lettre recommandée A/R à Madame Natalie-kosciusko-Morizet

Publié le 7 Juin 2011

        

   

 

Avoise, le 24 novembre 2010

 

 

 

                                                                       Madame Nathalie Kosciusko-Morizet

                                                                       Ministre de l’Ecologie, du Développement durable,

                                                                       des Transports et du Logement

                                                                       Hôtel de Roquelaure

                                                                       246, boulevard Saint Germain

                                                                       75007 Paris

 

 

Lettre recommandée A/R

 

Objet : Etat de la rivière Vègre (Sarthe)

 

Madame le Ministre,

 

Trois analyses de l’eau de la Vègre, prélevée au coté amont du barrage déversoir du Moulin de l’Isle à Avoise, démontrent la progression en vingt ans de la teneur en nitrates de cette rivière, principal affluent rive droite de la Sarthe. Ces analyses, dont vous trouverez ci-joint une copie, font apparaître les chiffres suivants :

  1990 : 25 mg/l      (analyse du laboratoire de Biologie Médicale de Sablé-sur-Sarthe)

  1997 : 37,5 mg/l   (analyse de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales)

  2010 : 41 mg/l      (analyse du laboratoire ACM agro)                  

Bien entendu, d’autres polluants pourraient être constatés de la même manière comme le suggère la photographie de la Vègre prise au Moulin de l’Isle le 16 novembre dernier (ci-jointe). Les mousses abondantes, blanches et jaunâtres, de presque un mètre de hauteur, qui apparaissent en aval du barrage déversoir, dénotent la présence d’une forte pollution à moins de 1000 mètres du château de Beaucé situé à Solesmes et appartenant à Monsieur François Fillon, Premier ministre.

Dès lors, comment ne pas relever que la lutte contre la pollution chimique de nos rivières soit un échec permanent? Comment ne pas comprendre que cet échec ait conduit les services de l’Etat à masquer leur carence en inventant un nouveau concept, celui de la nocivité des seuils et barrages avec pour corollaire leur éradication, une éradication considérée comme étant d’autant plus impérieuse qu’elle serait plus aisée à obtenir que celle des polluants. En définitive, l’Etat s’autorise à détruire un patrimoine ancestral, pourtant jugé jusqu’alors en harmonie avec la nature et par surcroît détenteur d’un potentiel hydro-électrique important, dans le seul but de faire accroire au succès de sa lutte pour un retour au bon état écologique des rivières dans les délais impartis par l’Europe. Cependant, l’Europe ne lui demande absolument pas cette destruction.

De fait, le code de l’environnement (art. L211-1), modifié par Loi n° 2010- 788 du 12 juillet 2010 - art 132, soit dix ans après la Directive 2000/60/CE, permet désormais à l’administration d’accaparer les seuils et barrages des rivières non domaniales au motif fallacieux qu’ils seraient des obstacles au « rétablissement de la continuité écologique des cours d’eau ». Ils empêcheraient le transport des sédiments et la migration des poissons, une accusation non vérifiée et purement idéologique qui n’est reprise sérieusement par aucun autre pays européen. La nationalisation rampante qui se met ainsi en place en France (démembrements de propriétés privées de riverains de rivières non domaniales par arrêtés préfectoraux autorisant les travaux d’effacement de leurs ouvrages assortis d’un retrait de leurs droits d’eau et de pêche) ne sied pas à un gouvernement dit « de droite » et ne peut que satisfaire les visées politiques de quelques rares rouges extrémistes repeints en vert.

Fallacieux n’est pas un qualificatif excessif. En effet, les plans du Moulin de l’Isle en 1850 et 2010 (ci-joints), démontrent que les barrages déversoir de la Vègre ne sont nullement des obstacles au transport des sédiments. Je suis producteur d’hydro-électricité depuis 30 ans. Au cours de mes 28.710 heures de production, j’ai laissé passer 2 m³/seconde d’eau, sans tuer un seul poisson ou une seule anguille, ni altérer le niveau de la Vègre, tout en oxygénant cette rivière qui n’est en rien déviée, ni discontinuée. Quant aux poissons migrateurs, mes 38 années d’expérience de riverain me permettent d’affirmer que seuls la pollution, les silures et quelques rares pêcheurs peu respectueux constituent un frein à leur progression et reproduction.

Les premiers résultats de destructions de barrages ou d’effacements de vannes et clapets sont au mieux peu probants et au pire catastrophiques. Ils se constatent en Mayenne sur le Vicoin par l’asphyxie du poisson, sur l’Erve par la disparition quasi-totale du cours d’eau cet été à Sainte Suzanne et sur la Jouanne par des menaces du maître d’ouvrage à certains propriétaires de barrages jugés récalcitrants, mais aussi en Manche sur la Vire par l’effondrement des berges près de Saint Lô. Pour autant, la pollution et les inondations continueront d’augmenter. En effet, au cours des cent dernières années, et pour ne prendre que l’exemple de la Sarthe, le nombre de barrages a diminué de moitié, ce qui n’a absolument pas empêché la qualité chimique des cours d’eau de se dégrader et a aussi accéléré les crues en les rendant ainsi plus dangereuses.

Nous avons chacun un ancêtre à s’être battu pour l’indépendance des Etats-Unis. Le colonel Tadeusz-Kosciusko et le général de La Fayette ont lutté en effet pour les principes de liberté.        Je pense que l’atteinte en cours des droits de propriété au nom d’un intérêt général non démontré sera jugée en définitive comme une atteinte à cette liberté. Monsieur Buzz Aldrin qui est venu chez moi en 2008 serait assurément désolé de voir que le chemin actuellement pris rendra bientôt lunaire notre nature encore si belle. En tous cas, l’Association Vègre, Deux Fonts, Gée (AVDFG) que je préside et qui a recueilli à ce jour près de 3000 signatures locales sur une pétition papier contre le démantèlement complet ou partiel de 56 barrages déversoir du bassin de la Vègre, dont la plupart sont vieux de plus de 500 ans, démontre que la population ne veut pas des destructions préconisées qui, par surcroît, seront fort dispendieuses en ces temps de vaches maigres.

Je vous prie d’agréer, Madame le Ministre, l’expression de mes sentiments très respectueux.

 

 

 

 

                                                                                  Pierre Antoine de Chambrun

                                                                                  Moulin de l’Isle

                                                                                  72430 Avoise

 

PJ : 6 (3 analyses, 1 photo, 2 plans)

Copie à :

François Fillon, Premier ministre

Roland du Luart, Président du Conseil Général de la Sarthe

Emmanuel Berthier, Préfet de la Sarthe

Jean-Claude Boulard, Président de Le Mans Métropole et Maire du Mans

Antoine Ponton d’Amécourt, Maire d’Avoise

Daniel Coudreuse, Maire de Brûlon

Jean Anneron, Maire d’Asnières sur Vègre

Annie Bouchard, Présidente de la Fédération Française de sauvegarde des Moulins.                                           

Arsène Poirier, Président de l’Association de sauvegarde des Moulins et Rivières de la Sarthe                                         

Paul-Henry de Vitton, Président de l’Association de sauvegarde des Moulins et Rivières de Mayenne

 

Rédigé par jojo

Publié dans #Nos arguments

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