Le Silence des pandas - Ce que le WWF ne dit pas
Publié le 21 Janvier 2012
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| Continuant sur sa lancée, Philip fonda en 1995, l’Alliance pour la religion et la conservation [protection de la nature] (ARC), au château des Windsor, en Angleterre |
Pour démontrer comment cette stratégie permet de bloquer les grands projets de développement, citons simplement la campagne « terres sacrées » lancé par l’ARC et le WWF avec l’aide de l’archevêque de Cantorbéry, numéro deux de l’Eglise anglicane après la Reine.
Ce projet vise, en Angleterre comme ailleurs dans le monde, à faire reconnaître certains sites naturels (forêts, lacs, rivières, marais, déserts, etc.) comme des « lieux sacrés » afin de les mettre d’office à l’abri de tout aménagement opéré par l’homme. Des livres tels que Sacred Britain (1997), pour le Royaume-Uni, et Beyond Belief (2005), pour le reste du monde, en fournissent de longues listes et descriptions.
Katmandou 2000 et 3IG
En novembre 2000, à Katmandou, au Népal, des dizaines de représentants spirituels de différentes religions et croyances remettaient 26 « cadeaux sacrés pour une planète vivante » au cours d’une cérémonie organisée par le WWF et l’ARC en présence du Prince Philip, chacun exhibant son engagement pour l’environnement.
Parmi ces « engagements » que cite le WWF France, on trouve aussi bien l’engagement honorable des bouddhistes de Mongolie de rétablir l’interdiction totale de la chasse sur leurs sites sacrés, en vue de sauver le léopard des neiges, que l’engagement financier de l’Eglise méthodiste américaine de transférer la totalité de ses fonds de trésorerie dans un fonds d’investissement éthique « vert ».
C’est d’ailleurs lors de cette cérémonie à Katmandou que naît l’idée de créer l’International Interfaith Investment Group (3IG), officiellement mis sur pied lors d’une conférence en avril 2005 à Londres réunissant des responsables des rites bouddhistes, chrétiens, taoïstes, juifs, musulmans et sikhs.
Si, officiellement, il s’agit de permettre aux religieux de placer leurs fonds et leur patrimoine dans des investissements « socialement responsables », et donc en accord avec leur religion, c’est en réalité un instrument de contrôle qui s’est ainsi mis en place. Selon le site de l’ARC, les grandes religions contrôlent 60 % de toute l’aide médicale en Afrique et 40 % des écoles ; elles gèrent 70 % des sites touristiques de la planète, possèdent 7 % des terres habitables et d’innombrables associations. « Tout cela est largement financé avec les bénéfices tirés de leurs actions en bourse, de leurs participations et de leur parc immobilier ». Rendement financier, écologisme et contrôle social forment ainsi les trois piliers d’un ordre politico-religieux.
Parmi les membres fondateurs du 3IG, notons le diocèse suédois de Vasteras qui possède d’immenses forêts dans ce pays, le Conseil mondial des églises et l’Eglise méthodiste américaine, dont la trésorerie dépasse les 40 milliards de dollars. Parmi les « conseillers séculiers » du groupe, notons la banque américaine Citigroup, la banque néerlandaise Rabobank, la Banque mondiale, ainsi que Innovest et le WWF International. Du point de vue européen, notons le soutien des bénédictins sous la forme de l’Alliance inter-monastères (AIM), sur laquelle nous reviendrons.
Travaux pratiques : décembre 2009, le sommet de Copenhague
En novembre 2009, c’est-à-dire un mois avant le sommet de Copenhague, le Prince Philip et l’ARC, dans un partenariat officiel avec le secrétaire général de l’ONU Ban Khi-Moon, organisa un séminaire de trois jours, la « Célébration de l’environnement et des religions », au château royal de Windsor, dans une tentative ultime de convaincre les pays du Sud de renoncer à leur droit au développement industriel.
