Nous ne sommes pas endormis

Publié le 17 Février 2011

 De mairie en mairie, John Kaniowsky défend les barrages

 Elu à la présidence des Amis des barrages en octobre dernier, John Kaniowsky impulse une nouvelle dynamique à l'association. La défense des ouvrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit passe désormais par une autre tactique. Rencontre avec un homme de conviction.

 Les Amis des barrages sont plus discrets qu'ils ne l'ont été. On observe bien un renouveau des banderoles le long de la départementale, mais que faites-vous ?

 Avec le nouveau bureau de l'association, nous avons opté pour une attitude moins radicale avec plus d'ouverture pour tenter de convaincre ceux qui ne sont pas d'accord avec nous. C'est ambitieux, je le reconnais. Mais on a déjà vu beaucoup d'élus : des maires, les parlementaires, le président du département, celui de la région. Pas loin d'une vingtaine, il en reste quelques-uns à voir.

 Depuis octobre, nous avons bien travaillé. On a commencé par rédiger un dossier, pas mal étoffé, reprenant nos arguments que l'on a largement diffusés aux élus, mais aussi aux pêcheurs. Nous le diffusons notamment avec les cartes vendues à Saint-Hilaire. Avec tous, nous avons eu d'excellentes relations.

 

  Que vous ont-ils dit ?

 

 Tous, sans exception, sont convaincus que cette décision a été prise dans la précipitation. On le sait, c'est un secret de polichinelle aujourd'hui, Mme Jouanno avait passé un marché avec les écologistes de l'association WWF pour qu'ils assistent au premier Grenelle de l'Environnement.

 Le hasard du calendrier a fait  que le premier élu rencontré était Michel Thoury (président du schéma d'aménagement et de gestion de l'eau. Sage de la Sélune, favorable à l'arasement, NDLR). Il est de moins en moins péremptoire et s'inquiète de ne pas avoir de budgets pour renaturer la vallée. Aujourd'hui, il demande des garanties. Il a des convictions, je les respecte. Mais je n'ai pas les mêmes et je les défends activement.

 

  Et les autres, vous pensez les avoir convaincus ?

 

 Au début, on a dû courir derrière certains, mais les relations sont bonnes. Certains nous appellent aujourd'hui pour se tenir au courant.

 Le conseil régional est moins virulent qu'il l'a été. Il craint de voir la pollution se déplacer vers le Mont où il a investi beaucoup. On a vu le président Beauvais et son premier vice président, Jean-karl Deschamps. Ils sont opposés à l'arasement maintenant, parce que les résultats des études d'impact ne sont pas connus. Ils avaient demandé à Mme Jouanno de surseoir de cinq ans, sans réponse.

 Le président du conseil général, Jean-François Legrand, nous a dit qu'il connaissait bien Nathalie Kosciuco-Morizet. Elle aurait promis que rien ne serait fait avant les résultats des études. Elle ne connaît pas le site des barrages et pourrait venir le découvrir.

 Le sénateur se retranche derrière la loi de l'eau. Il ne bouge pas.

 Nous préparons une action commune avec le député Guénhaël Huet.

 La difficulté, c'est qu'il n'y a pas un seul décisionnaire. Le ministère de l'écologie est concerné, mais il y a le ministre de l'industrie aussi pour la partie énergie. On ne sait pas qui est réellement décisionnaire, ça rend le dossier d'autant plus complexe.

 

  Vous pensez infléchir la décision ?

 

 Tout n'est pas perdu pour des tonnes de raison. Parce qu'il n'y a manifestement pas qu'un seul décideur, mais aussi parce que pas mal de retard a été pris. Les appels d'offres pour les analyses ont été infructueux. Les résultats, notamment pour les métaux lourds, vont être longs. Après il faudra savoir ce que l'on fait. La question reste la vidange. Si en 2013, les barrages sont vidés sans être remplis, ils vont se dégrader très vite.

 Aujourd'hui, personne n'a de certitude. Il sont tous partis comme un seul homme et maintenant ils freinent des quatre fers car ils se rendent compte que le problème ne sera que déplacer. Chacun tente de gagner du temps.

 

 Avez-vous des actions prévues ?

 

 Aujourd'hui, on joue la carte de l'ouverture et de convaincre, y compris au plus haut niveau. Le but est de continuer à mobiliser les gens en expliquant les conséquences de cette décision. L'arasement ce n'est pas qu'une affaire de pêcheurs et de saumons.

Les gens n'y croient pas, mais la décision gouvernementale est prise et le préfet est chargé de la mettre en oeuvre.

 On discute, on n'envoie pas de cailloux. Il ne faut pas toujours agiter les drapeaux, ça ne sert à rien. Mais je suis optimiste, il le faut. C'est en confrontant nos opinions que l'on fera avancer les choses. Si j étais certain de rassembler des milliers de personnes, je changerais peut-être mon fusil d'épaule, mais il faut rester réaliste.

 En terme d'action, nous projetons d'organiser une fête de l'eau le 19 juin avec des attractions au Petit bois du barrage de Vezins, des bateaux à vapeur sur le lac, l'association des chiens de sauvetage, des concours de pêche aux carnassiers en bateau, de la musique. On a demandé à EDF d'ouvrir le barrage et l'usine à cette occasion, nous sommes loin d'être endormis.

 

 Propos recueillis par Pascal Brassinne. La Gazette 16 février 2011

Une semaine dans le Sud-Manche

 

 

Rédigé par jojo

Publié dans #Qui sommes nous

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