tandis que les mousses en aval du barrage atteignent maintenant parfois 1,50 mètre de hauteur. Il n’y en avait aucune en 1972. Le poisson n’a pas besoin de passes aménagées à grands frais qui se bouchent par l’arrivée des embâcles et des feuilles. Le poisson monte et descends de toutes les manières par-dessus les barrages déversoirs lors des crues. La hauteur entre les niveaux amont et aval est en effet alors beaucoup plus faible.
La réponse faite par les services de la ministre a été très simple. Conformez-vous à ce que décidera le Préfet qui représente l’Etat. Autrement dit, obéissez, sinon gare.
Bien que notre analyse de la situation soit partagée par certains élus et non des moindres, comme Jean Claude Boulard, Maire du Mans et Président de la Métropole du Mans, et Roland du Luart, Président du Conseil Général, ainsi que par beaucoup de maires de communes riveraines de la Sarthe et de ses affluents, on est bien obligé de constater que la volonté officielle de supprimer les petits et moyens barrages perdure et se traduit actuellement par des travaux de destructions, notamment sur le Vicoin en Mayenne où le Syndicat de cette rivière vient de lancer un appel d’offres pour l’arasement de 4 barrages.
L’association Vègre, Deux Font, Gée, que je préside, a fait circuler une pétition papier qui a recueilli plus de 3000 signatures contre la démolition de 57 barrages déversoirs sur la Vègre. Cela souligne que les gens sont attachés à leurs rivières et à leurs niveaux actuels obtenus avec sagesse et beaucoup d’efforts voici plus de 500 ans.
Il nous faut donc continuer plus que jamais notre combat pour la sauvegarde de nos cours d’eau. Pour que ce combat soit réellement efficace, il nous faut maintenant porter le fer là où la cuirasse de l’adversaire est la plus mince. Je veux dire qu’il nous faut insister sur la nécessité de développer l’hydroélectricité au maximum. C’est une énergie propre et réactive (il faut seulement quelques 2 à 4 minutes pour mettre en route une turbine). Cette énergie a aussi le grand avantage d’être stable et inépuisable.
Jusqu’à présent l’administration s’est contentée d’affirmer que le potentiel hydroélectrique des barrages dans les Pays de Loire est faible. Pour supporter ce point de vue, elle exclut d’emblée et arbitrairement les chutes d’eau inférieures à 2 mètres et celles qui ne pourraient pas produire au moins 100 kwh. Cet ostracisme n’a pas de sens à l’heure où toutes les ressources énergétiques renouvelables doivent être exploitées, mais semble bien en ligne avec la décision gouvernementale de supprimer certaines centrales hydroélectriques comme celles des barrages de Vézins et de la Roche qui Boit sur la Sélune proche de la baie du Mont Saint Michel qui produisent pourtant une puissance de 14 mégawatt, c’est-à-dire de 14.000 kw.
J’ai fait installé en 1979 sur ma chute, qui a une hauteur de 1,75 mètres seulement, une turbine qui génère 16 kw, ce qui représente une énergie journalière de 384 kwh. J’ai bien évidemment amorti l’installation depuis. En 29.800 heures de fonctionnement ma turbine a produit au total 476.800 kwh sans tuer un seul poisson. Elle n’a que 2 pales.
L’équipement d’un quart seulement des quelques 60.000 chutes d’eau en France pourrait rapidement générer une puissance électrique d’au moins 1 gigawatt, soit 1 million de kw ou 1 milliard de watt. Cela représenterait l’équivalent de la production électrique d’un réacteur de centrale nucléaire sans risque aucun et sans dénaturation du paysage. Actuellement, seules 2000 chutes sont exploitées en France dont 400 sous concessions. Rien que pour les vallées d’Oise le potentiel normalement mobilisable serait de 61.307.000 kwh, soit de 61,3 gigawatt-heure. (Source : Le Râle des Genets, une association agrée de la protection de la nature)
Les besoins en chauffage d'une maison moderne sont grosso modo (lissée sur l'année) de 60 W par m2, soit pour une maison de 100 m2, 6 kwh. Avec 1 gigawatt de puissance hydroélectrique supplémentaire on pourrait chauffer 167.000 maisons.
Pour inciter les propriétaires de chutes et barrages à faire l’investissement nécessaire d’une pico ou micro centrale, encore faudrait-il que les pouvoirs publics alignent leur tarif de rachat du kwh hydro sur celui des éoliennes, ce qui est loin d’être le cas.
Combien de temps sera-t-il encore nécessaire pour amener les autorités à prendre en compte le potentiel hydroélectrique des petits et moyens barrages ? Combien de centrales nucléaires devront-elles fondre pour que les politiques acceptent de promouvoir ce potentiel?
Cette dernière question, je me la suis posé, quand j’ai constaté le vendredi 18 mars dernier au cours d’une réunion électorale en présence de Marc Joulaud et de Jean Marie Geveau que Pierre Touchard, vice président du Conseil Général de la Sarthe, candidat au renouvellement de son poste du canton de Sablé sur Sarthe, a refusé de répondre à ma question suivante :
« Etes-vous pour la diversification de la production électrique et donc êtes-vous contre la
destruction des barrages dans votre canton à l'instar de Monsieur Roland du Luart ? »
La presse locale, prévenue par mes soins, est restée muette.
Jean Marie Chevalier, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières premières vient de déclarer : « Nous avons besoin de toutes les sources d’énergie, même si aucune n’est parfaite. Il faut construire des bouquets les plus diversifiés que possibles. »
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