Le vice-directeur général de l’ONU, Olav Kjorven, qualifiait cette rencontre, qui finissait évidemment avec un banquet végétarien, comme « le plus grand mouvement de la société civile de l’histoire sur le changement climatique » et « la plus grande mobilisation jamais vue de peuples et de communautés sur cette question ». Heureusement, les pays du Sud refusèrent courageusement les dictats du sommet de Copenhague, comprenant que toute cette agitation avait pour but d’empêcher leur développement en les plaçant sous tutelle.
En France
Le WWF France a évidemment voulu répliquer ce processus. Après une première rencontre, en octobre 2001, au monastère orthodoxe de Solan (lié au Mont-Athos), dans le Gard, le WWF France organisa en avril 2003 les rencontres Ecologies et Spiritualité, qui se déroulèrent sur le site prestigieux du Mont Saint-Michel.
Daniel Richard, président du WWF-France à l’époque, souligna dans l’introduction du programme de cette rencontre, que « Le WWF considère (…) que les traditions spirituelles sont des alliées, et qu’elles doivent participer à la prise de conscience générale face à l’accélération des problèmes écologiques ». Ensemble, il s’agit de « réenchanter » le monde.
C’est l’écologiste personnaliste Jean-Marie Pelt, fondateur de l’Institut européen d’écologie à Metz, qui ouvrit la rencontre et l’anima.
Suivit alors un exposé du père belge Martin Neyt(photo), moine bénédictin au monastère Saint-André de Clerlande, en Belgique, enseignant les Arts Africains à l’Université catholique de Louvain et, surtout, à la tête de l’Alliance inter-monastères (AIM). Sachez qu’en principe l’ordre des bénédictins est une confédération sans direction centrale, et que l’AIM ne fait qu’assurer « la promotion des relations » entre les monastères bénédictins à travers le monde.
Participant pleinement au lavage de cerveau du WWF, l’AIM a envoyé en 2002 un questionnaire environnemental auprès de 140 communautés du réseau français “Monastic”. Ce questionnaire, élaboré en collaboration avec le WWF-France, visait à « recenser les actions en faveur de l’environnement menées par les monastères, telles que la préservation des espaces naturels, l’agriculture biologique, la réduction des consommations d’eau ou d’énergie, l’utilisation d’énergies renouvelables, le recyclage, ou les actions d’éducation ou de sensibilisation à l’environnement ».
Pour rester poli, disons simplement ici que certains Bénédictins n’ont pas attendu l’arrivée du Prince Philip pour combattre la conception prométhéenne et optimiste d’un homme capable de créer à l’image du Créateur, image qu’ils considèrent comme le summum de l’orgueil. Ce sont eux qui s’opposèrent à la renaissance carolingienne.
Denis de Rougemont
Cette vision d’une spiritualité féodale concorde largement avec les thèses du personnaliste réactionnaire suisse Denis de Rougemont. Ce dernier, président du Congrès pour la liberté de la culture (CLC), faisant abstraction des régimes et des politiques, s’acharne avec virulence contre l’Etat-nation qu’il accuse d’être à l’origine de toutes les aliénations humaines. Dans L’Avenir est notre affaire (p. 90), il écrit que les Etats-Nations « ont géré et détruit ses ressources [de la terre] en vue de leur seule puissance et de leur seul prestige ; en vue de la guerre, dont tous sont nés ». Dans Ecrits sur l’Europe (p.231), de Rougemont souligne que « le fédéralisme est dans la ligne de la pensée chrétienne, alors que le nationalisme est foncièrement païen, idolâtre et anti-chrétien. L’idée même de nation est étrangère au dogme et à la foi chrétienne ».
Pour sauver l’humanité, il faut éradiquer les Etat-Nations en s’appuyant sur la notion de « personne », contraire à l’idée d’individu et de citoyen. La personne, dit-il, s’inscrit dans un réseau de relations puisque l’Homme abstrait n’existe pas. Et ce réseau de relations est la société. Procédant comme Aristote dans Le Politique, Denis de Rougemont part du couple. Du couple, de la famille, on passe aux petites communautés auxquelles on adhère aujourd’hui librement, puis aux régions qui se fédèrent entre elles pour former un Empire. Denis de Rougemont envisage ainsi la division de la France en une douzaine de régions linguistiques (Alsace, Bretagne, Pays basque, Corse…), leur allégeance à l’Empire leur garantissant les libertés, coutumes locales…
1976, ECOROPA
Pour combattre l’énergie nucléaire, non pas en tant que science, mais en tant que plateforme ou plateau correspondant à un stade de développement d’un Etat-nation, de Rougemont lancera en 1976 avec une trentaine de personnalités l’association Ecoropa(Europe Ecologie). Parmi eux, Jean-Marie Domenach alors directeur de la revue personnaliste Esprit, Jacques Ellul, le milliardaire britannique Edouard Goldsmith et Jean-Marie Pelt,qu’on a retrouvé en 2002 avec le WWF au Mont Saint-Michel. Ecoropa affirme alors vouloir travailler en faveur de « l’Europe des peuples et des vrais pays, non celle à laquelle restent attachés les Etats-nations d’une ère révolue ».
Mieux encore, d’après Bernard Charbonneau, autre membre fondateur d’Ecoropa, c’est le producteur de vin du Bordelais Edouard Kressmann qui aurait créé Ecoropa lors d’une rencontre à l’abbaye bénédictine d’En Calcat, située à 70 km de Toulouse !
La tentation bénédictine de Benoit XVI
Benoît XVI montre également une forte tentation bénédictine. A la messe de minuit de Noël 2007, il affirma : « L’étable [de Noël] représente la terre maltraitée (…) en raison de l’utilisation abusive des ressources et de leur exploitation égoïste et sans aucune précaution ». Et son message de paix du 1er janvier 2008 disait que « les pays technologiquement avancés doivent revoir leurs habitudes exagérées en matière de consommation d’énergie, liées au modèle actuel de développement. »
Joignant le geste à la parole, Célébration qui commémore le sacrifice du Christ.le plus petit État du monde a pour ambition de devenir neutre en émission de carbone.
Des centaines de panneaux solaires photovoltaïques sont en cours d’installation sur le gigantesque toit de la salle des audiences, pour fournir l’électricité à la Cité du Vatican. Le 5 juillet 2007, il signait le contrat de plantation d’une « forêt climatique du Vatican » en Hongrie, amorçant un « puits de carbone » de 7000 hectares, afin de compenser les émissions de carbone provoquées par les déplacements du pape et de ses collaborateurs.
La conférence des évêques d’Allemagne qui vient de se conclure à Fulda en appelle aux énergies durables et affirme que « l’énergie nucléaire n’est pas de nature à nous fournir l’énergie qu’il nous faut sur le long terme ».
La pensée médiévale de Cameron et Obama
Pour mesurer comment cette « révolution » écolo-spirituelle se traduit en politique, il suffit de lire attentivement le discours du 31 mars du nouveau Premier ministre britannique David Cameron. Celui y martèle son idée d’une « Grande société » [Big Society] qu’il a défendue avec passion voire acharnement durant toute la campagne électorale, tout en imposant une austérité draconienne sans précédent.
D’abord, pour combler les déficits, Cameron a décidé de supprimer des postes de fonctionnaires et les services qui vont avec. Michael Gove, le ministre de l’Education britannique, vient d’annoncer l’annulation de 838 millions d’euros de projets de construction d’écoles. Les établissements scolaires neufs sont désormais rangés dans la catégorie gaspillage. « Ce n’est peut-être pas faux », écrit un éditorial laconique du quotidien The Independent, « puisque le but semble être que personne ne trouve de boulot en sortant de l’école ». Autre exemple, Cameron vient de supprimer l’enseignement de la natation à l’école. « On économise l’argent gaspillé à leur apprendre à nager, mais ce n’est pas grave, puisqu’il n’y a nulle part où nager », ironise le même journal.
Cameron revendique ce désengagement systématique de l’Etat en transférant les responsabilités au niveau décisionnel inférieur et petit, suivant une conception dévoyée du principe de subsidiarité si cher aux personnalistes et à Denis de Rougemont. En réalité, pour gérer cette casse sociale déguisée, Cameron fait croire qu’il promeut le pouvoir citoyen. Ainsi, des associations locales pourront par exemple gérer bénévolement des bureaux de poste, des bibliothèques ou même des transports en commun. Dans une des régions cibles, l’une des associations pilotes rachètera un pub dans un village pour y redynamiser l’activité, une autre fera appel aux bénévoles pour étendre les heures d’ouverture d’un musée, etc.
Cette idée, qui provoque à juste titre l’ire des syndicats de la fonction publique, sort du cerveau d’un certain Phillip Blond (photo ci-dessous), un expert en théologie de la Société fabienne (travailliste) qui vient de créer son propre think-tank dénommé ResPublica en se mettant au service des conservateurs. Blond, un anglican qui se dit inspiré par la tradition catholique, se prévaut de la bienveillance de Benoit XVI.
Fustigeant la bureaucratie, Blond, une fois l’Etat-nation moderne démantelé, appelle comme de Rougemont à un retour à de petites communautés et des coopératives autogérées. Dans un article publié par le Guardian intitulé Medieval Thinking en septembre 2008, il affirme que « mettre à jour et reprendre ce modèle médiéval à l’âge moderne est évidemment ce qui nous reste à faire.(…)Faire plus avec moins (…),cela comprend toute une palette d’approches concordantes : briser les monopoles d’Etats ; autoriser les institutions charitables ou les sociétés et entreprises sociales à devenir prestataires des services publics ; le tout en redonnant le pouvoir aux quartiers et en soumettant l’exercice du pouvoir à un contrôle citoyen. »
Là, « subsidiarité » n’est plus, suivant la doctrine traditionnelle de l’Eglise catholique, la possibilité d’exercer le pouvoir au plus près d’où il peut l’être, en déléguant à des instances plus élevées les activités collectives plus universelles, mais devient transfert à des instances locales ou régionales des prérogatives de l’Etat-nation, substituant le bénévolat au salariat pour le plus grand avantage des intérêts financiers dominants devenus sponsors d’une « charité » instrumentalisée. Au ras des pâquerettes, l’idéologie « verte » devient ainsi « collabo » d’une austérité féodale. Preuve en est la réduction de 60% des subventions au monde associatif et social prévue par MM. Osborne et Cameron.
Le modèle de Cameron ? Le community organizing [l’auto-responsabilisation des ghettos] de Barack Obama, quand il était éducateur de rue à Chicago !
Conclusion
Comme le démontre ce tour d’horizon, cette conjonction de pessimisme, de bêtise, de spiritualité mal comprise et d’opérations dépopulationnistes, répand aujourd’hui un changement de climat politique qui peut s’avérer fatal.
Partant d’un point de vue radicalement opposé, pour nous comme pour le grand scientifique russe Vladimir Vernadski, l’homme doit être l’ingénieur de la biosphère car sa capacité unique le rend responsable de tout et de tous. Au lieu de succomber à un culte des « limites », ce qui serait contraire à la nature et à l’esprit du créateur, l’homme, en tant que responsable conscient du principe du vivant, doit au contraire élargir en permanence toutes les possibilités du vivant et de la création. Tous ceux qui agissent, par action ou par omission, dans le sens contraire, commettent un grave péché contre l’homme et la nature. Cessant de créer et s’adaptant au plus petit commun dénominateur, ils deviennent irresponsables et destructeurs.
Karel Vereycken
La Süddeutsche Zeitung (SZ, Journal de l'Allemagne du Sud) est, avec la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Die Welt, un des trois plus grands quotidiens allemands. Créée à Munich en 1945, elle est de tendance libérale de gauche. Elle est connue à travers le pays comme indépendante, tolérante et ouverte sur le monde.
Ligne éditoriale
Malgré son nom, la SZ est un journal de référence nationale en Allemagne mais également à l'extérieur du pays. La ligne éditoriale de centre gauche fait du journal un opposant (l'unique disent certains) au gouvernement du Land de Bavière dirigé par la CSU (centre droit) depuis 1949.
L'édition nationale présente quatre rubriques : Politique, Culture, Économie et Sports. Les bavaroises contiennent des pages d'informations locales.
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